Jean Dufy, un Normand à Stockholm

Le 22 juillet 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Fortement influencé par sa ville natale, Le Havre, Jean Dufy parcourut inlassablement les mers et les ports du monde. Depuis la capitale suédoise, il poursuit son travail sur la vie portuaire.

Jean Dufy (1888-1964), Le Port de Stockholm, vers 1953-1954, huile sur toile, 50 61 cm.
Estimation : 50 000/70 000 

© Adagp, Paris, 2021

Jean Dufy, le Havrais, le marin et l’amoureux des ports, avait tout pour se sentir proche des Scandinaves alors qu’il parcourait le nord de l’Europe dans les années 1950. En tant que commis dans une maison d’importation des produits d’outre-mer, puis secrétaire sur le transatlantique La Savoie, effectuant plusieurs fois par an la traversée vers New York depuis Le Havre, il se laissait facilement happer par les lumières en déambulant dans les ports. Ses carnets de dessins abondent de cargos à quais, de voiles, de mâts, de coques et de yachts, de chargements et déchargements de marchandises. Synthèse de ses recherches menées tour à tour sur la côte normande, à Villefranche-sur-Mer et même dans le Limousin pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Port de Stockholm reprend la construction classique de ses compositions maritimes : une atmosphère foisonnante mais bien ordonnée par des plans structurés et une perspective qui conduit l’œil de l’arbre au premier plan aux deux pignons rouges au fond. À l’image de son frère Raoul, il opte pour un dessin de plus en plus libre, rythmé par un chromatisme éclatant de lumière. Habitué aux ciels bas et gris de sa Normandie natale, il y trouve prétexte à une palette fougueuse. Le port suédois n’a, en effet, rien d’austère : ceint par des maisons multicolores des XVIIe et XVIIIe siècles, il pourrait passer ici pour un port du pourtour méditerranéen. Dufy n’est pas avare en coups de pinceau. Traits et cernes sont bien présents avec des éléments à la construction rigoureuse, tel le trois-mâts, et d’autres à la structure plus fantaisiste, comme le yacht au centre dont la proue empiète sur le tronc de l’arbre. Au premier plan, la vie grouille comme sur les scènes du Havre où il reviendra inlassablement. Marqué par la Fenêtre ouverte à Collioure de Matisse (1905), Jean Dufy exerce ses talents de coloriste, notamment à l’aquarelle alors qu’il est mobilisé lors de la Première Guerre mondiale. Il consacre les dernières décennies de sa vie (1950-1960) aux voyages, en Europe mais aussi en Afrique du Nord, tout en restant profondément attaché à sa vie dans la capitale française où il expose régulièrement. Il connaît un certain succès en 1920 jusqu’à être exposé, dans les années où il exécute cette toile, à Philadelphie, New York ou encore Montréal. Dufy entre très vite dans les collections muséales, celles du Centre Pompidou et du MoMA. Un temps tombé dans l’oubli, il est remis en lumière dans les années 2000 par Jacques Bailly qui fait figurer Le Port de Stockholm dans son catalogue raisonné de l’artiste.

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