La Bretagne sauvage d’Henry Moret

Le 12 mai 2017, par Anne Foster

C’est par les hasards du service militaire que le jeune Moret est envoyé à Lorient. Ce Normand est tout de suite séduit par la Bretagne, en particulier, son littoral et ses îles, sujets favoris de son œuvre.

Henry Moret (1856-1913), Groix, Port-Mélite, 1895, huile sur toile, 73 x 60 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €

La touche est impressionniste, les couleurs semblent inspirées d’îles paradisiaques sous les tropiques : une moisson de verts, franc, jade ou émeraude, et de bleus tout aussi chatoyants dans des tons de pierres précieuses. Selon l’heure du jour ou la saison, la mer se pare de touches roses ou mauves, d’ourlets blancs par temps calme, de hachures crémeuses et grisâtres en cas de tempête. Moret a placé son chevalet sur le haut d’une falaise, ce qui lui permet de jouer avec la perspective plongeante et relevant l’horizon, ne laissant qu’une mince bande de ciel. Un motif souvent répété, dont il observe minutieusement les variations. Les masses vertes alternent avec des volumes jaunes pour les herbes séchées par le vent marin, orangés pour les rochers dorés par le soleil et, de-ci de-là, des rehauts groseille ou rose nacré sur les landes, des rouille-violine pour les rochers. Aucune âme à l’horizon, juste le peintre et son sujet. Henry Moret est un impressionniste… structuré, ayant retenu les leçons synthétiques de Gauguin. Il juxtapose des volumes dont l’intensité colorée compose le paysage. Vers 1875, il rencontre lors de son service militaire le peintre de marines lorientais Ernest Coroller, qui l’initie à la peinture de plein air. Moret décide de poursuivre ses études aux Beaux-Arts de Paris, chez Lehmann et Laurens. Cependant, il continue de séjourner en Bretagne, et de bénéficier des conseils de son premier maître. En 1880, exposant pour la première fois au Salon, il mentionne sur le livret «élève de Messieurs Coroller et J. P. Laurens». Il s’installe alors au Pouldu. Quelques années plus tard, en 1888, l’artiste se lie avec Gauguin et ses amis à Pont-Aven. Il s’intéresse à son esthétique synthétiste sans y adhérer totalement. Antoine Terrasse, dans Pont-Aven, l’école buissonnière (Découvertes Gallimard, 1992), note que «d’un caractère indépendant, installé chez le maître du port Kerluen et non à la pension Gloanec, il se lie vite néanmoins à tout le groupe des impressionnistes». Deux ans plus tard, Moret retrouve Gauguin au Pouldu, à l’auberge de Marie Henry. Il choisit Doëlan pour vivre une grande partie de l’année, complètement intégré aux habitants, avec lesquels il pêche, chasse et joue aux cartes, observant avec empathie leurs travaux quotidiens. Plusieurs de ses peintures représentent l’île de Groix entre 1892 et 1896. Catherine Puget, conservatrice du musée de Pont-Aven, écrit en 1988 : «Avant tout épris de la mer, c’est sa vision personnelle qu’il transcrit dans une fusion de deux styles opposés entre lesquels il ne peut trancher : synthétisme ou impressionnisme».

mercredi 17 mai 2017 - 14:00 - Live
Salle 5 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Ader
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