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L’art sensible du peintre Peter Gertner

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 24 septembre 2022 - 14:00 (CEST) - 52, rue de Nabécor - 54000 Nancy

Un portrait d’homme, saisi au temps des Wittelsbach par cet artiste de cour, évoquera bientôt le réalisme professé par les grands maîtres de la Renaissance allemande.

Attribué à Peter Gertner (1495-1541), Portrait d’homme au béret, panneau, daté en... L’art sensible du peintre Peter Gertner
Attribué à Peter Gertner (1495-1541), Portrait d’homme au béret, panneau, daté en chiffres romains «D X» (1511 ou 1520 ?), 36 26,5 cm.
Estimation : 8 000/12 000 

Au premier regard, ce tableau immortalisant les traits d’un inconnu à l’aube du XVIe siècle affiche la plus grande sobriété. L’homme, paré d’une large barbe noire, est revêtu d’un habit de couleur sombre et porte l’un de ces bérets à la mode en Europe autour de 1500… Une tonalité générale presque austère, qui contraste avec un visage épanoui à la carnation rosée. Autre détail d’importance venant éclairer
la composition 
: cette étrange fente dans le costume du modèle, dévoilant un petit bout de sa peau sous une chemise entrouverte. La simplicité et le réalisme de notre œuvre indique une école allemande de la Renaissance ; et un maître en particulier, à qui l’on attribue désormais le portrait : Peter Gertner. Celui-ci est né vers 1495 à Nuremberg, alors l’une des plus importantes capitales culturelles du Saint-Empire romain germanique – et également patrie du grand Albrecht Dürer. Contemporain de ce dernier, comme d’autres remarquables portraitistes franconiens tels Lucas Cranach et Barthel Beham, Gertner se forme probablement chez le peintre, graveur et dessinateur Wolf Traut, l’auteur de l’impressionnant retable d’Artelshofen. Officiellement reconnu comme citoyen de Nuremberg le 12 janvier 1521, le jeune artiste devient vite célèbre, signant de son monogramme, accompagné parfois d’une bêche, faisant référence à son nom (proche du terme «jardinier» en allemand)… Ce qui lui vaudra d’être longtemps connu sous le nom de «Maître P. G.». 
À la cour de Neubourg
Peter Gertner débute sa carrière auprès de Casimir, margrave de Brandebourg-Kulmbach, dont il réalise vers 1527 le portrait (aujourd’hui perdu). Après la mort du prince, l’artiste va lier son destin à sa veuve, Suzanne de Bavière, remariée en 1529 avec le comte Otto Heinrich de Wittelsbach (qui deviendra électeur palatin en 1556). Celui-ci tient sa cour à Neubourg-sur-le-Danube. Dans ce cadre très officiel, Gertner réalise de 1530 à 1539 plusieurs tableaux représentant les membres de la maison Wittelsbach, dont beaucoup sont exposés aujourd’hui au Bayerisches Nationalmuseum de Munich, comme autant de précieux documents historiques. Sans oublier le portrait de sa protectrice, Suzanne, conservé au Schlossmuseum de Berchtesgaden. Pour celui que l’on appelle désormais «Meister Peter», qualifié aussi de «peintre de la cour», ces figures princières sont surtout prétexte à un rendu d’une grande précision valorisant la richesse des bijoux et des étoffes. Côté technique, Gertner s’appuie toujours sur des lignes nettes et des couleurs franches ; on identifie, en particulier, son travail à sa façon de représenter des yeux ronds et bien dessinés, à l’image de ceux de notre jeune modèle. Quant au parcours de ce panneau, il faut préciser qu’il a été acquis en 1968 à la galerie munichoise d’Alexandre Gebhart, alors qu’il était encore attribué à Barthel Beham. Et ce n’est qu’en 1993 que Kurt Löcher, historien de l’art allemand, le rendit à Peter Gertner, à travers un long article paru cette même année. 

Bijoux, tableaux, mobilier et objets d'art, montres, monnaies, arts d’Asie, céramiques, argenterie, instruments de musique, décorations, insignes, verreries, tapis, arts décoratifs du XXe
samedi 24 septembre 2022 - 14:00 (CEST)
52, rue de Nabécor - 54000 Nancy
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