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ICOM : les musées trouvent l'apaisement

Publié le , par Vincent Noce

Un musée est une institution permanente, à but non lucratif et au service de la société, qui se consacre à la recherche, la collecte, la conservation, l’interprétation et l’exposition du patrimoine matériel et immatériel. Ouvert au public, accessible et inclusif, il encourage la diversité et la durabilité. Les musées opèrent...

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Un musée est une institution permanente, à but non lucratif et au service de la société, qui se consacre à la recherche, la collecte, la conservation, l’interprétation et l’exposition du patrimoine matériel et immatériel. Ouvert au public, accessible et inclusif, il encourage la diversité et la durabilité. Les musées opèrent et communiquent de manière éthique et professionnelle, avec la participation de diverses communautés. Ils offrent à leurs publics des expériences variées d’éducation, de divertissement, de réflexion et de partage de connaissances.» Le Conseil international des musées (ICOM) est revenu à la raison. En adoptant une nouvelle définition du musée par 92 % des voix, le 24 août à Prague, cette association, qui rassemble une cinquantaine de milliers de membres, tourne la page d’un psychodrame qui l’avait déchirée. Elle a voulu réviser une définition, vieille d’une cinquantaine d’années, pour intégrer une réflexion dans l’air du temps. Mal préparé par un cénacle « progressiste », ce processus avait abouti à un interminable projet filandreux évoquant plutôt un centre culturel qu’un musée (« Les musées sont des lieux de démocratisation inclusifs et polyphoniques, dédiés au dialogue critique sur les passés et les futurs » – et le reste à l’avenant). Le vote avait été repoussé en 2019 à Kyoto par 70 % des délégués, portant à un point de rupture le mouvement jusqu’alors habitué au consensus. Depuis, témoigne François Mairesse, ancien président du Comité international sur la muséologie qui a pris le large quand la polémique s’est enflammée, l’ICOM a tenu une « consultation transparente exemplaire », faisant participer les cent vingt-six branches nationales et trente-cinq comités internationaux. Au final, il est bien fait référence à la « diversité et la durabilité » (phrase bancale puisque, curieusement, il n’est pas précisé à quoi s’appliquent ces principes) et à la « participation des communautés » à un musée qui se doit d’être « inclusif » – autant de concessions à l’aile « progressiste ». Mais qui contestera que les musées doivent se montrer accueillants envers tous et ouverts sur la société, plutôt que de demeurer des tours d’ivoire réservées à des privilégiés ? On peut regretter le choix de l’expression de « divertissement », pour remplacer le terme désuet de « délectation ». Traduit du terme anglais « enjoyment », par son penchant frivole, il évoque plutôt le carnaval, le cirque ou l’industrie du loisir que la mission muséale. Il faut croire que tout n’est pas clair, car, dans certaines pages du site officiel de l’ICOM, le mot « plaisir » a été préféré à celui de « divertissement », figurant au document officiel.

La définition du musée par l’ICOM peut être reprise comme une norme juridique dans des conventions internationales ou des textes législatifs.

L’ICOM va ainsi devoir parachever ce processus en mettant en œuvre les traductions à travers la planète, réveillant peut-être des étincelles. Une prochaine étape, qui pourrait faire resurgir les oppositions latentes, est la remise à jour du code de déontologie datant de 1986. Cette dispute sémantique n’est pas aussi vaine qu’elle peut paraître : la définition du musée peut être reprise comme une norme juridique dans des conventions internationales ou des textes législatifs. Déjà, l’impératif catégorique de l’« éthique » motive un débat pour exclure les musées russes. Certains voient dans les atteintes au patrimoine culturel ukrainien la démonstration d’une volonté de « génocide » de la part de l’empire russe – affirmation bien excessive en regard de l’histoire et du droit international… D’aucuns ont regretté que le mouvement des restitutions aux anciennes colonies, qui gagne l’Europe et les États-Unis, ne soit pas abordé. Les termes « décolonisation » ou « restitutions » ont ainsi été écartés. La majorité a préféré plébisciter les fonctions de « recherche », plutôt que l’obédience à des prescriptions morales, et de « conservation » du patrimoine, plutôt que sa dispersion.

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