La "Seconde tenture chinoise" de François Boucher

Le 06 février 2020, par Anne Doridou-Heim

Le musée des beaux-arts de Besançon a réussi un coup de maître en accrochant les six pièces de la «Seconde tenture chinoise» de François Boucher. Retour sur une commande d’exception.

Manufacture de Beauvais, d’après François Boucher (1703-1770), La Chasse chinoise (détail), tapisserie de basse lisse, laine et soie, 1748-1750.
© Palazzo Reale, Turin, photographie Studio Gonella, Turin

L’un des temps fortsde l’exposition présentée actuellement au musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon (voir l'article Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher à Besançon de la Gazette no 43 du 13 décembre 2019, page 166) est l’accrochage des six tapisseries de la «Seconde tenture chinoise», réalisée à Beauvais entre 1743 et 1775 d’après les esquisses de François Boucher (1703-1770). Une véritable gageure tant l’on sait que l’ensemble n’avait jamais été vu du public dans son intégralité ! Pour ce faire, deux séries différentes ont été convoquées. Les trois premières pièces, La Chasse, La Danse et La Pêche, proviennent de la tenture du Palais royal de Turin – la seule complète à ce jour –, acquise par Philippe de Bourbon, duc de Parme et par ailleurs beau-fils de Louis XV, pour agrémenter ses résidences. Sont venues les compléter Le Repas, La Toilette (ou Le Jardin) et La Foire, prêtés par la galerie Deroyan et la Maison Machault. Dès les dernières années du XVIIe siècle, alors que l’intérêt pour l’empire du Milieu frémissait dans les cercles parisiens avertis, la manufacture royale de Beauvais – l’un des fers de lance de la Couronne pour le rayonnement du goût français – avait mis sur le métier une tenture intitulée «Histoire de l’empereur de Chine». Réalisée d’après les cartons de trois artistes, auteurs d’un minutieux travail de recherche pour coller au plus juste à l’idée que l’on se faisait alors du pays, elle est tissée à tant de reprises qu’en 1731 un rapport estime que «le dessein des Chinois qui est un des plus agréables de la Manufacture est si usé qu’on n’y distingue presque plus rien» (sic). Il est temps de réfléchir à une nouvelle production, plus adaptée à l’air du temps. Paris s’abandonne alors totalement à la chinoiserie. François Boucher aussi, cela tombe bien… En 1742, le peintre, qui fournit déjà des modèles pour Beauvais depuis 1735 et qui est l’une des étoiles montantes de la scène artistique, est sollicité. Le choix ne pouvait être plus judicieux tant celui-ci maîtrise le vocabulaire formel avec aisance, puisant dans sa vaste collection d’objets et dans son remarquable fonds bibliographique. Aussitôt, il brosse dix esquisses d’une fluidité remarquable – lesquelles appartiennent toutes aux collections du musée bisontin, grâce à un legs de 1819. Six d’entre elles seront retenues et les cartons de mise au format, confiés à un autre peintre, Jean-Joseph Dumons, avant d’être retouchés par Boucher et Jean-Baptiste Oudry, le directeur artistique de Beauvais. Grâce aux registres de production de la manufacture, on sait qu’entre 1743 et 1775 dix suites complètes ou partielles – soit quarante-sept pièces en tout – seront tissées, dont cinq pour Louis XV, portant les armes de France. Boucher mène la tapisserie à un degré de sensualité jusqu’alors inconnu, renforcé par l’abondant usage de la soie, plus brillante, et l’emploi de tons pastel. L’une des tentures royales a été envoyée en Chine pour être offerte à Qianlong en 1766. Si l’on sait que l’empereur en a été fort satisfait, et qu’il a commandé la construction d’un pavillon pour l’accueillir, on ignore en revanche comment le Fils du Ciel a jugé la verve imaginative de Boucher…

à voir
«Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher»,
musée des beaux-arts et d’archéologie,
1, place de la 
Révolution, Besançon, tél. : 03 81 87 80 67.
Jusqu’au 2 mars 2020.
www.besançon.fr
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