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Histoire de coq : de la Gaule à la France

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Avec la monarchie de Juillet, le coq repend des plumes et du coffre, de quoi le faire dresser sur ses ergots avec panache !

Coq de drapeau de la garde nationale, bronze ciselé doré, aux ailes mi-déployées,... Histoire de coq : de la Gaule à la France
Coq de drapeau de la garde nationale, bronze ciselé doré, aux ailes mi-déployées, une patte reposant sur le globe marqué «Liberté», orné d’une couronne de feuilles de chêne et de laurier, époque monarchie de Juillet, 40,5 18 cm.
Estimation : 1 500/2 500 

L’histoire a parfois de ces raccourcis qui ne manquent pas de piquant. C’est en effet sur une moquerie de nos meilleurs ennemis les Anglais envers le roi Philippe-Auguste, que le coq (gallus en latin) est lié à la Gaule, jouant ainsi avec humour sur une proximité linguistique. Dès lors, voici les Français assimilés à cet animal de basse-cour, décrit comme orgueilleux et vantard. La moquerie est contournée et l’animal approprié devient un emblème combatif de fierté et d’audace. On notera l’habileté… Autre empreinte de poids, depuis des siècles, il véhicule sur le plan religieux le message de la vigilance chrétienne au travers de tous les coqs de clocher dressés vers le ciel, annonçant le jour nouveau et veillant à ce que le Diable n’approche pas. Pourtant porteur de tant de méfaits, il évite de se faire couper la tête pour devenir le symbole de la nouvelle nation sous la Révolution. Car c’est justement pour sa symbolique liée à la vigilance que le gallinacé obtient, en 1791, de figurer au revers des monnaies d’or et des écus, écrasant au passage toute représentation de fleurs de lys. Emblème des rois de France et de l’église catholique, il devient celui du peuple, figurant sa colère et la renaissance du pays. De fait, on pourrait être orgueilleux à moins ! La Terreur lui donne un nouveau rôle, celui de surveillant général. Parce que c’est un animal qui crie pour dénoncer, il revêt un manteau que l’on qualifierait aujourd’hui de «lanceur d’alerte» et est agité dans la presse, sur les affiches et lors de ces nouvelles grandes messes que sont les fêtes républicaines. Seul l’Empire le dénigrera. Lors de la séance du Conseil d’État du 12 juin 1804, Napoléon le renie par deux fois : «Le coq est de basse-cour. C’est un animal trop faible.» Puis : «Le coq n’a point de force, il ne peut pas être l’image d’un Empire tel que la France. Il faut choisir entre l’aigle, l’éléphant ou le lion.» Ce qu’Empereur veut… Mais c’est sans compter sur la sagesse acquise par l’animal. S’il se tait, il attend son heure et effectue un retour en force sous la monarchie de Juillet.
Le coq fait sa révolution
Le 30 juillet 1830, au lendemain de ces Trois Glorieuses qui ont destitué le dernier Bourbon, le duc d’Orléans accepte la lieutenance générale du royaume et, agissant au plus vite pour asseoir une légitimité déjà contestée, émet une ordonnance propulsant le coq gaulois sur les drapeaux de la garde nationale et des différents corps d’armée, ainsi que sur les boutons des uniformes. Et c’est très officiellement que, le 27 mars 1831, Louis-Philippe, roi des Français, remet à chaque région le drapeau tricolore rétabli et orné au sommet de sa hampe d’un coq gaulois, une patte posée sur le globe, comme sur cet exemplaire en bronze ciselé doré, proposé dans une vente de souvenirs historiques dans laquelle il gagnera certainement ses galons ! L’histoire ne s’arrête pas là, l’oiseau connaît une nouvelle heure de gloire sous la IIIe République, qui frappe son effigie sur son sceau et ses pièces d’or. Il se retrouve même aux portes de l’Élysée. Les ailes déployées, la crête dressée et l’ergot acéré, le voici érigé au sommet de la grille du palais présidentiel. Il l’emporte définitivement lors de la Première Guerre mondiale lorsqu’il écrase l’envahisseur allemand, matérialisé par un aigle. La revanche est belle. Qui oserait encore lui reprocher d’être fier comme… ?

mardi 12 avril 2022 - 14:00 (CEST) - Live
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