Jean-Luc Martinez : enchérissez pour le Louvre !

Le 27 novembre 2020, par Vincent Noce

Le président-directeur du plus grand musée du monde expose les ressorts d’une vente « online only » destinée à financer les « projets solidaires du Louvre ».

Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre.
© 2019 Musée du Louvre-Stephan Gladieu

Cette vente est une initiative originale pour le Louvre. Quelle en est l’origine ?
Elle revêt un double objectif. Depuis quelque temps, je me suis inquiété de ce que le Louvre ne conservait aucune trace des multiples collaborations qu’il entretient avec des artistes. Par exemple, la chalcothèque a commandé des plaques gravées à des créateurs comme JR ou Jean-Michel Othoniel pour produire des estampes en série limitée. Il m’a semblé que le musée devait trouver, avec eux, le moyen de conserver la mémoire de leur travail. De la présence éphémère de Claude Lévêque à la pyramide à partir de 2014, notamment, il ne nous reste rien. Il y a aussi bien des artistes qui réalisent des bandes dessinées pour nos publications, mais nous n’avons pas de planche originale dans notre collection. Même pour des décors pérennes, ce qui est encore pire – comme les vitraux de François Morellet dans l’escalier de l’aile Richelieu, ndlr –, il ne reste pas de souvenir du processus créatif. J’ai donc souhaité que le musée demande à ces artistes de nous vendre ou de nous offrir un témoignage de leur travail et que cette disposition puisse figurer dans les contrats de commande, afin de trouver un moyen de pérenniser leur passage au Louvre. Candida Höfer a ainsi bien voulu nous donner une série d’épreuves de ses prises de vue du musée, les jours de fermeture, que le Louvre a présentées en 2006. Cette volonté de patrimonialisation est aussi un moyen de tisser des relations avec les artistes vivants, en donnant du sens à cette collaboration. On a souvent entendu le reproche que l’art contemporain n’avait pas sa place au Louvre : en réalité, il faut trouver du sens à cette ouverture.
Quid de ce nouvel espace au sein du musée ?
Cette réflexion a en effet rencontré un projet spécifique. Nous avons à notre disposition une salle de 1 200 mètres carrés qui faisait partie de la galerie d’art islamique. J’ai souhaité qu’elle puisse accueillir un atelier, ouvert aux adultes et aux enfants, qui offrirait un accès direct aux galeries permanentes. Elle se trouvera en face de la Petite Galerie, devenue en 2015 un espace de découverte du musée, ce qui lui donne tout son sens.

 

Xavier Veilhan (né en 1963), Le Mobile, n° 9, 2019.Photo Diane Arques
Xavier Veilhan (né en 1963), Le Mobile, n° 9, 2019.
Photo Diane Arques

Mais tous les musées ont des ateliers…
Quand ils se sont renouvelés dans les années 1980 en s’ouvrant davantage au public, il leur fallait à tous un auditorium et un atelier. Mais ceux-ci proposent pour l’essentiel des activités créatives, sans forcément chercher de relation avec les collections. Je voudrais combiner les deux ; on peut imaginer par exemple une initiation à l’art de la céramique qui conduirait à une visite des porcelaines dans les salles d’art décoratif. Nous en faisons déjà l’expérience au Louvre-Lens, où nous proposons une activité, « Le noir du bout des doigts », en lien avec l’exposition en cours « Soleils noirs ». L’atelier, avec vue sur le parc, s’y trouve en prise directe avec la Galerie du temps et il est accessible tous les jours, sans réservation. Je voudrais une formule aussi accueillante à Paris. Les ateliers dans les musées sont aussi très contraints par des systèmes de réservation et de contribution, qui en limitent l’accès pour les plus défavorisés. Mon rêve est que l’accès soit libre et gratuit.
La vente doit aussi aider d’autres projets « sociétaux »… Peut-on y voir le regain d'une de la prise de conscience de l’importance de la vocation sociale du musée, au vu de la chute de fréquentation dans la crise du Covid-19, mais aussi de l’échec de la démocratisation culturelle en France ?
L’épidémie rend en effet encore plus nécessaire de s’adresser à des populations fragilisées. Les musées sont des lieux qui doivent créer le lien, par l’émerveillement, mais aussi par la rencontre. Ils doivent être ouverts à tous et ces projets éducatifs sont au cœur de notre action. Nous les avons déjà multipliés dans les cités, les centres commerciaux, les prisons… tout en renforçant nos interventions avec les écoles. Mais pour en revenir à celui du nouvel atelier, pour investir tout en assurant la gratuité d’accès, il nous fallait trouver un budget. La rencontre de ces deux demandes – l’ouverture à ceux qui ne poussent pas facilement la porte des musées et la relation à trouver avec l’art vivant, est à l’origine de cette vente caritative qui doit nous permettre d’en dégager le financement. Cette salle, baptisée « Studio », devrait pouvoir ouvrir dans un an. Nous nous sommes tournés vers les artistes qui ont collaboré récemment avec le Louvre pour leur demander de bien vouloir céder des œuvres pour cet événement.
Quelle a été leur réaction ?
J’ai eu la grande surprise de voir que tous étaient prêts à jouer le jeu. Pierre Soulages, qui a été semble-t-il très heureux de l’accrochage que nous lui avons consacré il y a un an pour son 100e anniversaire, a été très généreux puisqu’il nous a donné une peinture de 1962 ; Xavier Veilhan, que nous avions invité à présenter un spectacle musical dans le jardin du musée Delacroix en 2014, nous a offert un mobile. Éva Jospin, dont le panorama a été montré pour la première fois dans la Cour carrée en 2016, Jean-Michel Othoniel, qui a créé la rose du Louvre, ont répondu présents aussi… Nous avons également fait appel à nos mécènes, comme Cartier, Louis Vuitton ou Christian Dior. Cette générosité de leur part et cet échange avec le musée, le public et les collectionneurs au travers de cette vente contribuent à donner du sens à la relation que le Louvre entretient avec tout le champ de la création contemporaine.

 

Pierre Soulages (né en 1919), Peinture, 64,5 x 91 cm, 12 janvier 1962.© Christie’s Images Ltd, 2020
Pierre Soulages (né en 1919), Peinture, 64,5 91 cm, 12 janvier 1962.
© Christie’s Images Ltd, 2020

Le Louvre sous toutes les coutures
Parmi les 26 lots que comprend la vente, figurent non seulement des œuvres d’art offertes par des artistes contemporains proches du musée, mais aussi des expériences immersives dans les murs du palais : visite nocturne à la lampe torche, découverte des trésors cachés du Cabinet des dessins, concert privé dans la salle des Caryatides… Certaines sont des premières mondiales, comme le privilège d'assister à l’examen annuel de la Joconde hors de sa vitrine de protection en compagnie de Jean-Luc Martinez, ou encore de suivre le street artiste JR sur les toits de l’édifice. Les lots offerts par des mécènes et partenaires du musée peuvent également comprendre un volet « dans les murs », comme une visite exclusive des collections, suivie dans un cas d’un dîner au restaurant étoilé du Meurice et d’une nuit dans le palace, le Ritz proposant lui aussi une nuitée, quant à elle précédée d’un cours de pâtisserie à l’École Ritz Escoffier. 
à savoir
«Bid for the Louvre, enchérissez pour le Louvre» Du 1er au 15 décembre Catalogue sur christies.com, drouot.com, drouotdigital.com Vente « online only » sur www.christies.com
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