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L’irrépressible appel de la forêt au Palais des beaux-arts de Lille

Publié le , par Christophe Averty

Au cœur du festival Utopia, le Palais des beaux-arts de Lille conjugue esthétique et éthique, explorant dans les frondaisons le sens, l’essence, la poétique d’un motif et d’un patrimoine universels.

Célestin Nanteuil (1813-1873), Un rayon de soleil, 1848, musée des beaux-arts de... L’irrépressible appel de la forêt au Palais des beaux-arts de Lille
Célestin Nanteuil (1813-1873), Un rayon de soleil, 1848, musée des beaux-arts de Valenciennes (détail).
© RMN - Grand Palais / René-Gabriel Ojeda / Thierry Le Mage

Creuset d’innombrables sensations, souvent propices à la contemplation, le paisible examen de la nature ouvre la conscience au monde du vivant. Confrontant regards, intentions et attentions que les artistes lui portent depuis toujours, l’exposition «La forêt magique» emprunte un chemin inédit où loups et fées, croyances et connaissances, ne s’opposent pas mais dialoguent pour clamer les beautés d’une flore fragile. Dès l’orée du parcours, la magie opère. L’hypnotique fresque numérique de l’Italien Davide Quayola (Pleasant Places) inonde l’espace circulaire de l’atrium, faisant vibrer la touche de Van Gogh au bruissement de feuilles et de branches, bercées par le mistral. Puis d’une première cimaise surgit un saisissant tronc d’orme signé John Constable, dont l’écorce dense et fractale – hyperréaliste avant l’heure – invite à soudain prêter attention à ce que, d’ordinaire, on ne regarde pas. À son côté, une surréelle Daphné par Gustave Moreau, puisée aux Métamorphoses d’Ovide, se mue en laurier pour échapper aux ardeurs d’un Apollon pressant. Ainsi s’amorce, comme une promenade dans les bois, un parcours initiatique révélant de la forêt ses différents visages, ou plutôt ceux qu’on lui a donnés. Fascinante par sa richesse et sa diversité, elle est humanisée pour nous ressembler. Qu’elle se montre puissante, bien plus que l’homme, et on la sacralise. Sauvage et terrifiante, la forêt nourrira nos peurs ; mystérieuse, elle nous ouvrira aux mondes enchantés. Mais ce ne sont pas les seules lectures qui nous en sont proposées : «À l’instar de l’“Expérience Goya”, présentée cet hiver et dont nous avons recyclé près de 80 % des éléments scénographiques, cette exposition réunit quarante-sept œuvres en s’imposant une sobriété écoresponsable. Si elle invite à une déambulation sensible et esthétique à travers les âges, elle révèle des artistes ce que l’on pourrait nommer une conscience pré-écologique», résument Bruno Girveau, directeur du Palais des beaux-arts, et Régis Cotentin, son responsable de l’art contemporain.

Fabuleuse nature
Dans cette volonté affichée de sensibiliser à la préservation d’une fabuleuse nature ainsi qu’aux enjeux qui en découlent, une vingtaine d’œuvres dotées d’un double cartel – muséographique et botanique – contextualisent les espèces dans leur milieu. Signés de Francis Hallé, botaniste œuvrant pour la renaissance d’une forêt primaire en Europe, leurs textes confortent et amplifient le dialogue entre les œuvres. De Bruegel de Velours, auteur du premier portrait d’arbre de la peinture occidentale, aux créations immersives de Cécile Beau (La Siouva), Gilles Barbier (Depuis la terre jusqu’au ciel) et Mat Collishaw (Albion), art, éthique et science font cause commune. Offrant la part belle au XIXe siècle, «période à laquelle s’affirme une véritable conscience de l’enjeu écologique», comme le souligne Bruno Girveau, le résultat parvient à un difficile équilibre : celui de traduire visions et idées sans jamais écorner l’attrait fascinant et méditatif d’une forêt mythique, vécue ou féerique, traversant le temps et les disciplines, d’un modèle de tombe assyrienne du premier millénaire av. J.-C. à la forêt de Los Angeles évoquée dans une chanson de Leonard Cohen. Alors que le musée d’arts de Nantes explore simultanément «L’âme de la forêt», gageons qu’une conscience muséale de la magie de la nature et de sa sauvegarde soit à l’œuvre.

Palais des beaux-arts,
place de la République, Lille (59), tél. 
: 03 20 06 78 00,

Jusqu’au 19 septembre 2022.
pba.lille.fr
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