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La Biennale dell’Antiquatario di Firenz BIAF fait pour la 32e fois de Florence la capitale mondiale de l’art ancien italien

Publié le , par Olivier Tosseri

La prochaine Biennale dell’Antiquariato di Firenz (BIAF) a de nouveau lieu en présentiel après le report sanitaire de la dernière édition. Depuis plus de 60 ans elle est le rendez-vous incontournable des plus grands marchands et collectionneurs d’art ancien italien.

Sophia Loren à la BIAF, en 1961, entourée de Giuseppe et Mario Bellini.© Foto Locchi... La Biennale dell’Antiquatario di Firenz BIAF fait pour la 32e fois de Florence la capitale mondiale de l’art ancien italien
Sophia Loren à la BIAF, en 1961, entourée de Giuseppe et Mario Bellini.
© Foto Locchi srl

La primauté de la Biennale de Florence pour l’art ancien italien est indiscutable. Il y a bien la Tefaf de Maastricht, mais nous sommes plus forts.» Ce titre, revendiqué par Fabrizio Moretti, le secrétaire de la BIAF, est avant tout historique. La Biennale des antiquaires de Florence est en effet la plus ancienne, avec une première édition qui remonte à 1959. On la doit aux héritiers d’une dynastie d’antiquaires florentins opérant depuis le XVIIIe siècle : les frères Mario et Giuseppe Bellini. Ils travaillent en étroite collaboration dans la galerie de leur père Luigi, marchand réputé d’art ancien tout en étant un fervent promoteur de l’art contemporain de son époque. Durant les années 1930, il expose dans sa galerie son ami Giorgio De Chirico, le sculpteur Arturo Martini ou encore les peintres Filippo de Pisis ou Mario Sironi. Mais sa passion demeure l’art ancien. En 1937, il organise à la demande du gouvernement la première exposition nationale des antiquaires italiens. Une seconde aura lieu en 1953 à Florence. À l’aube de la décennie 1960, les années de la guerre sont désormais un lointain cauchemar et celles du «miracle économique» un véritable rêve. Les frères Bellini réaliseront celui de leur père qui vient de disparaître : réunir à Florence les antiquaires des principales villes de la Péninsule pour qu’ils y exposent et y vendent leurs plus belles pièces. Le Bel Paese est trop exigu pour les amoureux des trésors artistiques dont il regorge. Mario et Giuseppe Bellini le savent parfaitement en tant que président et secrétaire général de la Cinoa (Confédération internationale des négociants en œuvres d’art), fondée en 1935 à Bruxelles. Ils décident de hisser Florence au rang de capitale mondiale de l’art ancien. En 1959, les deux hommes créent l’Associazione Antiquari d’Italia, pour mieux encadrer juridiquement leur profession. La même année, ils offrent aux membres de l’association un véritable écrin pour lancer leur premier rendez-vous international : le palazzo Strozzi. Ils sont nombreux à répondre à l’appel. Près d’une centaine de marchands, bien sûr, qui à l’époque ont encore recours à de simples sociétés de déménagement pour transporter leurs œuvres, mais surtout le public. 400 000 visiteurs se bousculent dans les salles de ce joyau de la Renaissance, obligeant la municipalité à déployer la police pour gérer ce flux inattendu. Le président de la République, Giovanni Gronchi, s’y rend même incognito. Le succès est tel que l’événement sera pérennisé, se déroulant dès lors tous les deux ans. À la fois manifestation artistique et foire commerciale, le concept de Biennale fait son irruption dans le monde des antiquaires, jusqu’ici confiné aux murs étroits des galeries. Sous les plafonds du prestigieux palazzo Strozzi se réunissent désormais les plus grands marchands venant de France, d’Allemagne, du Royaume-Uni ou encore du Mexique et du Venezuela. La quasi-totalité de leur marchandise, admirée ou vendue, est constituée de chefs-d’œuvre de l’art ancien italien.
Un air de dolce vita
Sur la seconde édition, en 1961, souffle le vent de la Dolce Vita qui balaie alors la Péninsule. Le film de Federico Fellini a décroché la palme d’or à Cannes, l’année précédente, et le public comme la presse parlent de la «mostra» pour évoquer la Biennale de Florence ainsi qu’ils le font pour celle du cinéma à Venise. Car, sur les rives de l’Arno, défilent autant de stars que sur la Croisette ou sur la lagune. Au cours de cette décennie, qui marque son âge d’or, la BIAF est inaugurée par les présidents du Conseil italiens et sa quatrième édition accueillera 800 000 visiteurs –un record – et 140 000 catalogues seront vendus. Pendant la semaine de la Biennale, Florence n’est pas seulement un haut lieu de l’art mais aussi une véritable vitrine de la mondanité. Dans les allées de la BIAF, on ne croise pas seulement des directeurs de musées prestigieux, des antiquaires de renom et des collectionneurs fortunés, mais aussi les célébrités les plus en vue de la jet-set et du monde du spectacle : Joséphine Baker, Greta Garbo, Gina Lollobrigida et Sophia Loren, John Huston, le roi de Suède et le prince de Jordanie ou l’écrivain Erich Maria Remarque. Ils se retrouvent dans les fastueux dîners offerts par l’aristocratie florentine dans les palais et les villas sur les collines alentour. Les restaurants, hôtels et boutiques de luxe de la ville ne désemplissent pas. De quoi ravir les représentants des grandes griffes tels Emilio Pucci, «le prince des imprimés» autant connu pour ses fêtes étourdissantes que pour ses créations ou encore Aldo Gucci. Ce dernier adresse d’ailleurs une lettre aux frères Bellini pour les remercier d’avoir initié la Biennale internationale des antiquaires, «au cours de laquelle, écrit-il, je vends plus que durant la période de Noël». La BIAF ne brille pas seulement sous les flashs des photographes, elle jette aussi une nouvelle lumière sur le métier d’antiquaire. Il n’est plus perçu comme un simple chineur d’antiquités. Ce fin «connoisseur» peut satisfaire les désirs d’une nouvelle bourgeoisie qui s’affirme en ces années de prospérité économique. Mais il peut surtout former son goût. Les frères Bellini publient un catalogue de 800 pages tiré à 40 000 exemplaires contenant à la fois de précieuses informations sur l’histoire de l’art ainsi que sur la Biennale. En marge de la manifestation principale, ils multiplient les événements, comme les expositions du joaillier Cartier, des majoliques du musée Doccia, d’objets d’art et d’icônes de Russie mais aussi de collections de porcelaine rose de Chine et de sculptures africaines. Les inondations de 1966 qui ravagent Florence sonnent le glas de cette effervescence. Mario Bellini se rend à Rome pour sensibiliser le président du conseil Giulio Andreotti et recueillir des fonds et du matériel venant du monde entier. Ils seront distribués aux antiquaires qui ont été les plus durement frappés par la catastrophe, sans obligation de les restituer.
Nouveau souffle
La Biennale est sauvée et se tiendra normalement l’année suivante, mais elle ne retrouvera pas son lustre d’antan. Les frères Bellini abandonnent sa direction au mitan des années 1980 tandis qu’elle quitte le palazzo Strozzi, qui n’est plus adapté. Le palazzo Corsini est choisi en 1997. C’est l’une des plus belles demeures aristocratiques florentines –relevant du rare baroque tardif –, longeant l’Arno et abritant la plus ancienne collection d’art notifiée en Italie. L’aube du XXIe siècle voit la renaissance de la BIAF sous l’impulsion de son nouveau secrétaire général Giovanni Pratesi, élu en 2001. La scénographie est confiée au metteur en scène et costumier Pier Luigi Pizzi. Les efforts aboutissent, avec le ministère de la Culture, à l’assouplissement, ponctuel, des rigoureuses normes en vigueur pour l’exportation des œuvres présentes à la BIAF et pour faciliter leur libre circulation. Fabrizio Moretti, élu secrétaire général en 2014, conforte ce statut retrouvé de grande foire de l’art ancien, notamment grâce à son comité de sélection fort rigoureux et à la qualité des œuvres proposées. Il l’ouvre également à l’art moderne et contemporain en invitant par exemple Jeff Koons à inaugurer la 29e édition en 2015. «Avec plus de 80 marchands et galeristes, cette nouvelle édition sera celle du renouveau et de l’enthousiasme après l’annulation provoquée l’an dernier par le Covid-19», promet Fabrizio Moretti, qui s’attend à ce que près de 40 000 personnes visitent «ce musée en vente».

à savoir
32e BIAF, du 24 septembre au 2 octobre,
palazzo Corsini, Florence, Italie.
www.biaf.it
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