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L’automobile comme œuvre d’art au Guggenheim Bilbao

Publié le , par Arthur Frydman

Le Guggenheim Bilbao, qui fête son 25e anniversaire, présente une rétrospective inédite élaborée par Norman Foster, tissant le lien entre l’histoire de l’automobile, le design et l’architecture.

L’automobile comme œuvre d’art au Guggenheim Bilbao
Andy Warhol, Benz Patent Motor Car (1886), 1986, sérigraphie et acrylique sur toile, 153 128 cm, Mercedes-Benz Art Collection, Stuttgart/Berlin.
© 2022, The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc./VEGAP - Photo : Uwe Seyl, Stuttgart

Un vrombissement de moteurs accueille le public de « Motion. Autos, art, architecture » : une sorte de « requiem pour l’âge de la combustion », selon les mots de l’architecte britannique Norman Foster, pilote, collectionneur de voitures anciennes et commissaire général de cette ambitieuse exposition. Celle-ci institue l’automobile comme une œuvre d’art à part entière et tente de tisser des liens avec d’autres champs artistiques tels que la peinture, la sculpture, la photographie ou le cinéma. Par cette approche « intégratrice », Norman Foster s’interroge sur la séparation des diverses disciplines et propose d’explorer les façons dont celles-ci se conjuguent d’un point de vue visuel et culturel avec l’univers automobile – notamment le design –, en perpétuelle évolution, ainsi que la manière dont les artistes s’en sont emparés. Surprenante, l’exposition soulève une problématique encore jamais étudiée dans un grand musée : le point commun entre l’architecture, le design, l’art moderne et la mobilité urbaine, notamment celle de demain. « Les automobiles de collection sont des artefacts culturels importants. Elles sont à la fois la vitesse, le progrès, l’aventure et la liberté », souligne Foster, qui confie par ailleurs que « passer sa main sur l’aile d’une Bentley R Type Continental de 1953, c’est comme caresser une œuvre de Constantin Brancusi ou d’Henry Moore ». L’exposition retrace près de deux cents ans d’histoire en sept salles thématiques : celles-ci, grâce à un parcours chronologique, permettent d’apprécier le progrès scientifique, l’évolution des carrosseries et la démocratisation de l’automobile. Les stars en sont évidemment les trente-huit véhicules sélectionnés, comptant parmi les plus belles et rares automobiles au monde. Des engins ayant inspiré nombre d’artistes comme Umberto Boccioni et ses bronzes, Ed Ruscha, Brancusi, Bridget Riley, Christo ou Rembrandt Bugatti, dont les œuvres dialoguent avec les modèles exposés. Sans oublier designers et architectes influencés par le mouvement, à l’instar de Frank Lloyd Wright, Eero Saarinen, Walter Gropius, Archigram ou Adolf Loos, dont les dessins et croquis imaginent de nouvelles formes de voitures et conçoivent l’urbanisme de la ville du futur. Un lien parfois difficile à interpréter pour un néophyte. On retiendra pourtant, notamment dans la section des « Débuts », une Benz Patent-Motorwagen de 1886, première véritable automobile de l’histoire, immortalisée par Warhol, une Porsche Phaéton de 1900, pionnière du véhicule électrique, aux côtés de clichés signés Muybridge et Man Ray, ou Le Garage, une toile de 1907 de Ramón Casas. Dans « Sculptures », autour de Figure couchée de Henry Moore et 31 janvier, un imposant mobile d’Alexander Calder, sont regroupées une Bugatti Type 57SC Atlantic de 1936, une Bentley R-Type Continental de 1953, ou les uniques Delahaye Type 165 Cabriolet de 1938 et Pegaso Z-102 de 1952. Des ovnis sur roues qui contrastent fortement avec les « voitures du peuple » de la salle « Popularisation », où sont exposées des « beautés utilitaires », selon Foster, comme la Citroën 2CV Sahara, la Coccinelle, la Renault 4 ou l’Austin Mini, qui côtoient des papiers utopistes de Le Corbusier sur la Voiture Minimum (en bois) et des œuvres de Vasarely – dont le logo conçu pour Renault – ou Hockney avec Le Volant nº 3. La dernière salle présente des projets d’étudiants architectes et designers imaginant le futur de l’automobile, la postérité de la mobilité urbaine et la ville de demain.

« Motion. Autos, art, architecture », Guggenheim Bilbao,
2, Abandoibarra Etorb, Bilbao, tél. : +34 944 35 90 80,
Jusqu’au 18 septembre 2022.
www.guggenheim-bilbao.eus
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