Horizons : Etel Adnan à la galerie Lévy Gorvy

Le 11 février 2021, par Virginie Huet
Etel Adnan (née en 1925), Horizon 2, 2020, huile sur toile, 33 41 cm.
© Etel Adnan/Courtesy Galerie Lelong & Co., Paris

Dans le nouvel espace clair et calme de la galerie américaine Lévy Gorvy, inauguré fin octobre, au cœur du Marais, dans celui qu’occupait le collectionneur et cinéaste Claude Berri, le soleil se lève et se couche sans fin. La poétesse et peintre Etel Adnan, née à Beyrouth il y a quatre-vingt-quinze ans, puise dans ses souvenirs d’enfance, celui de la mer, de sa mère – Grecque de Smyrne –, la matière d’une réflexion sur la ligne d’horizon, ce « mirage absolu », « phénomène géographique et mythique », signe d’une « entreprise vaine », comme un piège tendu entre ciel et terre. Sur une idée de Victoire de Pourtalès, directrice de l’antenne parisienne de la galerie David Zwirner, Etel Adnan réunit autour d’elle une constellation d’œuvres amies. Toutes résonnent avec le texte nostalgique et confiant qu’elle signe en préambule. Toutes tentent de percer le même mystère irrésolu. À gauche, dans l’entrée, des nuages en céramique de Simone Fattal, sa compagne depuis 1972, se baladent en bandes du haut de leurs socles blancs avec, en perspective, une grille au crayon gris d’Agnès Martin. À droite, le visage incliné de Christine Safa baigne à répétition dans la lumière incandescente d’une fin d’après-midi. Plus loin, sous la verrière de la salle principale, un carré rose poudré d’Ettore Spalletti diffuse ses bonnes ondes, tandis que cinq petits formats d’Etel Adnan tirent un trait tendre, allègre, caressant, jusqu’à une abstraction pervenche de Paulo Monteiro. En face, Ugo Rondinone réplique avec une portée vierge, vaste étendue crème, lactée, réfléchissante. Tout près, son Cairn fluo électrise l’atmosphère. Il fait plus sombre dans la pièce du fond : à côté d’un petit mais intense Joan Mitchell, d’une huile marine d’Eugénie Paultre et d’un discret duo de grès émaillés de Simone Fattal, Nancy Haynes rend quatre vibrants hommages à ses poètes favoris, tous disparus – Elizabeth Bishop, Emily Dickinson, Tu Fu, Rumi. Un point final, anthracite, comme la saison, qui laisse une lueur d’espoir à l’horizon, bouché : les mots.

Galerie Lévy Gorvy,
4, passage Sainte-Avoye, Paris 
IIIe, tél. : 01 58 80 82 40.
Jusqu’au 20 mars 2021.
www.levygorvy.com
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