Jingart, deuxième édition en quête d’identité

Le 13 juin 2019, par Caroline Boudehen

Art moderne et création contemporaine, design et joaillerie : la foire pékinoise joue la carte de la diversité.

Vue du stand Galleria Continua, lors de l’édition 2019 de Jingart àPékin.
Courtesy Galleria Continua

Jingart, la petite sœur pékinoise d’Art 021, la foire d’art contemporain shanghaienne, a cette année rassemblé 41 exposants au Beijing Exhibition Center. Une adresse moins centrale que l’emblématique Quanyechang, dans le cœur historique de la capitale, où s’était tenue l’édition 2018 , mais plus adaptée au format de l’événement, et permettant ainsi d’accueillir les onze participants supplémentaires. Il s’agit aussi d’un choix stratégique, affichant le lien de filiation entre les deux foires, puisque Art 021 se déroule chaque année dans une réplique à l’identique du bâtiment, à Shanghai. Mais si Art 021 se concentre exclusivement sur l’art contemporain, Jingart se démarque par sa proposition diversifiée : art et design, moderne et contemporain, joaillerie et mobilier. «Jingart s’adresse à un autre public, moins centré sur l’art contemporain. Par conséquent, il est essentiel que la foire s’adapte à ce marché particulier», explique Bao Yifeng, qui codirige les deux foires avec Kylie Ying et David Chau. Une audience différente, mais aussi et surtout jugée difficile à séduire. Le hall principal de l’édifice a accueilli un tiers des exposants. Des galeries internationales, d’abord  les pontes étaient présents, comme Perrotin (avec un solo show du peintre coréen Kim Chong-Hak), Pace gallery, pour la première fois, David Zwirner, Hauser & Wirth (qui présentait un solo show du Japonais Takesada Matsutani). Mais aussi des galeries établies, dont une majorité implantées en Chine ou en Asie : HdM gallery  qui proposait un stand «noir et blanc», avec entre autres des pièces d’Elias Crespin, Lu Chao, Barthélémy Toguo ou Yang Yongliang , Galleria Continua  dont Qiu Zhijie, Anish Kapoor, Hans Op de Beeck , Shanghart ou encore Tina Keng gallery  qui, cette année, a préféré consacrer entièrement son stand à quatre artistes femmes et renoncer à présenter Su Xiaobai, pourtant le clou des ventes l’année passée.
Qualité inégale
Un second espace était dédié aux deux autres tiers des exposants, mixant art moderne et contemporain, mobilier, design et joaillerie, sur une surface équivalente au hall principal : Whitestone gallery (Yayoi Kusama, Tadaaki Kuwayama, Miwa Komatsu), Triumph gallery (Ding Yi, Fang Lijun, Yang Liming), Opera gallery, pour la première fois (avec des pièces d’André Brasilier, de Manolo Valdès entre autres), All gallery (dédiée au design), la galerie Dumonteil (avec une console remarquable d’Hubert Le Gall, un fauteuil et un luminaire du même artiste, un laque de Gaston Suisse, des encres sur papier de Lin Guocheng, ou encore des sculptures de Mia Fonssagrives Solow), Tong gallery + Projects (avec un stand dédié aux étonnantes sculptures mobiles de Tong Kunniao), ou encore les représentants de Botero en Asie. Une section plutôt déséquilibrée, avec des œuvres de qualité inégale et des prix oscillant entre cinq et huit chiffres.
Chacun son réseau
Les deux jours de preview ont été plus calmes que l’année précédente, loin de la frénésie habituelle des lancements. Chaque stand a vendu quelques pièces : chez Tina Keng, une toile d’Ava Hsueh a été cédée pour 93400$ et une autre pour 22000$, une encre sur papier de Chiang Yomei pour 3500$ ou une série de quatre œuvres (techniques mixtes) de la même artiste pour 8400$. Les sculptures mobiles, chez Tong gallery + Projects, estimées à 6700$, n’ont pas eu le succès escompté. Seules quelques peintures, autour de 2900$, ont été vendues. Chez Whitestone, une peinture de Yayoi Kusama a été cédée pour 770000 $, une de Tadaaki Kuwayama pour 150000 $ et plusieurs œuvres de Miwa Komatsu se sont envolées rapidement, pour 10000 $. Pace  une habituée des sold-out  a, au deuxième jour, vendu seulement deux ou trois œuvres, dont une étagère de Yin Xiuzhen… Chez Triumph, un tableau de Ding Yi est parti pour 209500$. Trois pièces de Takesada Matsutani ont été vendues chez Hauser & Wirth, dont un paravent daté de 1987 (450000$). Chez Dumonteil, «les ventes se sont en grande partie conclues avec nos clients… de Shanghai», confiait Yuxin Zheng, directrice de la galerie. Il semble que les collectionneurs pékinois n’étaient pas vraiment au rendez-vous. «Nous avons fait peu de nouvelles rencontres, ce sont nos collectionneurs fidèles qui montrent un intérêt réel sur Jingart.» Les enseignes implantées à Pékin ont effectivement vendu à leur réseau. Pour les autres, il semble que les affaires ont été plus ardues. «Nous sommes implantés depuis vingt-cinq ans en Asie, nous sommes donc heureux de pouvoir participer pour la première fois à une foire pékinoise. Même si nous ne concluons pas autant de ventes qu’espéré, c’est bon pour notre image», estimait Stéphane Le Pelletier, directeur Asie d’Opera Gallery. Le trio avant-gardiste qui dirige Jingart draine avec succès, à Shanghai, un réseau issu des domaines du luxe et de la mode, mais semble peiner à créer une rencontre fructueuse avec les collectionneurs dans la capitale. «Pékin est réputée pour sa frilosité quant aux foires d’art. La capitale historique reste hermétique à l’agitation financière que suscitent ces événements…» selon Thomas Eller, cofondateur d’Artnet et président de RanDian. Jingart saura-t-elle faire l’exception sur la durée ? Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour une troisième édition.

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