Huit immortels pour un vase deux fois impérial

Le 03 septembre 2020, par Philippe Dufour

D’une taille inhabituelle, ce vase aux émaux dits «fencai», véritable ode à la longévité, s’affirme comme l’un des chefs-d’œuvre qu’appréciait Qianlong, empereur et esthète.

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Vase lanterne, dit «deng long zun», en porcelaine émaillée polychrome et or de la famille rose fencai, portant au revers de la base la marque à six caractères en rouge de fer de Qianlong en zhuanshu, h. 47,7 cm, avec socle 55 cm, diam. 19 cm.
Estimation : 800 000/1 200 000 

Le grand vase en porcelaine appelé «deng long zun», au corps et au col droits, emprunte sa forme à une lanterne. Ainsi, à la manière d’un rouleau de peinture que l’on déploie, son riche décor tournant se laisse découvrir étape par étape. On pourrait aussi parler, de manière plus contemporaine, d’un travelling cinématographique, dont les acteurs successifs ne sont autres que les Huit Immortels taoïstes. La scène, mouvementée, illustre l’épisode le plus célèbre de leur légende : Ba xian zhu shou ou «Le Banquet des Immortels», et plus précisément leur retour de la visite faite à Xiwangmu, la Reine-Mère de l’Ouest, pour son anniversaire. Nos créatures bienveillantes doivent alors traverser la mer de l’Est, garante du bonheur éternel, en usant pour ce voyage extraordinaire de leurs véhicules respectifs, soit des animaux ou des fleurs. Ainsi Li Tieguai navigue-t-il sur un pétale de lotus, tandis que Zhang Guolao chevauche un âne blanc… Le thème récurrent des Huit Immortels constitue l’un des symboles les plus appréciés de la longévité. D’ailleurs le vase entier, comme l’explique l’experte Alice Jossaume, «en regorge, avec ses caractères shou dans des médaillons, ses pêches et ses champignons lingzhi, le cerf ou le pin, tous convoqués ici pour souhaiter une longue et heureuse vie à celui qui le reçoit, c’est-à-dire l’empereur… » Ce dernier, c’est évidemment Qianlong (1736-1795), dont la marque se trouve sous la base, indiquant que le précieux contenant est destiné à l’usage exclusif du palais. Par sa taille exceptionnelle (55 cm avec son socle d’origine, rarissime, également en porcelaine) ainsi que par la qualité de ses émaux dits «fencai» de la famille rose, polychromes et or, la pièce marque l’apogée créative du règne de ce souverain, artiste, esthète et créateur de nombreux ateliers d’art. Et comme pour certaines de ses commandes, on peut y déceler une influence occidentale, perceptible dans l’utilisation d’un décor incisé dit «sgraffito» dans les frises, une technique inspirée par les jésuites installés à la cour de Qianlong… Impérial, le vase des Immortels l’est à double titre : sous sa base, une étiquette jaune, portant l’inscription «tribut de Chongli, numéro 15», signifie probablement qu’il a constitué un cadeau d’anniversaire du ministre Chongli (1840-1907) à l’impératrice douairière Cixi. Quelques années plus tard, le capitaine Antoine Laporte, en poste à Pékin au début du XXe siècle, devait l’acquérir – ainsi que de très nombreuses autres pièces, offertes depuis au musée Guimet – et le rapporter en France, où l’objet a été conservé par sa famille, jusqu’à ce jour.

Vendredi 25 septembre, salle 9 - Drouot-Richelieu. Auction art rémy le fur & associés ovv. Cabinet Portier et Associés.

 
 

 
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne