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L’appartement de Madame du Barry à Versailles

Publié le , par Marie-Laure Castelnau

Fraîchement restauré, l’appartement de la dernière favorite de Louis XV rouvre au public à l’occasion de l’exposition consacrée au monarque. L’un des lieux les plus raffinés du château, témoin d’un Versailles intime.

© Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin L’appartement de Madame du Barry à Versailles
© Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin

Au crépuscule de sa vie, le roi Louis XV se retrouve veuf, après le décès de son épouse Marie Leszczynska, suivi de celui de sa maîtresse devenue son amie, Madame de Pompadour. Il se console assez rapidement, se laissant séduire par la beauté de Madame du Barry, sa dernière favorite. Il décide même de l’installer dans ses anciens cabinets, au-dessus de ses propres appartements. Cet espace prestigieux, au cœur même du palais, s’étend sur 350 mètres carrés au deuxième étage, sous les toits. L’appartement était divisé en une quinzaine de pièces, dont une chambre reliée directement à celle du roi par un petit escalier dérobé. Le monarque, âgé de 60 ans, pouvait ainsi rejoindre discrètement sa jeune maîtresse, de trente-trois ans sa cadette. Aménagé par Ange-Jacques Gabriel, ce vaste logement donne sur la cour de marbre pour les salles de réception et sur les cours intérieures pour les pièces les plus intimes. Dans les pièces principales, la profusion d’or surprend : « Avoir des boiseries dorées était normalement un privilège exceptionnel à la cour, privilège des princes », souligne Frédéric Didier, architecte des Monuments historiques, chargé du chantier de restauration. Sans doute, la maîtresse de Louis XV, née Jeanne Bécu, méprisée par une grande partie de la cour du fait de ses origines, souhaitait-elle affirmer sa respectabilité et son pouvoir par cette débauche de dorures. L’autre moitié de l’appartement arbore d’exceptionnels décors polychromes, avec une couleur différente pour chaque pièce : vert émeraude dans la salle à manger, rose lilas dans l’antichambre, bleu outre-mer pour la salle de bains, mais aussi du blanc mastic, du gris perle ou du jaune pâle. La comtesse a déployé un raffinement tout particulier dans ce lieu qu’elle embellit grâce à du mobilier et des objets d’art à la pointe de la mode. Amatrice d’art, elle encourage le travail des peintres et artisans et cultive le style néoclassique. Elle commande plusieurs œuvres aux peintres Fragonard et Vien, sans omettre ce qui se faisait de plus innovant en matière de mobilier de luxe, notamment au menuisier Louis Delanois et à l’ébéniste Jean-François Leleu. Ainsi, l’appartement de cette dame de la cour réputée pour son goût était-il le plus coté, jusqu’à ce que Marie-Antoinette ne devienne l’arbitre des élégances. Madame du Barry y organisera de nombreuses réceptions et concerts, mais elle ne profitera que peu de temps de ces lieux enchanteurs : quatre ans seulement, avant d’être chassée de la Cour à la mort du souverain. La plupart des meubles qui garnissaient l’appartement versaillais furent alors envoyés au château de Louveciennes, sa résidence principale.

 

© Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin
© Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin

Un chantier d’ampleur
Après le départ de Madame du Barry, son logement sera divisé en plusieurs appartements et seuls quelques petits remaniements seront réalisés. Occupé en permanence, il a ainsi échappé aux campagnes de bûchage des insignes royaux par les révolutionnaires en octobre 1793, tandis que l’une des nombreuses cheminées en marbre est encore ornée d’une fleur de lys et certaines boiseries des doubles « L » d’origine, l’un des seuls emblèmes royaux authentiques conservés à Versailles. Sous Louis-Philippe, l’appartement a également été épargné par les importantes transformations commandées par le souverain. Aussi nous parvient-il aujourd’hui dans son agencement d’origine, « ce qui est tout à fait exceptionnel à Versailles, » précise l’architecte Alexis Muller, chargé du chantier de restauration. Malgré la rénovation exemplaire menée sous la direction d’André Japy, architecte en chef du domaine de Versailles, dans les années 1940, le lieu s’était dégradé à la suite de plusieurs infiltrations d’eau altérant peintures, décors et plafonds. Les travaux ont démarré en février 2021, grâce à l’aide du groupe AXA, à hauteur de 5 M€. Un chantier d’ampleur qui a mobilisé une cinquantaine d’artisans : menuisiers, miroitiers, ferronniers, peintres, doreurs, marbriers. La démarche de cette campagne est la même que celle de 1943 et 1947 : « Notre volonté est de garder l’authenticité des lieux au plus près de son état de 1770, et de ne pas faire une restauration trop tape-à-l’œil, » précise Frédéric Didier. Plusieurs repères « témoins » laissés lors de la précédente restauration ont permis de se rapprocher au plus près de l’état d’origine. Après la dépose partielle de certains lambris et parquets pour installer l’électricité, et les travaux d’isolation, des reprises sur les sculptures des boiseries ont été opérées, la dorure ancienne a été nettoyée et restaurée. La peinture à la colle en « blanc de Roi » a été dégagée et restaurée selon des méthodes traditionnelles. Et dans les pièces aux décors polychromes, dont la plupart avaient disparu dès la fin du XVIIIe siècle, les peintres ont utilisé les techniques et matériaux d’époque.


 

© Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin
© Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin
 
Le goût de la favorite
La comtesse du Barry ne bénéficiait pas du Garde-Meuble de la Couronne, aussi avait-elle fait commander un ensemble mobilier à son goût, en décalage avec le style Louis XV, alors en vogue à Versailles. L’exemple le plus marquant en est la commande de neuf meubles ornés de plaques de porcelaine de Sèvres de Martin Carlin (vers 1772). Ce mobilier d’origine, témoin du style le plus raffiné du XVIIIe siècle, a été saisi et dispersé en grande partie après la mort de Madame du Barry, et se trouve aujourd’hui réparti dans des musées – aux États-Unis, à la Frick Collection, ou au Louvre, dont la fameuse commode à plaques de porcelaine et un guéridon. Le grand lit doré à colonnes avec une impériale sculptée s’est quant à lui volatilisé. Seules ont fait leur retour les chaises exécutées par le menuisier Louis Delanois pour le salon d’angle, une table en pierre dures due à l’ébéniste Martin Carlin et une paire de vases en porcelaine de Sèvres montés en bronze doré, ainsi qu’un encrier portatif de même matière. Une paire de vases en marbre, porphyre et bronze doré tout comme une paire de cuvettes en porcelaine de Sèvre lui ayant appartenu ont aussi réintégré les lieux. L’ensemble des autres meubles a été remplacé par des pièces issues du fonds de mobilier du château de Versailles, avec un choix de pièces évoquant ce que pouvait être l’ameublement de Madame du Barry. « Ce sont des pièces plus ou moins contemporaines qui évoqueront le mieux possible l’environnement quotidien de la favorite de Louis XV», précise Yves Carlier, responsable du remeublement de l’appartement et commissaire de l’exposition consacrée à Louis XV. Ainsi, dans le cabinet d’angle, outre les chaises d’origine, prennent place quatre fauteuils exécutés en 1775 par Jean-René Nadal pour le comte d’Artois à Versailles. Dans la salle à manger, a été disposée une paire de consoles en bronze doré et marbre reprenant un dessin de l’architecte Victor Louis, ou du sculpteur Jean-Louis Prieur pour les consoles du Palais royal de Varsovie : « Stylistiquement, elles aussi sont tout à fait dans l’esprit des meubles que Madame du Barry affectionnait », ajoute Yves Carlier. L’absence de documents d’époque précis sur les draperies et tissus ornant lit à baldaquin, chaises ou canapés de l’appartement a conduit le conservateur à choisir, dans les nombreux catalogues de tapissiers, des tissus au plus près du goût de la comtesse. Guidé par les descriptions sommaires de l’époque, les rideaux et portières de la salle à manger sont en damas vert, dauphine à médaillon fond bleu dans le grand salon, et dauphine fond blanc à bouquets de roses dans la chambre. Un remeublement qui, s’il relève plus de l’évocation, s’approche au plus près de l’original.

À VOIR
 «Louis XV, passions d’un roi », 
Château de Versailles (78), tél. : 01 30 83 78 00.
 Jusqu’au 19 février 2023.

www.chateauversailles.fr 

L’appartement n’est accessible qu’avec la visite guidée « Chez Madame du Barry, dame de Cour et de cœur ».
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