L’art du drapé au musée des beaux-arts de Lyon

Le 04 février 2020, par Marie-Laure Castelnau

Dans la capitale du tissu, le musée des beaux-arts propose une magnifique exposition sur le drapé, de sa symbolique aux techniques utilisées en peinture, dessin, sculpture ou photographie. Une histoire du plissé, de la Renaissance à nos jours.

Charles Le Brun, Draperie pour une femme debout, de profil, vers 1630-1650, sanguine et rehauts de craie blanche sur papier beige, musée du Louvre, département des Arts graphiques.
Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Tony Querrec

De Michel-Ange à Ingres, de Raphaël à Chirico ou Léger, peintures, bronzes, plâtres ou dessins, au fusain ou à la sanguine, défilent sous nos yeux. Étoffes, draperies, voiles, robes, linceuls et tuniques tournent, s’envolent, s’animent ou retombent au sol, portés par un cortège de figures aussi variées qu’une sainte, une jeune Marocaine ou une tragédienne grecque. Jamais on n’aurait imaginé une si grande variété de reflets, de volumes et de mouvements. « Il cache, tout en révélant les formes, avec sensualité et douceur, et préserve la pudeur du nu avec élégance. » Cette fascination pour le drapé, sa beauté et ses ambiguïtés est à l’origine de l’exposition conçue par Sylvie Ramond, directrice du musée des beaux-arts de Lyon, et Éric Pagliano, historien de l’art. Pour illustrer ce sujet abyssal, jamais traité jusque-là, ils se sont plongés pendant près de cinq ans dans l’étude de milliers d’œuvres de toutes les périodes de l’art occidental. Ils en ont retenu près de 250, en provenance de collections privées et de musées du monde entier : un grand nombre de dessins mais aussi des peintures, des sculptures et des photographies évoquent le processus de création, le cheminement de l’artiste vers l’œuvre ultime. Quelques vidéos de chorégraphies contemporaines, où les danseurs jouent avec toutes sortes de tissus, viennent rythmer l’exposition et donner vie à ces multiples mouvements suggérés par les études de plissés. Grande était la tentation de dresser l’inventaire du drapé, de l’Antiquité à nos jours ; l’écueil a été évité, grâce à un parcours thématique, teinté de poésie et de dynamisme. Dès le début, le visiteur est confronté à une réalité singulière : bien souvent, le corps drapé, ou la forme drapée seule, véhicule un sens pathétique, porteur d’émotions fortes. Pour preuve, toutes les œuvres réunies dans la première salle appartiennent à des époques, des styles et des médiums différents mais ont toutes un point commun : les corps drapés enveloppent toujours une personne martyrisée, endolorie, abandonnée, suppliante, endeuillée, ou endormie. Comme cette Suppliante Barberini, réplique du Ve siècle en marbre, qui montre une femme éplorée, ou ce dessin de David, préparatif à la figure d’une servante, ou encore ces deux photos de migrants allongés sur un banc de Mathieu Pernot, que l’on devine sous un drap blanc. Le visiteur est également invité dans l’atelier même des artistes pour y découvrir leur travail préparatoire. « Ne peignez jamais une figure drapée, sans l’avoir dessinée nue », insiste Claude-Henri Watelet dans son Dictionnaire des beaux-arts, en 1788. En effet, pour bien représenter un plissé, il faut parfaitement dessiner la forme du nu s’y dissimulant, puisqu’il en sera l’axe structurant, « l’anatomie de la draperie ». Ainsi, d’après mannequins ou modèles vivants, l’artiste effectue plusieurs études de nus, décompose les gestes, puis assemble le tissu, travaille la forme, les ombres et les lumières. Autant d’exercices nécessaires dont la parfaite maîtrise permet d’obtenir un effet de fluidité plus vrai que nature. Les sculpteurs ne dérogent pas à la règle. Rodin, notamment, en a fait l’expérience pour le monument des Bourgeois de Calais, commandé en 1884. Les études de la figure de Pierre de Wissant en constituent ici un exemple très représentatif.

« Drapé. Degas, Christo, Michel-Ange, Rodin, Man Ray, Dürer… »,
musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux, Lyon (69), tél. 
: 04 72 10 17 40.
Jusqu’au 8 mars 2020.
www.mba-lyon.fr
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