Jean-Louis Remilleux : «La France a une chance inouïe»

Le 05 septembre 2019, par Dimitri Joannides

Depuis 2017, le producteur de télévision et collectionneur fait partie des neuf membres de la commission Biennale, chargée de définir les grandes orientations de l’événement. Interview.

Jean-Louis Remilleux devant la serre du château de Digoine, en Bourgogne au cœur du Charollais.
© Christian Sarramon

Quel est le rôle de cette commission ?
Nous constituons un groupement d’amateurs dont la mission est de conseiller les organisateurs, afin de l’améliorer d’année en année. Nous sommes une force d’écoute et de proposition, dont l’ambition première est de maintenir un niveau de qualité et d’exigence très élevé. Car, indépendamment de toute considération commerciale, il nous semble capital de contribuer à faire rayonner Paris au travers de ce rendez-vous d’envergure internationale. La France est l’un des derniers pays à compter autant d’antiquaires, de galeries et de marchands et c’est une chance inouïe que nous envient bien d’autres capitales ! Le vetting, quant à lui, c’est-à-dire la sélection ou le rejet en amont des œuvres et objets proposés par les exposants, est assuré par une commission distincte, constituée de personnalités du monde de l’art dont l’expertise est le métier.
Dans quelles conditions avez-vous rejoint la Biennale Paris ?
Lorsque mon ami Christopher Forbes, président de notre commission, m’a proposé de le rejoindre, je n’ai pas hésité une seule seconde. C’est un amoureux de la France que je connais depuis toujours, qui fait partie de ces Américains érudits et passionnés par le goût français. Il connaissait mon amour pour les grands classiques et l’admiration que j’ai toujours vouée au monde des antiquaires et des ventes aux enchères. En tant qu’acheteur, je n’ai d’ailleurs jamais fait de réelle différence entre ces deux manières de faire vivre un même marché. J’ai rencontré, à Drouot ou ailleurs, des commissaires-priseurs tout aussi passionnés et impliqués que certains des antiquaires les plus pointus. Lorsque ces derniers se préparent à la Biennale, plusieurs mois à l’avance, ils cherchent avant tout à se dépasser en dévoilant l’objet inédit le plus extraordinaire qui soit. Au point qu’à chaque fois que je parcours les allées de la Biennale, j’ai l’impression de découvrir un musée d’Orsay où tout serait à vendre !

 

À chaque fois que je parcours les allées de la Biennale, j’ai l’impression de découvrir un musée d’Orsay où tout serait à vendre

Avez-vous la sensation d’y apprendre encore des choses ?
Toutes les spécialités sont représentées, de l’Antiquité au XXe siècle. En tant que collectionneur relativement centré sur le XVIIIe siècle, je dois confesser certaines lacunes, en matière de Haute Époque ou d’art africain, par exemple. Pourtant, au contact d’un objet d’exception, quel qu’il soit, une forme d’attraction naturelle s’opère. À chaque fois que je me rends à la Biennale à titre personnel, je passe de stand en stand, extrêmement concentré, en évitant de me laisser distraire. J’y viens à plusieurs reprises et c’est ainsi que mon goût se forme, se développe et s’affine. Pour ma part, j’aime les objets extravagants qui racontent une histoire. Il y a une dizaine d’années, j’ai par exemple acquis à la Biennale le cabinet de minéralogie de la duchesse de Berry, qui renferme tous les marbres existants de Sicile. Le plus beau dans tout cela, c’est que lorsque vous dépassez la simple relation marchand-client et que vous prenez le temps d’échanger, vous apprenez énormément sans même vous en rendre compte. Les exposants de la Biennale sont des spécialistes qui maîtrisent leur discipline sur le bout des doigts, ce sont les historiens d’aujourd’hui. Lorsque je déjeune avec l’un deux, je prends véritablement conscience qu’ils sont une mémoire et un patrimoine humain incroyables, et qu’ils participent de fait au rayonnement de la France.
Dans votre carrière d’homme de télévision, le patrimoine est tout sauf anodin !
J’ai la chance de faire un métier qui me permet de vivre à plein ma passion des objets. L’émission Secrets d’histoire, que présente Stéphane Bern et que je produis depuis dix ans, en est le meilleur exemple. Je ne suis pas un industriel de la télévision, je me vois plutôt comme un artisan, qui, depuis trente ans, peut se targuer de ne renier aucune de ses productions !
Quel habitué des enchères êtes-vous ?
Je ne laisse jamais d’ordres : je fais en sorte d’être présent en salle ou, si cela m’est impossible, j’enchéris par téléphone. Mon meilleur ennemi pendant une vente, c’est l’internaute invisible qui se bat contre moi et dont il faut attendre le clic. Je le déteste (rires). Quoi qu’il en soit, La Gazette est ma principale source d’accès aux ventes. D’ailleurs, ayant longtemps travaillé au Figaro, j’ai coutume de dire que je peux me passer du Figaro… mais pas de la Gazette ! C’est bien simple, je la lis et la relis sous toutes les coutures et entre les lignes chaque semaine depuis 1983, année de mon arrivée à Paris. Bien qu’issu d’une famille modeste de Lyon, j’ai fréquenté les puces tous les week-ends avec mon père et visité tous les châteaux de la région avec ma mère. Visiblement, il en reste quelque chose…

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