L’enfance des musées

Le 05 novembre 2020, par Baptiste Roelly
 

Après plusieurs décennies de recherche, Krzysztof Pomian publie le premier de trois tomes qui constitueront à terme une somme consacrée à l’histoire du musée. Très attendu, ce volume inaugural chemine, depuis les préfigurations jusqu’à l’émergence de cette institution, dans une perspective dont la profondeur historique et l’étendue géographique sont sans précédent. Avant d’aborder le musée proprement dit, l’auteur s’intéresse au phénomène dont il découle : la collection particulière. Si les trésors accumulés pour des raisons symboliques dans les tombeaux, les palais ou les temples ont été longtemps la seule forme de collectionnisme, tout change au Ier siècle de notre ère. Des lettrés chinois commencent alors à réunir des sculptures ou des peintures, tandis que des notables romains exposent au même moment des butins de guerre ou les masques en cire de leurs ancêtres dans leurs intérieurs. Le goût des collections s’installe, s’étend à de nouveaux objets, croît et aboutit en 1471 à la naissance du musée avec l’installation au Capitole, à Rome, de sculptures appartenant à la papauté. Son modèle se diffuse de Florence à Venise et de Milan à Naples, confirmant qu’il naît bien en Italie et n’existe pas au nord des Alpes avant la seconde moitié du XVe siècle. Mais plus qu’une simple chronologie, c’est une véritable histoire des mentalités et des sociétés qui est ici proposée. Quel rôle les religions ont-elles joué dans l’essor des musées ? En quoi les princes italiens et allemands divergent-ils dans leur rapport à l’art ? Autant de questions qui permettent in fine à l’auteur de dégager la loi suivante : plus une société est sécularisée, plus elle est urbanisée, instruite et habituée à se gouverner elle-même, plus elle aura de musées. Les bases étant posées, le prochain opus de la série devrait traiter de l’ancrage européen des musées, de 1789 aux années 1850. Quelles que soient les surprises qu’il nous réserve, il est d’ores et déjà certain que personne ne pourra plus tenir le musée pour une invention des Lumières, ni considérer le Louvre comme un pionnier en la matière.

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