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L’art du paraître au bal des Lumières

Le 04 janvier 2022, par Christophe Averty

À la croisée de la peinture et de la mode, le musée d’Arts de Nantes et le palais Galliera explorent l’essor et les ressorts du style à la française que fit naître la société du XVIIIe siècle. Une première !

L’art du paraître au bal des Lumières
Manteau ou robe de chambre dite aussi « robe volante », étoffe vers 1720 ; robe vers 1730-1735 en lampas lancé broché, fils de soie jaune, vert foncé et vert clair, filés et ondés d’argent ; doublure en taffetas de soie jaune, Paris, palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.
© Paris Musées / Palais Galliera

La toile est leur apanage. Pour elle et avec elle, peintres et couturiers représentent, transposent, codifient, inventent. Au jeu des apparences, mode et peinture sont autant de miroirs, de trompe-l’œil chargés de signes et de références. Portraits et scènes galantes, habits, robes et accessoires d’exception disent en une profusion de motifs allusifs l’esprit du siècle des Lumières, ses mœurs, ses usages et ses aspirations. Tel est le fil que déroule, au musée d’arts de Nantes, l’exposition «À la mode ! L’art de paraître au XVIIIe siècle», tissant un rapprochement inédit entre l’inspiration des peintres et la création vestimentaire sous les règnes de Louis XV et Louis XVI. Dans le vaste patio du musée, que surplombent des arcades habitées de fantomatiques gravures de mode en grisaille, quelque soixante-dix tableaux et quarante silhouettes textiles nous entraînent dans le passionnant face-à-face de l’être et du paraître, à l’instar d’un récit de Diderot sondant le paradoxe du comédien. Car ici, œuvres et objets sont les protagonistes d’une pièce en quatre actes, se donnent la réplique, s’éclairent, se toisent, s’harmonisent. Entre cour et jardin, la sobre et spectaculaire mise en scène, conçue par Jean-Julien Simonot, propose une traversée thématique que ponctuent dix-neuf écrins de verre, emplis de vêtements et accessoires restaurés pour l’occasion – ouvrant au sein du parcours perspectives et points de vue. Un premier panorama évoque, par une galerie de portraits, la naissance des «tendances» qu’expriment les fastes du costume, à la cour comme au Salon. Une songeuse Marie Leszczynska d’après Jean-Marc Nattier ou la fortunée Mme Crozat sous le pinceau de Jacques André Jospeh Aved rivalisent de dentelles délicates et de reflets moirés, mises en regard de modèles préservés du temps – robe à l’anglaise, habit de soie et ornements de taffetas brodé. Bientôt se révèle l’univers des «fabriques de mode» des faiseurs et fournisseurs des élites de l’Ancien Régime, incarné par un sensible portrait de la modiste Rose Bertin brossé par Élisabeth Vigée Le Brun (en mains privées). Une troisième étape vient traduire le véritable phénomène de société que suscite l’engouement pour la mode ayant gagné l’Europe, faisant naître une nouvelle presse, inventant le prêt-à-porter et in fine métamorphosant les figures jadis hiératiques de l’aristocratie. Désormais, la tendance est au naturel. Empreints des idées encyclopédiques qui placent l’individu au cœur du monde, la représentation et l’habillement des corps se libèrent, la robe devient volante et la chemise floue, s’aventurant dans un «sens dessus dessous» qui révèle autant qu’il dissimule. Jean-Baptiste Greuze sublime de juvéniles
carnations par l’éclat de soieries nacrées. Ici, un majestueux manteau jaune aux sinueux fils d’argent, là, d’éclatants gilets brodés de scènes légendaires, répondent par leur savoir-faire virtuose à un théâtre du monde où les plaisirs triomphent. Les fêtes galantes masquent des jeux plus libertins que Jean-François de 
Troy ou François Boucher susurrent comme des confidences. Dès lors, l’intime est ostensiblement mis en scène. En s’élançant ainsi à l’essence des apparences tout en les dépassant, l’éblouissante et poétique démonstration que proposent Adeline Collange-Perugi, conservatrice au musée nantais, et Pascale Gorguet Ballesteros, responsable des collections XVIII
e au palais Galliera, croise leurs domaines d’expertise dans des champs nouveaux d’exploration. Une riche et dense réflexion sur la représentation et la sensualité du goût.

Musée d’Arts de Nantes,
10, rue Georges-Clemenceau, Nantes 
(44), tél. : 02 51 17 45 00.
J
usqu’au 6 mars 2022.
www.museedartsdenantes.fr

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