L’union fait la force

Le 14 octobre 2016, par Caroline Legrand

Une collaboration entre différents artistes est à l’origine de ce rare livre d’heures à l’usage d’Orléans. Une belle réussite, au charme tout médiéval digne de sa commanditaire.

France, Rouen et Paris, 1470-1490. Livre d’heures à l’usage d’Orléans par le Maître de l’Échevinage de Rouen, l’atelier du Maître de Jacques de Besançon et le Maître de la Chronique scandaleuse, 20 x 15 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €

Une œuvre à quatre mains. Il n’en fallait pas moins pour répondre à la commande de la belle demoiselle  restée malheureusement anonyme  qui nous offre la vision de son doux visage sur le feuillet 111, face à une Vierge à l’Enfant. Plus que tout autre, ce livre d’heures est unique ! Rappelons que ces ouvrages se développèrent principalement du XIIIe au XVe siècle. Aujourd’hui considérés comme des œuvres d’art à part entière, ils répondaient à l’époque à un véritable besoin des laïcs désirant un support liturgique. Celui-ci s’articule autour de la figure de la Vierge, avec des prières et des psaumes récités en son honneur tout au long de la journée, des matines aux complies. Outre la vie de Marie, notre exemplaire contient l’office des morts, les heures du Saint-Esprit, les psaumes de la pénitence, mais aussi un calendrier des douze mois de l’année. Ce dernier, axé sur des saints bien spécifiques, permet d’attribuer à Orléans l’usage de notre livre d’heures. Si l’on en déduit la ville de sa propriétaire, le berceau de cette commande s’avère plus cosmopolite. Ainsi le choix des peintres s’est-il porté aussi bien sur un artiste normand, en la personne du Maître de l’Échevinage de Rouen, que sur des enlumineurs parisiens, tels le Maître de la Chronique scandaleuse et l’atelier du Maître François, repris par son fils, le Maître de Jacques de Besançon. De plus, une dernière main, qui réalisa les figures des travaux des saisons dans le calendrier, n’a pas été identifiée.

Avec ses dix-sept grandes miniatures, cet ouvrage témoigne d’un beau triangle d’influences : paris, rouen et orléans.

Un défilé de toutes les classes sociales
On peut le comprendre, ce type d’ouvrage collectif, phénomène de plus en plus courant dans le dernier quart du XVe siècle, nécessitait un superviseur. Dans sa thèse consacrée aux «Échanges artistiques entre livres manuscrits et imprimés produits à Paris vers 1480-1500», Isabelle Delaunay précise qu’il s’agissait le plus souvent d’un libraire, et non pas du commanditaire. Les dix-sept grandes miniatures font l’autre particularité de cet ouvrage, avec leurs scènes centrales entourées de bordures magistrales ornées de personnages en pied, véritable défilé de toutes les classes de la société au Moyen Âge, paysans, ecclésiastes et nobles. Vous aurez sans doute remarqué, sous la scène de l’Annonciation, le couple d’amoureux richement vêtus. On doit cette feuille au Maître de l’Échevinage, actif de la fin des années 1450 jusque vers 1485. Il se distingue par une peinture marquée par les travaux du Maître de la Légende dorée de Munich, et son réalisme, influencé par l’art flamand. Sa maestria s’illustre dans les éléments architecturaux, sertis de sculptures, mais aussi dans la bordure, foisonnante de détails naturalistes. Actif entre 1493 et 1510, le Maître de la Chronique scandaleuse aurait ici repris les travaux de ses aînés, réalisant pas moins de treize miniatures, dans un style s’inscrivant dans la lignée des rénovateurs de la peinture française que furent Jean Fouquet ou Jean Bourdichon. Un livre d’heures pour combler tant les spécialistes que les amoureux de peinture médiévale !

samedi 22 octobre 2016 - 00:00
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Pichon & Noudel-Deniau (Azur Enchères)
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