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Kunstmuseum de Bâle : Pissarro, influenceur de sensations

Le 14 septembre 2021, par Frank Claustrat

L’exposition du Kunstmuseum de Bâle offre un regard inédit sur les points communs et les échanges entre artistes autour de la figure centrale de Camille Pissarro.

Kunstmuseum de Bâle : Pissarro, influenceur de sensations
Camille Pissarro (1830-1903), Femme au fichu vert, 1893, huile sur toile, 65,5 54,5 cm (détail), musée d’Orsay, Paris.
© RMN-Grand Palais (musée d’Orsay). © Franck Raux

 

Grâce à une rare personnalité humaniste et téméraire, Camille Pissarro a réussi sa vie durant à partager avec plusieurs générations de peintres la modernité de ses expérimentations successives : pleinairisme, impressionnisme, néo-impressionnisme. Originaire des Petites Antilles (voir l'article Camille Pissarro sous le soleil des tropiques de la Gazette no 15 du 14 avril 2017, page 192), il s’accommode aisément à la nature environnante et à la population locale, lesquelles détermineront son style de vie rural. Né en 1830 à Charlotte-Amalie, capitale de l’île Saint-Thomas – acquise des Anglais par la Compagnie danoise des Indes occidentales et de Guinée en 1671 –, l’artiste passe une partie de son enfance et de sa jeunesse sous la lumière caribéenne, premier vrai contact avec l’étude sur le motif, aux côtés du peintre danois Fritz Melbye. Si l’exposition du Kunstmuseum de Bâle ne traite pas de cette première collaboration artistique – essentielle à la compréhension de son évolution vers l’impressionnisme, selon l’historienne de l’art américaine Mia Laufer (Mapping Impressionist Painting in Transnational Contexts, collectif, Routledge, 2021) –, elle éclaire en revanche magistralement le réseau social du peintre après son arrivée en France, en 1855. Montée par Josef Helfenstein et Christophe Duvivier, «Camille Pissarro. L’atelier de la modernité» évoque l’esprit d’initiative et d’équipe du père de l’impressionnisme. Les cent trente huiles – dont quelques raretés venues d’Asie, comme Le Jardin potager et le clocher d’Éragny de 1899 (Fukushima Prefectural Museum of Art) –, dessins et gravures signés de sa main dialoguent avec des pièces maîtresses de Monet, Guillaumin, Piette, Cézanne, Degas, Gauguin, Cassatt, Luce, Seurat…
Expériences collectives
Le parcours, à la fois chronologique et thématique, est particulièrement stimulant, l’objectif étant de souligner la fébrilité de Pissarro comme peintre de paysage, mais aussi de nature morte et de figures. La confrontation d’une œuvre de 1863 (La Varenne-Saint-Hilaire vue de Champigny) avec les toiles de ses mentors à cette époque – Corot et Sisley – témoigne bien de ses nouvelles ambitions par-delà la recherche d’effets de lumière, vecteurs de «sensations», terme qu’il utilise souvent. L’artiste veut passer au grand format, exposer au Salon, vivre de sa peinture. La tâche sera ardue, on le sait. Avec Claude Monet, Camille Pissarro se met finalement en quête d’alternatives pour présenter les œuvres de ses amis au public : sous le nom de «Société anonyme coopérative d’artistes peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes», les futurs impressionnistes organisent leur première exposition en 1874. Cette expérience collective va aussi s’avérer fructueuse pour lui sur le plan artistique. Avec Mary Cassatt et l’étude des gravures sur bois japonaises, il se renouvelle ; avec Paul Cézanne, il réinvente la notion d’espace ; avec Paul Gauguin, il interroge le rôle de la couleur pure ; comme Van Gogh, le trait l’obsède, suivi du point, aux côtés des jeunes néo-impressionnistes Seurat et Signac. Le travail sériel sera enfin abordé avec Monet, axé sur la notion d’atmosphère. Démonstration est faite : l’échange avec ces artistes aura bien été pour Pissarro un moyen de création autant qu’un art de vivre.

«Camille Pissarro. L’atelier de la modernité»,
Kunstmuseum, 8, St. Alban-Graben, Bâle, tél. 
: +41 61 206 62 62,
Jusqu’au 23 janvier 2022.
kunstmuseumbasel.ch

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