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Hommage à Françoise de Perthuis

Publié le , par Chantal Humbert

Françoise de Perthuis, une pionnière du journalisme du marché de l’art, est décédée le 4 juillet, au moment où une femme prenait pour la première fois la présidence de l’Assemblée nationale… Écriture familière des plus anciens abonnés de la Gazette, elle a rédigé durant plus de trente ans la chronique hebdomadaire des ventes...

  Hommage à Françoise de Perthuis

 

Françoise de Perthuis, une pionnière du journalisme du marché de l’art, est décédée le 4 juillet, au moment où une femme prenait pour la première fois la présidence de l’Assemblée nationale… Écriture familière des plus anciens abonnés de la Gazette, elle a rédigé durant plus de trente ans la chronique hebdomadaire des ventes prochaines à Paris. Françoise Coville, fille d’un historien membre de l’école de Rome, secrétaire général de la Fédération des industries mécaniques, appartient à une « génération macho où les bourgeoises convenables restaient à la maison » pour reprendre les mots de Simone Veil. Une intrépidité certaine et déjà un caractère bien trempé poussent la jeune adolescente lors de la Libération de Paris à grimper avec sa sœur Christiane sur les toits, pour entrevoir les premiers chars de la 2e DB, au risque de balles perdues. Après avoir étudié à l’École du Louvre, elle suit d’abord l’itinéraire d’une jeune fille rangée. À 24 ans, elle épouse en 1953 Jacques de Perthuis de Laillevault, un brillant énarque issu d’une famille noble du Beauvaisis. Deux fils, Christian et Pierre, puis deux filles, Anne et Emmanuelle, animent rapidement leur foyer. Les événements de mai 1968 – qui brisent le traditionnel schéma patriarcal – l’incitent à chercher un travail pour dépasser son rôle d’épouse et de mère. La nourrice étant malade, elle débarque accompagnée d’Emmanuelle, sa plus jeune fille, dans le bureau de Jacques Boussac chargé de « révolutionner » la Gazette de l’Hôtel Drouot, un journal de corporation jusque-là plutôt confidentiel, qui vient d’être racheté par les commissaires-priseurs de Paris (voir Gazette 2021, n° 8, page 12). Il l’engage aussitôt, conquis par sa témérité, son audace et sa pétulance. Dorénavant, Françoise de Perthuis travaillera en binôme avec Gérald Schurr qui assurera de son côté le compte rendu des adjugés parisiens. Le trio fait vite de la Gazette un magazine incontournable du marché de l’art, passant d’une dizaine de pages à une centaine en quelques années. Afin de rédiger ses papiers hebdomadaires, Françoise recueillait les informations auprès des commissaires-priseurs : elle conduisait tambour battant « sa tournée des popotes », comme elle aimait la qualifier avec un brin d’humour. En fait, elle épousait parfaitement ce monde de l’art des années 1970-1980 encore très bon chic bon genre. Des ascendants familiaux, une élégance discrète l’ont ainsi introduite sans problème auprès des messieurs de Drouot, souvent fils de bonne famille en costume gris et cravates sombres. Coiffée d’un chignon impeccable, parée de boucles d’oreilles dorées et revêtue d’un tailleur de bon aloi, elle incarnait un style vestimentaire devenu iconique. Lorsque la vie l’a prise dans ses tourments, elle a du reste affronté avec autant de tenue la perte douloureuse d’un enfant, de son mari, comme de lourdes chimiothérapies. Vivacité, aisance et autorité naturelle lui ont vite valu de nombreuses autres contributions : correspondante à Paris du magazine européen Arts Antiques Auctions, elle pigea aussi à Libération, au Figaro, à Beaux-Arts Magazine… Bonne vivante, virevoltante et pétillante à l’image d’ancêtres paternels rémois, elle organisait de main de maître déjeuners et dîners semi-professionnels dans un coquet appartement avenue de Versailles, à Paris. Son entrain et son enthousiasme lui ont fait encore chaperonner de jeunes journalistes, aujourd’hui reconnus, comme Vincent Noce, Vincent Meylan et bien sûr Claire Papon. Autrice avec Yves Gairaud de deux ouvrages sur le mobilier, d’un sur les éventails avec Vincent Meylan, elle ne pouvait complètement arrêter ses activités à Drouot après sa retraite de la Gazette, en juillet 1994, et a poursuivi une collaboration fidèle au mensuel Connaissance des Arts à partir de 2002. Profondément parisienne, elle appréciait toutefois sa maison de campagne du Val de Loire où elle « se ressourçait », recevant parents et amis.

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