L’art monumental des Lalanne côté jardin

Le 23 septembre 2021, par Sophie Reyssat

Trois sculptures de Claude et François-Xavier Lalanne mettent en lumière leur travail original pour une institution discrète, le Centre européen d’éducation permanente de Fontainebleau.

Claude Lalanne (1925-2019), L’Enlèvement d’Europe, bronze à patine brune signé des initiales et du cachet d’atelier, numéroté «1/1 CL LALANNE», 200 85 202 cm.
Estimation : 600 000/800 000 

Alors que les œuvres de Claude et François-Xavier Lalanne sont sous le feu des projecteurs au château de Versailles jusqu’au 10 octobre, grâce à l’exposition «Les Lalanne à Trianon», présentée en partenariat avec la galerie Mitterrand, trois monumentales sculptures de jardin s’apprêtent à être dévoilées à Fontainebleau. Elles n’étaient jusqu’alors connues que de ceux qui avaient eu la chance de franchir l’enceinte du Centre européen d’éducation permanente (Cedep). Celui-ci quittant les lieux, elles prennent aujourd’hui le chemin des enchères pour le plus grand bonheur des collectionneurs. Méconnu du public, bien que partageant son campus avec l’une des meilleures écoles de management, — l’Institut européen d’administration des affaires (Insead) –, le Cedep s’est donné pour mission de former les cadres dirigeants. Une initiative prise, en 1969, par François Dalle et Guy Landon, alors président et vice-président de L’Oréal, qui ont ainsi créé un club réunissant six grandes entreprises européennes devant relever les défis de la mondialisation. De quoi justifier une inauguration présidentielle par Valéry Giscard d’Estaing, deux ans plus tard. La réussite est au rendez-vous, et le centre de formation, trop à l’étroit dans ses murs, doit s’agrandir. Nous sommes en 1989, et c’est à ce stade de l’histoire qu’interviennent les Lalanne. Guy Landon, qui a été nommé président en 1973, est en effet un passionné d’art contemporain. Ainsi est-il également à la tête de la galerie Artcurial, propriété de L’Oréal. Désireux de mettre l’art à la portée de tous, il a lancé l’édition de multiples en séries limitées : des sculptures et des estampes, bientôt rejointes par des objets et des bijoux. La galerie de l’avenue Matignon voit défiler les créations de Sonia Delaunay, Man Ray, Arman ou encore Cocteau, mais aussi du couple Lalanne… Le dirigeant, qui a par ailleurs initié la collection d’art du Cedep, a donc naturellement choisi ces derniers pour les nouveaux aménagements de son campus.
 

François-Xavier Lalanne (1927-2008), La Science (détail ci-dessous) et La Loi dans le parc du Cedep, béton moulé, 330 x 90 x 90 cm. Estima
François-Xavier Lalanne (1927-2008), La Science (détail ci-dessous) et La Loi dans le parc du Cedep, béton moulé, 330 90 90 cm.
Estimation : 500 000/700 000 € chaque

Une inspiration classique
Un nouveau bâtiment vient s’ajouter à celui déjà conçu par Bernard de La Tour d’Auvergne, ouvrant de larges baies dans des façades de brique rouge. Mais surtout, un parc est créé, dont le dessin et les sculptures sont confiés à l’inventivité des sculpteurs, unis par l’amour de la nature. Leurs créations hybrides ont toujours été complémentaires : à François-Xavier le bestiaire jouant avec les doubles sens, et à Claude les transformations botaniques fruits de l’inspiration puisée auprès des plantes de son jardin. Située à une douzaine de kilomètres de Fontainebleau, entourée d’un cadre champêtre, leur maison-atelier d’Ury, où ils se sont installés en 1967, est un havre de paix propice à l’épanouissement de leur imagination poétique. Leurs créations pour le parc du Cedep, réalisées en 1990-1991, sont elles aussi en parfaite adéquation avec leur environnement. En guise d’art topiaire, quatre structures métalliques – deux sphères, une arche et un hémicycle – ont été recouvertes de lierre, tandis que trois sculptures rythment le jardin de leur présence monumentale. Créées par François-Xavier, et placées face à face sous les fenêtres des étudiants, les sobres allégories de La Science et de La Loi sont des pièces uniques en béton moulé. Du haut de leur piédestal, elles font écho à la mission d’éducation du Cedep : prenant la pose du penseur, la première étend sa main sur la sphère du monde, tandis que la seconde, serrant un globe dans sa paume, s’appuie symboliquement sur un pilier reliant le ciel et la terre. Savoir, pouvoir, universalité, stabilité et pérennité, telles sont les valeurs suggérées par ces sculptures. Elle aussi fidèle aux références classiques, Claude illustre dans le bronze L’Enlèvement d’Europe. Les arbres servent de théâtre de verdure à ce groupe complice aux lignes douces. Initialement prévu pour être unique, il a été édité à huit exemplaires. L’un d’eux, appartenant à la famille, est actuellement exposé dans le parc du Trianon de Versailles.

 

 

 

Un aboutissement
Il s’agit de la première œuvre monumentale pour laquelle Claude a choisi d’utiliser la technique traditionnelle de la fonte à la cire perdue, plutôt que son procédé habituel de la galvanoplastie – une technique d’orfèvrerie consistant à recouvrir l'objet de fines couches de métal grâce à un bain d’électrolyse. Cette œuvre fait également partie des rares pièces de grande taille réalisées par l’artiste, avec son Lapin de Victoire, son banc Les Grandes Berces et son excentrique Dimétrodon. Autre œuvre d’envergure, le Grand Centaure de bronze créé pour l’ambassade de France à New Delhi, en 1985, présente quant à lui les signatures des deux artistes, réunies pour la première fois. Cette association mythologique de l’homme et de la bête a trouvé son écho, quinze ans plus tard, dans L’Enlèvement d’Europe. L’Antiquité a inspiré Claude pour une troisième œuvre, Olympe, née en 1994. Pour François-Xavier, les œuvres de plein air émanant d’une commande ont débuté dès 1970. Il faisait alors atterrir Deux pigeons de béton sur le bitume d’une place de la Grande-Borne à Grigny (Essonne). Il récidivait quatre ans plus tard pour le collège Jean-Vilar de la ville avec une Tête monumentale émergeant du sol, dont le visage intemporel semble être une image du savoir préfigurant les allégories du Cedep. Le choix du piédestal pour renforcer la portée solennelle d’une œuvre a été opéré pour la première fois en 1978, afin de mettre en exergue le message de paix de la colombe de Noah’s Dove, installée à Jérusalem. Dernières œuvres monumentales commandées aux Lalanne, les trois sculptures créées pour le Cedep font ainsi la synthèse de vingt ans de créations de plein air.

dimanche 03 octobre 2021 - 15:00 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat
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