L’Homme qui marche. Une icône de l’art du XXe siècle à l'Institut Giacometti

Le 08 septembre 2020, par Baptiste Roelly
Alberto Giacometti (1901-1966), Trois hommes qui marchent, 1948, bronze, fondation Giacometti, Paris.
© Succession Alberto GiacomettI (fondation Giacometti + ADAGP)

En braquant les projecteurs sur l’Homme qui marche le temps d’une exposition, l’Institut Giacometti se concentre sur le chef-d’œuvre du sculpteur et présente l’envers de sa genèse. Un florilège de dessins établit d’entrée qu’Alberto Giacometti a travaillé la figure humaine en mouvement dès ses débuts, tantôt en s’exerçant d’après le modèle vivant, tantôt en copiant des frises égyptiennes. S’il pratique ensuite une abstraction placée sous le signe du surréalisme, l’artiste n’en réalise pas moins dans les mêmes années une Femme qui marche, présentée ici comme l’avatar précoce de l’œuvre emblématique à venir. Après la Seconde Guerre mondiale, Giacometti modèle de petites figurines empressées de traverser des places d’un pas déterminé et qui n’interagissent jamais. Un développement brillamment suggéré par le parcours de l’exposition montre que le sculpteur franchit le pas décisif qui le mène vers l’Homme qui marche au moment où il change d’échelle et transpose ses petites figurines en taille réelle. La première, de 1947, est, à cet égard, montrée aux côtés des déclinaisons qu’il en réalise autour de 1960. En plus de permettre une comparaison inédite entre ces différents modelages du même motif, l’exposition convainc de la nécessité d’inscrire son sujet dans le temps long de l’art et de l’histoire. Tandis que l’Égypte ancienne s’y recoupe avec le dépouillement caractéristique de l’après-guerre, la volonté de réhumaniser le monde après la stupeur nucléaire y côtoie tous ces anonymes pressés dont nous sommes encore les témoins quotidiens. Comprise comme le confluent du passé archéologique et de la condition contemporaine, l’image de l’humain que livre Alberto Giacometti avec l’Homme qui marche apparaît ici plus que jamais universelle, existentielle, définitive.

Institut Giacometti,
5, rue Victor-Schoelcher, Paris XIV
e, tél. : 01 44 54 52 44.
Jusqu’au 29 novembre 2020.
www.fondation-giacometti.fr
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