L’amour paternel au XVIIIe siècle par Joseph-Marie Vien

Le 20 mai 2020, par Caroline Legrand

Joseph-Marie Vien nous offre, avec ce portrait inédit de son fils, une œuvre intime tout en douceur et sensibilité…
Loin des grands tableaux néoclassiques qui firent sa réputation.

Joseph Marie Vien (1716-1809), Portrait de Jean-Marie Vien, fils de l’artiste, toile, 46 37,5 cm
Estimation : 8 000/12 000 

C’est un privilège que de se tenir devant ce portrait de Jean-Marie Vien. Et une chance ! En effet, cette œuvre n’était jusque-là connue qu’au travers d’un pastel de l’artiste conservé au musée des beaux-arts de Béziers (voir Thomas Gaehtgens, Jacques Lugand, Joseph-Marie Vien 1716-1809, éditions Arthena, 1988, page 200, n° 247) et d’un dessin, présent dans ce même musée, de l’enfant sans son béret. Ce tableau jette un nouveau jour sur l’œuvre de ce peintre – natif de Montpellier, précisons-le –, considéré comme le père de la peinture néoclassique en France. En effet, on ne connaît que très peu de portraits de celui qui marqua la fin des années 1750, lorsqu’il abandonna le rococo de ses célèbres contemporains Boucher et de Troy pour adopter un style novateur, influencé par ses voyages à Rome et par le retour du goût pour l’Antiquité. Mais, avec ce portrait familial d’une touche veloutée centrée sur l’expression naturelle de l’enfant, nous sommes bien loin de la manière épurée et de la perfection parfois un peu froide de ses grandes compositions mythologiques.
L’enfance retrouvée
On pénètre dans l’intimité même de l’artiste, sa sphère privée, dans laquelle il se laisse aller à plus de sentiment et de douceur. Vien n’a quasiment portraituré que les membres de sa famille et notamment ses deux garçons : l’aîné Joseph-Marie – qui suivit la voie artistique tracée par son père – et son petit frère Jean-Marie, baptisé en septembre 1765, dont le parrain n’était autre que le sculpteur Pigalle et la marraine la peintre Marie-Suzanne Roslin. Jean-Marie accompagna son père lors de son séjour en Italie, de 1775 à 1781, à l’époque où il était directeur de l’Académie de France à Rome. C’est peut-être à cette époque que Vien réalisa ce tableau, l’âge de son fils, entre 13 et 16 ans, semblant correspondre. Cette œuvre s’inscrit dans une mode grandissante depuis la parution en 1762 du livre de Jean-Jacques Rousseau Émile ou De l’éducation, celle des portraits d’enfant. Un ouvrage qui a révolutionné les conceptions de l’éducation et offert une nouvelle vision de l’enfance, période faite d’innocence et de jeux, que l’on doit choyer, au risque de la regretter ensuite. Les peintres français se mettent à décrire avec amour et tendresse leurs propres enfants à l’image de Coypel, Restout, Despax, Chardin, Houdon ou Vigée-Lebrun. L’enfant est désormais vu et peint pour ce qu’il est. Il est reconnu comme un être à part entière, digne d’attention, mais aussi comme un adulte en devenir que l’on doit aimer et éduquer au mieux. Bien sûr, n’importe quel parent voit son propre reflet dans sa progéniture et place en elle certaines de ses ambitions à l’image de Vien qui peint son fils avec le fameux béret, chaud et confortable, adopté par les peintres depuis la Renaissance, idéal pour travailler dans les ateliers d’artiste mal chauffés. Malheureusement, emporté prématurément en 1788, le petit Jean-Marie, qui avait entrepris des études d’architecture, ne put réaliser tous les rêves de son père.

jeudi 28 mai 2020 - 14:00
Troyes - 1, rue de la Paix - 10000
Ivoire - Boisseau-Pomez (Boisseau, Pomez)
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