La Bretagne au prisme de la modernité

Le 28 avril 2017, par Philippe Dufour

Pour la province celtique, vibrante de toutes ses traditions, le peintre André Jolly a éprouvé un véritable coup de foudre. Cela ne l’empêchera pas de lui appliquer la loi iconoclaste du fauvisme, comme en témoigne sa Ravaudeuse.

André Jolly (1882-1969),  La Ravaudeuse, 1907, huile sur toile, 63 x 80 cm (détail).
Estimation : 20 000/30 000 €

Le 18 octobre 1905, à Paris, s’ouvre le IIIe Salon d’automne, demeuré célébrissime en raison de sa scandaleuse salle VII, tapissée des toiles d’Henri Matisse, André Derain, Maurice de Vlaminck ou encore Albert Marquet. Toute une avant-garde plasticienne bientôt qualifiée de «fauve», que découvre le peintre André Jolly, exposant lui aussi une œuvre intitulée Toits au soleil, et dès lors converti à ce courant pictural révolutionnaire. Né à Charleville-Mézières, l’artiste autodidacte s’est fixé dans la capitale en 1900 pour y suivre des études littéraires, vite abandonnées afin de se consacrer à sa véritable passion, la peinture. En cette même année se situe un autre événement déterminant : le pèlerinage à Pont-Aven, en Bretagne, une région à laquelle il va désormais lier toute sa vie et son travail. C’est à partir de 1904 que ce jeune bourgeois prend racine dans la petite cité des bords de l’Aven, menant une vie bohème et rustique, tout en puisant dans les motifs authentiques qui l’enchantent : femmes en tenue et coiffe traditionnelles, scènes de marché ou travaux des champs. Et bien sûr, il apprécie la présence stimulante de la colonie de peintres, rénovateurs de l’art venus du monde entier, qui œuvrent dans le culte de leur maître Paul Gauguin, disparu en 1903 aux îles Marquises. Parmi eux, le paysagiste Henri Moret se révèle son meilleur initiateur aux théories du synthétisme. Enfin, Jolly l’Ardennais devenu Breton d’adoption, décide en 1908 d’édifier sa maison, baptisée «Kerdavid», à Névez, sur le littoral. Mais si le peintre s’isole, il n’est point coupé du monde car, de 1904 à 1914, il totalisera soixante-quatre toiles au Salon d’automne et à celui des indépendants, se bâtissant une solide renommée.
Couleur et expressivité
Le portrait de La Ravaudeuse, mis en vente le 6 mai prochain à Brest, a lui aussi été exposé, et à deux reprises : une première fois en 1909 au Salon de la libre esthétique de Bruxelles, où il côtoie, entre autres, les œuvres de Renoir, Van Rysselberghe, Maurice Denis et Édouard Vuillard, et une seconde fois, en 1910, au Salon des indépendants, à Paris. La toile, datée 1907, aurait pour sujet Augustine, la Bigoudène engagée au service de Jolly ; on la retrouve d’ailleurs au centre de la photo prise le jour de l’achat du terrain de Névez, le 6 juin 1908, un an plus tard. Fortement influencé par les fauves, l’artiste use abondamment du rouge, qui illumine le visage, la coiffe et l’ouvrage ravaudé, sur un fond traité en touches dégradées dont les tonalités s’échelonnent du vert clair au violet. Cette modernité brutale dans le traitement n’enlève rien à l’expressivité de la jeune servante, ni à la délicatesse de la nature morte composée d’un bouquet de jacinthes sauvages dans un pichet en faïence de Quimper. Heureuse coïncidence : André Jolly, dont l’œuvre connaît un très fort regain d’intérêt depuis sa rétrospective au musée de Pont-Aven en 2005, y est aujourd’hui encore célébré à travers La Méridienne, l’une de ses toiles majeures, accrochée dans l’exposition «La modernité en Bretagne. De Claude Monet à Lucien Simon 1870-1920» (jusqu’au 11 juin, dans ce même musée). 

samedi 06 mai 2017 - 14:30
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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