Ipoustéguy monumental à Bar-le-Duc

Le 20 octobre 2020, par Christophe Averty
Ipoustéguy (1920-2006), Scène comique de la vie moderne, bronze et téléphone, 1976, 220 125 125 cm, collection Ipoustéguy.
© Serge Domini éditeur, cliché Jacques Guérard © Adagp Paris 2020

Telle une déflagration ne laissant que d’épars vestiges, Jean Robert, alias Ipoustéguy, a sculpté l’éclatement, la trace et la blessure de la figure humaine. C’est à une immersive et souvent déstabilisante exploration qu’invitent sept expositions d’Épinal à Verdun, de Charleville-Mézières à Doulcon, célébrant son centenaire. Sur son territoire natal, ses œuvres arides ou lisses, provocantes ou sensuelles, disent l’écriture poétique et caustique d’un écorché vif, aussi épicurien qu’engagé. À Bar-le-Duc, investissant l’espace Saint-Louis, quinze pièces monumentales résument à grands traits sa production fertile, éclectique et hybride riche de plus de six cents sculptures, qui emprunte autant aux expressionnistes qu’aux surréalistes. «Enfant, il dessinait les cimetières de la Meuse, anciens champs de bataille de la Première Guerre mondiale», commente Françoise Monnin, commissaire de l’exposition, raccordant ainsi l’atmosphère chargée d’histoire de ces paysages meusiens à la puissance gestuelle de l’artiste. En effet, le parcours le souligne : l’harmonie dans le chaos et une spiritualité humaniste scellent le propos d’Ipoustéguy dès sa première œuvre. Son Christ de 1950, figure épurée et longiligne dédiée au condamné à mort afro-américain Willie McGee – qui sera exécuté l’année suivante –, n’a pour visage qu’une couronne d’épines. Fixant la douleur humaine dans la rugosité d’un relief strident (Scène de la vie moderne) ou l’érotisme cru dans la douceur d’un modelé à la patine sensuelle (Femme au bain), le sculpteur embrasse à bras-le-corps sentiments et désirs, humanité et cruauté, doutes et dénis. Son langage radical, qui reconstruit le réel en le démantelant, aura essuyé les refus de commanditaires officiels, tel ce Val de Grâce aux membres amputés, dédié aux soldats blessés et qui, en 1977, choqua le ministère de la Défense. Dès lors, si ce parcours-découverte vise à réhabiliter l’artiste, il aura permis également d’extirper près de deux cents œuvres sommeillant dans son fonds d’atelier, à Doulcon, laissé «dans son jus» depuis sa disparition en 2006.

Espace Saint-Louis,
7, rue François-de-Guise, Bar-le-Duc, tél. : 03 29 45 55 00 

Jusqu’au 18 décembre 2020.
www.musees-meuse.fr
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