Itinéraires de femmes

Le 28 octobre 2016, par Caroline Legrand

La vente prochaine des souvenirs des barons de Barante met en lumière le travail de Louise Bouteiller. L’artiste nous livre l’une de ses plus belles peintures, consacrée à une autre figure féminine.

Louise Bouteiller (1783-1828), Portrait de Césarine de Houdetot, baronne de Barante : les Pamplemousses, 1818, toile signée et datée, 193,5 x 143 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €

Si leurs parcours respectifs les différencient, ces deux femmes avaient bien des choses en commun. La rencontre entre l’artiste peintre et son modèle a donné naissance à un portrait d’une grande sensibilité, pleinement ancré dans la veine romantique. D’ailleurs, n’est-ce pas un exemplaire de Paul et Virginie que la baronne de Barante, songeuse, tient entre ses mains ? Elle porte une fine robe de mousseline de soie cintrée sous la poitrine, typique de l’époque Empire, une coiffure haute, et un beau châle indien orangé pourra la protéger du froid si nécessaire… Une grande douceur émane de cette composition, qui prend place dans un décor pour le moins inattendu : l’île Maurice. En effet, tout comme les protagonistes du roman de Bernardin de Saint-Pierre, la baronne de Barante, née Césarine de Houdetot (1794-1877), a vu le jour en «Isle de France», comme on l’appelait alors. Son grand-père maternel, Jean-Nicolas Céré, y dirigeait le jardin botanique de Pamplemousses. C’est cet endroit à la fois paisible et exotique qui est représenté derrière elle. On aperçoit l’église dans laquelle elle fut baptisée et où, aussi, Paul et Virginie furent enterrés à la fin de leur tragique histoire. Césarine quitta ce havre de paix dès ses 4 ans pour venir s’installer à Paris avec sa famille, auprès notamment de sa grand-mère, ancienne protectrice de Jean-Jacques Rousseau.

Dans la lignée d'Élisabeth Vigée Le Brun
Ce portrait est somme toute une fiction, une image romancée de souvenirs d’enfance, auxquels Louise Bouteiller était tout aussi sensible. En effet, l’artiste était elle-même la fille d’un riche planteur de Saint-Domingue. Également déracinée, elle s’installe en France et se forme auprès du peintre d’histoire Pierre Bouillon. Sa carrière est détaillée dans l’ouvrage publié en ligne par Séverine Sofio, La Parenthèse enchantée, où l’auteur l’érige en parangon des femmes peintres qui connurent une véritable reconnaissance entre 1750 et 1850. Ainsi, dans la lignée d’Élisabeth Vigée-Lebrun ou d’Adélaïde Labille-Guiard, Louise Bouteiller connut une belle carrière officielle. Entre l’élévation du statut d’artiste, l’ouverture de certains ateliers aux femmes et la professionnalisation du métier de peintre, notamment via les différents chemins officiels et confortables auprès de la cour, elle réussit à se frayer la route vers les sommets. Ainsi expose-t-elle au Salon de 1810 à 1827. Stylistiquement, elle débute par des peintures à sujets historiques avant de se tourner vers les portraits, surtout suite au succès de sa représentation de Louis XVIII, en 1817. Un an plus tard, cette familière de la cour compose cette peinture, qui lui ouvrira d’autres commandes dans la famille de Barante, notamment en 1822 le Portrait du général vendéen Louis de Frotté commandé par le préfet, homme de lettres et époux de Césarine depuis 1809, Prosper de Barante (1782-1866). Aux côtés d’une belle collection de dessins anciens italiens, mais aussi de peintures et autres souvenirs de la famille de Barante, provenant de leur château de Dorat, cette toile saura jouer de ses charmes féminins !

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