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Jérôme Zieseniss, Venise au cœur

Publié le , par Sylvain Alliod

Ce Vénitien de cœur est président du Comité français pour la sauvegarde de la Sérénissime et du Circolo de La Fenice ; il œuvre en musique à la renaissance du palais royal

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Jérôme Zieseniss, Président du Comité français pour la sauvegarde de Venise, dans les appartements de l’impératrice Sissi au musée Correr.
© Photo Luc Castel courtesy CFSV

Ne faites-vous pas pour Venise un peu ce que votre père, Charles-Otto Zieseniss, a fait pour Versailles ?
Mon père, qui était historien de l’art, a travaillé bénévolement durant vingt-deux années au château de Versailles avec le titre de chargé de mission étranger puisqu’il était Américain. J’ai été influencé par l’idée américaine d’apporter quelque chose à la communauté et de ne pas seulement vivre en égoïste. Mon père, qui a également été vice-président de la fondation Napoléon, s’est consacré aux salles napoléoniennes à Versailles. J’ai découvert Venise alors que j’étais étudiant. J’y suis ensuite sans cesse retourné avant de m’y installer en 1999 lorsque m’a été confiée la présidence du Comité français pour la sauvegarde de Venise. Il faut faire preuve d’un peu de modestie, l’Italie n’est pas un pays pauvre et si les comités internationaux n’existaient pas, Venise ne coulerait pas ! Les récentes mésaventures du Comité britannique prouvent que nous ne devons pas être des donneurs de leçons, mais collaborer étroitement avec les autorités italiennes, en ayant la ferme intention de faire avancer les choses.

Pouvez-vous nous retracer l’histoire des appartements que le Comité français pour la sauvegarde de Venise restaure au musée Correr ?
On oublie souvent que ce musée occupe une partie du palais royal construit sur les ordres de Napoléon. Celui-ci ne l’a jamais vu puisqu’il a passé seulement neuf jours à Venise en 1807 et n’est jamais revenu. Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie et prince de Venise, en a suivi la construction et l’a habité. Le palais est ensuite passé aux Habsbourg puis aux Savoie, qui, à la fin de la monarchie, en ont restitué l’essentiel à l’État. Ce dernier en a attribué une partie à la ville pour y placer les collections de Teodoro Correr, patricien et abbé qui, à la fin de la République, a acheté à peu près tout ce qui était à vendre, depuis des paires de sabots jusqu’à des carpaccios. L’autre partie du palais a progressivement été transformée en bureaux pour les antennes locales du ministère de la Culture. Cela n’a pas été simple pour nous de faire partir des administrations dont certaines étaient là depuis quatre-vingts ans ! Neuf pièces, correspondant aux appartements d’Élisabeth d’Autriche, la célèbre Sissi, ont été inaugurées il y a un an. Nous avons vocation à terme à en restaurer une vingtaine, qui permettront d’en doubler la superficie muséale.

 

Vue de la Salle des dames d’honneur des appartements de l’impératrice Sissi au palais royal de Venise, restaurée grâce au soutien du Comit
Vue de la Salle des dames d’honneur des appartements de l’impératrice Sissi au palais royal de Venise, restaurée grâce au soutien du Comité français pour la sauvegarde de Venise.
© Photo Luc Castel Courtesy CFSV

Cet été, les appartements de l’empereur vont être à leur tour ouverts au public. Les choses avancent vite…
C’est un projet de longue haleine qui a été bloqué pendant plusieurs années pour des raisons administratives. Les interlocuteurs du Comité français pour la sauvegarde de Venise sont dans ce cas à la fois l’État et la Ville. La surintendante des monuments, Renata Codello, qui exerce l’autorité de l’État sur tous les monuments de Venise et avec laquelle nous œuvrons en totale confiance, a donc besoin d’avoir un alter ego constructif à la tête des musées de la ville. C’est désormais le cas avec Gabriela Belli. Elle a pris ses fonctions en novembre 2011 et m’a aussitôt déclaré que notre projet était prioritaire pour les musées de Venise. Ceci nous a donné des ailes et il était temps car nous avions subi de nombreux retards qui sont les pires ennemis du mécénat !

Le financement de ces travaux se fait entièrement par le mécénat privé ?
Oui tout à fait, chaque pièce est en quelque sorte adoptée. Henry Hermand et son épouse Béatrice ont par exemple permis la restauration du bureau de l’impératrice. Pour son inauguration, ce grand patron a fait un discours vibrant disant que les États européens n’ont plus les moyens d’entretenir leur gigantesque patrimoine et que les personnes qui le peuvent ont le devoir sacré de le faire. Notre plus jeune mécène a 7 ans. Sa grand-mère, Chantal Mérieux, a voulu par ce geste lui laisser un joli souvenir d’elle. Le Comité français bénéficie d’un soutien international. Le cabinet de l’empereur ouvrant prochainement, a été adopté par un chef d’entreprise russe, Léonid Mikhelson, principal actionnaire de la première compagnie privée de gaz de son pays, Novatek. Il possède une fondation d’art contemporain qui porte le nom de sa fille Victoria. Vous voyez qu’il n’y a aucune contradiction entre la sauvegarde du patrimoine et l’art contemporain, surtout à Venise où les deux sont liés. La fondation Florence Gould a pour sa part adopté plusieurs pièces, et le World Monument’s Fund la grande salle à manger d’honneur. Rubelli offre tous les tissus refaits à l’identique. Chacune des pièces que nous restaurons en ce moment nécessitent entre 180 000 et 200 000 €. Si les donateurs sont français – hier LVMH ou Hermès, aujourd’hui Chanel ou le Groupe des Jeunes du Comité français –, ils bénéficient des déductions de la loi sur le mécénat.

 

Chevaux antiques en bronze du quadrige de saint Marc, Venise. Restauration financée par le Groupe de jeunes du Comité français pour la sau
Chevaux antiques en bronze du quadrige de saint Marc, Venise. Restauration financée par le Groupe de jeunes du Comité français pour la sauvegarde de Venise.
Courtesy CFSV

Vous êtes également président du Circolo de La Fenice. Comment un Français a-t-il été nommé à la tête du cercle des donateurs de cette vénérable institution ?
Je ne suis pas un spécialiste d’opéra mais un simple amateur, et lorsque le maire de Venise, après le surintendant de La Fenice, Cristiano Chiarot, m’a fait cette demande, j’ai été le premier à lui suggérer de prendre un Italien. Mais il m’a répondu qu’il me considérait comme Vénitien… Le Circolo était alors assez embryonnaire et il fallait lui donner une identité plus forte. D’abord en faisant de ce cercle un outil qui permette à ceux qui aiment l’opéra d’assister de manière privilégiée aux spectacles de La Fenice. La cotisation des membres du Circolo s’élève à 5 000 € par an. Elle leur donne droit à six premières, plus le concert du jour de l’an et la soirée de la Cavalchina durant le carnaval. Pour une entreprise, devenir membre du Circolo est la garantie de bénéficier d’un traitement préférentiel pour ses partenaires et clients. Un tapis rouge à La Fenice !

À quelle fin sont destinés les fonds récoltés ?
Ils aident le théâtre à enrichir son offre en soutenant chaque année une nouvelle production. À mon arrivée, ils s’élevaient à 150 000 € et se situent aujourd’hui autour de 500 000 €. L’année dernière, nous avons financé avec le soutien d’une fondation suisse, The Conny Maeva Charitable Foundation, une nouvelle production de Carmen, en collaboration avec le Liceu de Barcelone. Cette année, nous soutenons une production de Madame Butterfly, associant pour la première fois La Fenice et la Biennale d’art contemporain. Les décors et les costumes ont été confiés à une artiste japonaise, Mariko Mori, qui va mêler images en trois dimensions et culture traditionnelle japonaise. Nous bénéficions cette fois du soutien de Van Cleef & Arpels, qui vient par ailleurs d’adopter la restauration d’un très beau salon du palais royal, dans le cadre du Comité français. Et nous venons de conclure un nouveau mécénat pour l’Opéra de Venise, ainsi que pour le Comité, avec la société française Interparfums. De fructueuses synergies, à la mesure d’une ville d’exception.

La néoclassique salle des gardes des appartements impériaux du musée Correr, palais royal de Venise, a été restaurée grâce au soutien du C
La néoclassique salle des gardes des appartements impériaux du musée Correr, palais royal de Venise, a été restaurée grâce au soutien du Comité français pour la sauvegarde de Venise lors de la première phase de l’opération de mécénat.
© Photo Luc Castel Courtesy CFSV

À SAVOIR
Le Comité français pour la sauvegarde de Venise a été créé en 1969
par l’ambassadeur Gaston Palewski, l’un des plus anciens compagnons du général de Gaulle.
www.cfsvenise.org

La Fenice organise cet été un festival «lo spirito della musica di Venezia»,
programme détaillé sur www.teatrolafenice.it
Contact pour le Circolo La Fenice : [email protected]
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