Gazette Drouot logo print

L’abstraction à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence

Publié le , par Alexandre Crochet

La Fondation Maeght accueille une centaine d’œuvres abstraites de la collection de la Fondation Gandur pour l’art, de Martin Barré à Claude Viallat et comptant nombre de redécouvertes. ­­

Jo Delahaut (1911-1992), Clostra, huile sur toile, 100,5 x 80,7 cm © Fondation Gandur... L’abstraction à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence
Jo Delahaut (1911-1992), Clostra, huile sur toile, 100,5 x 80,7 cm
© Fondation Gandur pour l’Art, Genève - Photographe André Morin © ADAGP 2022

Quoi de plus naturel qu’une fondation en invitant une autre ? Jusqu’en novembre, celle créée par Marguerite et Aimé Maeght accueille la collection réunie par Jean Claude Gandur et abritée dans sa fondation genevoise (voir Gazette 2017 n° 20, page 20). Une fraction du moins d’un ensemble très vaste : celle consacrée à l’art abstrait. Si certaines d’entre elles ont déjà fait l’objet d’expositions, notamment sur la période de la guerre, cette centaine d’œuvres de soixante-six artistes, dont plusieurs font également partie de la collection Maeght – tels Calder, Hartung, Riopelle ou Soulages –, sont montrées pour la première fois ensemble. Le tout dessine un panorama de cette voie artistique et de ses variations, montrant «toute la radicalité de la pensée et du geste de ces artistes», souligne Yan Schubert, conservateur de la fondation genevoise, qui note aussi «un regain d’intérêt pour l’abstraction» ces dernières années. Comme le précise Jean-Claude Gandur dans le catalogue, l’exposition présente plusieurs formats monumentaux. Y figurent ainsi un splendide Riopelle de 1953, Hommage à Robert le Diabolique (200 282 cm), un impressionnant Sam Francis de 1957 jouant entre le plein et le vide, Tokyo (197,7 396,5 cm), ou encore un triptyque d’Emilio Vedova de quatre mètres de long (Scontro di Situazioni, 1959), que n’auraient pas renié les expressionnistes abstraits américains. La collection, centrée sur la France et les artistes qui y ont travaillé, comprend cependant peu d’œuvres de ces derniers, par ailleurs plus chers… Sur une vaste période allant des années 1950 à 1980, de Soulages ou Judit Reigl jusqu’à Supports/Surfaces et Claude Viallat, le parcours présente l’abstraction sous toutes ses coutures. «Griffer, inciser, perforer, mais aussi coller, coudre, brûler ou utiliser des supports moins traditionnels devient une nouvelle manière d’envisager l’acte créatif», résume Yan Schubert. Le fil rouge, à la fois thématique et chronologique, évoque les grandes étapes de ces expérimentations : «Peintures» met ainsi à l’honneur le Soulages des années 1950. «Géométrie» réunit Vasarely et une sculpture de Tinguely, Méta-Herbin (1955), hommage à Herbin placé à côté en majesté – le peintre, on l’oublie parfois, a notamment influencé l’artiste suisse. «Expérimentation» présente Fontana avec un Concetto spaziale atypique de 1956, paré de morceaux de verre coloré collés à la toile. «Il y a certaines œuvres que je ne veux pas acheter, comme les fentes de Fontana qu’on voit partout, sur toutes les foires. Il faut oser refuser ce que tout le monde veut voir», explique Jean-Claude Gandur. D’où la présence d’un Grand cachet d’Arman produit à l’encre et gouache sur papier marouflé sur toile, ou de son Allures d’objets peinte sur même support, se déployant sur près de trois mètres… mais aussi d’un Agrafage (1961) de César, des lames de bois agrafées sur panneau, comme un découpage d’enfant revisité par un adulte artiste. La collection fait la part belle à ces pièces singulières, souvent parmi les plus innovantes dans la carrière de leur auteur, tels Savonarole, une sculpture de Dubuffet, ou son Paysage hermétique à la gouache incluant différentes feuilles d’arbres. Exposition d’un collectionneur avec ses partis pris, l’ensemble, solidement charpenté et de haute volée, permet aussi de redécouvrir, aux côtés de noms plus illustres, des figures méconnues comme Ernest Briggs, Alfons Schilling, Jack Youngerman, Jo Delahaut ou Salvatore Scarpitta, qui emmaillote la toile avec des bandes de tissu en 1958. Une grande famille où tous étaient cousins, plus ou moins éloignés.

«Au cœur de l’abstraction. Collection de la Fondation Gandur pour l’art»,
Fondation Maeght, 623, chemin des Gardettes, Saint-Paul-de-Vence (06),
Jusqu’au 20 novembre 2022.
www.fondation-maeght.com
Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne