Gazette Drouot logo print

L’archipel des animaux à la maison de la culture du Japon

Publié le , par Christophe Provot

« Au cours de mes nombreuses courses en pousse-pousse, j’ai remarqué avec quel soin les conducteurs évitaient chats, chiens et poules présents sur la route. Je n’ai jusqu’ici jamais été témoin de manifestation de colère ou de mauvais traitement envers les animaux. » Ce témoignage du naturaliste américain Edward S. Morse...

Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), Estampe hôsô-e : hibou, 1812-1860, collection du Edo-Tokyo... L’archipel des animaux à la maison de la culture du Japon
Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), Estampe hôsô-e : hibou, 1812-1860, collection du Edo-Tokyo Museum.

« Au cours de mes nombreuses courses en pousse-pousse, j’ai remarqué avec quel soin les conducteurs évitaient chats, chiens et poules présents sur la route. Je n’ai jusqu’ici jamais été témoin de manifestation de colère ou de mauvais traitement envers les animaux. » Ce témoignage du naturaliste américain Edward S. Morse (1838-1925), en préambule de l’exposition, illustre à merveille la relation qui unissait les Japonais de l’ère Edo aux animaux. C’est précisément ce lien, qui tend aujourd’hui à s’estomper toujours plus face à l’industrialisation incessante de l’archipel, que veut évoquer la maison de la culture du Japon – qui souffle cette année sa 25e bougie – au travers de plus d’une centaine de pièces prêtées par le Tokyo Metropolitan Edo-Tokyo Museum, co-organisateur de l’événement, et présentées pour la première fois en France. Paravents, estampes, rouleaux peints, lanternes magiques, livres et objets du quotidien ornés de motifs animaliers, tout concourt à montrer cette symbiose entre l’homme et l’animal. Quel autre pays verrait ses habitants s’adresser aux chats et chiens peuplant les artères de la capitale en les appelant « san » (suffixe honorifique équivalant à monsieur ou madame) ? Dans quel autre pays un chat errant se verrait nommer chef de gare d’une ligne de chemin de fer nationale ? Qu’il soit domestiqué ou sauvage, l’animal fait intrinsèquement partie du quotidien des Japonais, pour lesquels chaque vie est importante. Si l’on peut regretter que le propos ne se limite qu’à la seule Edo (nom de l’actuelle Tokyo jusqu’en 1868), la qualité des œuvres l’emporte. Outre les grands noms de l’estampe (Kuniyoshi, Hiroshige ou Kunisada), des objets ponctuent le parcours, tel un remarquable paravent de la fin de l’époque Edo présentant un concours de chants de cailles, ou encore un écriteau de 1688 portant sur l’interdiction d’abandonner des chevaux, émise par Tsunayoshi, Ve shogun Tokugawa, et punissant de mort tous les contrevenants. Une exposition nécessaire à une époque où le rôle de l’homme vis-à-vis de la nature est de plus en plus remis en question.

« Un bestiaire japonais. Vivre avec les animaux à Edo-Tokyo (XVIIIe-XIXe siècle) »,
maison de la culture du Japon à Paris,
101 bis, quai Jacques-Chirac, Paris 
XVe, tél. : 01 44 37 95 95.
Jusqu’au 21 janvier 2023.
www.mcjp.fr/
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne