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L’Unesco quels sont les enjeux d'une inscription à son patrimoine ?

Le 08 juillet 2016, par Annick Colonna-Césari

Deux nouvelles candidatures hexagonales seront présentées prochainement. Enquête sur le label d’une institution dédiée à la «paix dans l’esprit des hommes et des femmes».

L’Unesco quels sont les enjeux d'une inscription à son patrimoine ?
La cité épiscopale d’Albi, érigée à l’époque médiévale, est classée depuis 2010.
© Christophe Bouthe-Pierre Behar/ Balloide Photos

Les quatre-vingts volcans de la chaîne des Puys et l’œuvre architecturale du Corbusier deviendront-ils des trésors de l’humanité, à l’image du Taj Mahal ou de la muraille de Chine ? Telles sont en tout cas les candidatures que la France défend cette année à Istanbul, lors de la réunion annuelle du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco (du 10 au 20 juillet). Selon la procédure habituelle, chacun des dossiers a d’abord été admis sur une «liste indicative», inventoriant les biens jugés susceptibles de décrocher une palme, et ensuite approfondi avec l’aide de spécialistes, historiens, géologues, urbanistes… avant d’être officiellement déposé auprès de l’organisme onusien et décortiqué par ses experts internationaux. Déjà retoqués, une fois pour le premier  un témoignage de «350 millions d’années d’histoire géologique» , deux pour le second une «contribution exceptionnelle au mouvement moderne» , ils seront donc à nouveau examinés. Ce qui représente in fine une bonne décennie de travail. Accéder à la reconnaissance suprême requiert de la constance… Lancé dans le sillage d’une convention de 1972, le label repose sur une prise de conscience : la nécessité de sauvegarder les biens dotés d’une «valeur universelle exceptionnelle» (VUE), qu’ils soient culturels ou naturels. On a commencé par sacrer les icônes tels le château de Versailles, la cathédrale de Chartres ou le mont Saint-Michel, puis, dépassant l’échelle du monument ou du site, les contours du patrimoine se sont étendus.
 

La fosse Arenberg, dans le Bassin minier, labellisé en 2012 en qualité de témoignage de l’ère industrielle.
La fosse Arenberg, dans le Bassin minier, labellisé en 2012 en qualité de témoignage de l’ère industrielle.© 2012, Hubert Bouvet, région Nord Pas-de-Calais-Picardie

Du havre à la champagne
C’est ainsi que le centre-ville du Havre, reconstruit après la Libération par Auguste Perret, a obtenu son classement en 2005, au titre de «témoignage de l’architecture d’après-guerre», suivi en 2012 par le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, en tant que «garant de la mémoire industrielle». En 2015, ce sont les régions de Champagne et de Bourgogne, avec leurs vignobles, leurs coteaux, leurs maisons de négoce, leurs caves, qui ont à leur tour reçu la récompense. Le dossier auvergnat comporte, lui, un avantage : «Dans l’Hexagone, peu de biens naturels bénéficient d’une inscription», note Jean-Yves Gouttebel, président du conseil départemental du Puy-de-Dôme, initiateur de la proposition. Et si «Corbu» était couronné, ce serait carrément une première ! «Il s’agit d’une candidature transnationale», s’enthousiasme Benoît Cornu, président de l’Association des sites Le Corbusier, qui, avec la fondation éponyme, soutient le projet. La France le porte en effet au nom de sept pays avec l’Allemagne, l’Argentine, la Belgique, l’Inde, le Japon, la Suisse, réunissant au total dix-sept bâtiments, de la Cité radieuse de Marseille au complexe du Capitole de Chandigarh.

Un classement, gage de visibilité internationale, représente surtout un enjeu économique

Un classement vecteur d’image
Devant l’afflux des prétendants, généralement des collectivités locales, l’Unesco a accru ses exigences. Les postulants ne doivent plus seulement légitimer la fameuse VUE : il leur faut établir un plan de gestion, de manière à assurer l’intégrité du bien proposé. Comment ? «Par la mise en place de moyens de protection, l’élaboration des outils de médiation, la budgétisation et la définition des responsabilités des différents acteurs régionaux», énumère Mickaël Colin, directeur adjoint de la société Grahal, appelée à la rescousse lors du montage de certains dossiers. Pour des «paysages culturels vivants» tel le Bassin minier, qui regroupe 87 communes, le défi est d’autant plus grand qu’il n’est pas question de mettre sous cloche un territoire, mais de «préserver une qualité architecturale, urbaine, paysagère, tout en la faisant évoluer», résume Catherine Bertram, directrice de la Mission Bassin minier. Mieux vaut ne pas trop déroger à ses engagements. «Un classement n’est pas accordé pour l’éternité», rappelle le délégué de la France auprès de l’Unesco, Philippe Lalliot, récemment nommé ambassadeur de la France à La Haye, et qui a accompagné les deux nouvelles candidatures du pays. Dresde, la «Florence de l’Elbe», en a fait l’amère expérience, radiée pour cause de construction de pont, et le Mont-Saint-Michel aurait subi un sort identique si une implantation d’éoliennes, envisagée dans son périmètre, n’avait été annulée. La multiplication des candidatures ne doit rien au hasard. «Une inscription est un vecteur d’image», commente Philippe Lalliot. Depuis son intronisation, Le Havre a redoré son blason, y compris aux yeux de ses habitants. Même phénomène pour le Bassin minier : il a troqué sa réputation de région en déclin contre celle d’un territoire au rayonnement international, largement relayé par l’installation du Louvre-Lens. Mais un classement, gage de visibilité internationale, représente surtout un enjeu économique. Car bien que l’Unesco n’ait pas vocation à booster les affaires des hôteliers et des restaurateurs, les premières retombées concernent l’activité touristique. La Champagne, toute jeune lauréate, en ressent déjà les effets : «La région a notamment enregistré une augmentation de 20 % de la clientèle américaine», affirme Catherine Vautrin, présidente de Reims Métropole, qui remarque au passage le lifting des sites d’accueil de Veuve Clicquot, Krug ou Taittinger. Encore faut-il ancrer la démarche dans la durée, comme Le Havre a su le faire… La ville portuaire, pourtant longtemps stigmatisée pour son architecture «stalinienne», fait dorénavant partie des circuits des croisiéristes. «En 2008, cinquante escales avaient été comptabilisées, et cent vingt-six en 2016», indique Éric Baudet, directeur de la communication de l’office de tourisme. C’est également ce qui s’est produit à Albi. Blottie autour de la cathédrale Sainte-Cécile, la cité épiscopale n’a jamais été autant plébiscitée que depuis sa distinction suprême, obtenue en 2010. Dès la première année, elle a accueilli 30 % des touristes supplémentaires, et l’engouement ne s’est pas démenti.

 

Les volcans de la chaîne des Puys. Leur candidature est présentée à l’Unesco cet été.
Les volcans de la chaîne des Puys. Leur candidature est présentée à l’Unesco cet été.© Terre d’exception, Gérard Fayet

Dynamique universelle
«Quarante-deux nationalités composent aujourd’hui nos visiteurs», affirme Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire de la ville, précisant toutefois qu’«une inscription ne se résume pas à la manne touristique». Elle peut se révéler un «atout de marketing territorial», comme l’espère Jean-Yves Gouttebel. Chez Michelin, fleuron international de Clermont-Ferrand, on estime qu’elle attirerait vers l’Auvergne des cadres et des ingénieurs du monde entier. «C’est un outil de développement», confirme l’édile du Havre, «permettant d’amorcer une dynamique dans tous les domaines, urbanistique, culturel ou commercial». Le label, c’est sûr, continue de faire rêver. En 2015, les municipalités de Nice et de Cannes ont annoncé leur entrée dans la compétition, la première sous la bannière de la promenade des Anglais, la seconde avec sa Croisette et les îles de Lérins. Dans la foulée, Toulouse abattait ses cartes… Mais c’est Nice qui mène la course en tête, bénéficiant d’un soutien de poids en la personne de Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture et de la Communication. «La première étape est enclenchée», explique François Laquièze, directeur de la mission de candidature. «Nous avons déposé, à la fin de l’année dernière, notre dossier en vue de l’intégration à la liste indicative de la France.» À ceux qui s’étonnent qu’une station aussi touristique se lance dans l’aventure, il répond que «la ville ne se limite pas à sa plage et à ses discothèques. Par son histoire, son architecture, son urbanisme, elle incarne l’avènement du tourisme». Là réside la fameuse «valeur universelle exceptionnelle», sésame de toute inscription. Le chemin sera encore long. L’argument, toutefois, a de quoi séduire.

CHIFFRES
1 031 biens, culturels et naturels, sont labellisés «patrimoine mondial de l’Unesco». A
vec ses quarante et un sites, la France occupe le 4
e rang du palmarès, après l’Italie, la Chine et l’Espagne.


LES NOMINÉS
Trente-sept biens ont été inscrits sur la liste indicative de la France.
Aux côtés des volcans d’Auvergne et de l’œuvre du Corbusier figurent, notamment, les plages du Débarquement et les sites funéraires de la Première Guerre mondiale.

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