Jean-Pierre Speidel et la mécanique du rêve

Le 26 mai 2017, par Caroline Legrand

C’est dans le cadre enchanteur du casino Palm Beach, à Cannes, que la collection d’automates de Jean-Pierre Speidel sera dispersée. 376 pièces mécaniques et électriques, comme autant de coups de cœur.

André Soriano (né en 1924) Vichy Pierrot écrivain squelette, automate de prestige, pièce unique au mécanisme squelette, 58 x 35 x 54 cm, 9 kg.
Estimation : 9 000 €

Un rêve n’est jamais aussi beau que quand il est partagé. Son rêve d’enfant, Jean-Pierre Speidel l’a transformé en passion, une fois devenu adulte. Une véritable vocation, bien éloignée des ambitions que nourrissait à son endroit son père, qui travaillait sur le chantier de la reconstruction du port de Dieppe. Jeune garçon, les manèges et autres guignols le fascinaient tant, qu’il montait dans le garage de ses parents des spectacles animés de marionnettes en pomme de terre. Sa passion pour le spectacle l’attire rapidement dans la capitale, où il multiplie les petits métiers au fil des rencontres et de ses envies, avant que Patrick Partouche ne lui offre un poste de directeur artistique et événementiel dans ses casinos. Jean-Pierre Speidel, disposant d’un peu d’argent, commence sa collection de petits automates anciens, mais aussi des sculptures animées, réalisées par des artistes d’art brut contemporains. Son premier achat ? Un cochon électrique d’après-guerre habillé en matelot, qu’il réussit à se payer grâce à l’aide de son ami Georges Proust, propriétaire du musée de la Magie à Paris. Un véritable coup de cœur, qu’il eut aux Puces et dont il a décidé de ne pas se séparer aujourd’hui. Le moteur de ses acquisitions, chez les marchands ou en salles des ventes en France ou en Allemagne, chez le spécialiste Breker, est l’émotion que ces objets lui procurent, quelle que soit leur valeur. Ils doivent également être en état de fonctionnement, tels les clowns bondissant de leur boîte, annoncés à quelques centaines d’euros ou le Chef d’orchestre aux oiseaux (800 €), créé par Boaretto Renato vers 1950. On doit pouvoir les manipuler et les faire vivre sans crainte de les casser !

Blaise Bontems (1814-1893) Le Buisson, automate mécanique à clé créé en 1850 avec des oiseaux chanteurs, cinq mouvements, 70 x 45 x 40 cm. Estimation 
Blaise Bontems (1814-1893) Le Buisson, automate mécanique à clé créé en 1850 avec des oiseaux chanteurs, cinq mouvements, 70 x 45 x 40 cm.
Estimation : 8 000 €

Que le spectacle continue…
Arrivée l’heure de la retraite, l’infatigable Jean-Pierre Speidel se lance dans une nouvelle aventure avec l’ouverture, en 2010, de son musée de l’Insolite et de la Curiosité, à Nice. Une manière de partager, mais aussi d’offrir une seconde vie à ses fidèles complices, qu’il n’apprécie jamais autant que lorsqu’ils sont en mouvement. «Quand les enfants et les parents y venaient, ils devaient vivre une heure de rêve, et cela passe par une interactivité. Ils appuyaient sur un bouton et les automates s’animaient, leur racontaient une belle histoire», se souvient-il non sans émotion. Durant des années, ses visiteurs ont pu admirer des centaines d’automates, miroirs déformants, jeux mécaniques, tableaux animés, chevaux de manège et instruments de musique anciens, s’unissant tous dans un incroyable spectacle fascinant les petits comme les grands… Mais, l’âge avançant, 70 ans maintenant, Jean-Pierre Speidel a décidé de fermer son musée niçois à la gestion difficile et de disperser sa collection, à laquelle ses enfants ne se sentent pas attachés. Qu’on se rassure, l’intrépide collectionneur a encore de nombreux projets en tête, comme celui d’une maison hantée… Et cette vente va permettre à ses chers automates de retrouver vie dans d’autres mains bienveillantes. 376 objets composent ainsi le catalogue, avec des estimations allant de 50 € pour de nombreux jouets mécaniques, ours en peluche ou tableaux animés, à 35 000 €… Une nouvelle manière de transmettre sa fascination pour ces créations, dont l’histoire remonte à plus d’un siècle et demi. Si les automates existaient déjà dans l’Antiquité, c’est le XIXe siècle qui leur donna leurs lettres de noblesse, à l’aune de l’industrialisation, des grands magasins et des Expositions universelles. Au-delà d’un simple jouet, ces objets devaient aussi devenir de véritables pièces de musée, admirées des grands comme des petits, des curieux comme des collectionneurs.

 

Big Band, huit automates musiciens électriques grandeur nature, système informatique et pneumatique, 600 x 400 cm. Estimation : 30 000 €
Big Band, huit automates musiciens électriques grandeur nature, système informatique et pneumatique, 600 x 400 cm.
Estimation : 30 000 €

Plus vrais que nature
Cette période transforma mécaniciens, horlogers et artisans en inventifs créateurs de jouets, à l’image de Jean Roullet et de son gendre Ernest Decamps, qui lancèrent leur production en 1889 avec un petit jardinier poussant sa brouette. Des premiers rouages fabriqués à l’emporte-pièce, on passe rapidement à des mécanismes de plus en plus perfectionnés, qui animent des clowns ou des animaux, tel un Lion à trois mouvements annoncé à 3 500 €, qui garnissait jusqu’à peu la section dédiée à la savane africaine du musée niçois. Quelques autres maisons françaises de fabrication de jouets se distingueront, à l’instar de Bontems avec un précieux automate mécanique créé, en 1850, à partir d’oiseaux chanteurs parfaitement synchronisés. Les charmants volatiles étaient la spécialité de Blaise Bontems. Celui-ci, maîtrisant depuis son enfance dans les Vosges l’art de la taxidermie, s’évertua dès son apprentissage en horlogerie, à donner vie à ces oiseaux chanteurs si réalistes, qu’ils feront son succès à Paris, mais aussi lors de l’Exposition universelle à Londres, en 1851. En termes de technique et d’imagination, la maison Gustave Vichy demeure aussi une référence. Ses clowns comiques, musiciens ou jongleurs consacrèrent le travail du fils d’horloger et d’une créatrice de jouets mécaniques, qui ouvrirent un atelier en 1866 au 36, rue de Montmorency. André Soriano, ami de Jean-Pierre Speidel et restaurateur des automates de l’ancien musée de Monaco, leur a rendu hommage en créant son Vichy Pierrot écrivain squelette : écrivant une lettre à Colombine, celui-ci bouge la tête et ses yeux jusqu’à ce que la lumière s’éteigne, et qu’il s’endorme ; un instant après, il se réveille, rallume la lumière et reprend sa tâche. Un art populaire en perpétuel mouvement…

samedi 03 juin 2017 - 02:30 - Live
Cannes - Casino Palm Beach, place Franklin-Roosevelt - 06400
Besch Cannes Auction
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