Hiscox, de l’assurance à l’estimation

Le 01 octobre 2020, par Sarah Hugounenq

En lançant un département d’estimation gratuite des œuvres d’art, l’assureur spécialisé étoffe ses services et se démarque du marché de l’expertise.

Stéphanie Conté, responsable du service de visites de risque et estimation d’Hiscox.
© VERSPIEREN/HISCOX

La baisse d’activité liée au confinement n’a pas que des inconvénients. Elle a permis à Hiscox de mener un travail de fond et de lancer un service estimation des œuvres d’art. «Nous nous intéressons exclusivement à la valeur d’assurance d’une œuvre, non à sa valeur vénale», prévient Stéphanie Comté, qui a complété les visites de risque qu’elle dirige depuis deux ans par cette nouvelle offre d’estimation. Cette ancienne collaboratrice de gestionnaire de patrimoine et de maison de ventes est formelle : «Un tiers des polices d’assurance dommage des œuvres d’art est sous ou sur-assuré. Une bonne assurance commence par une bonne valorisation des biens.»
Inadéquation
Assiette des sommes assurées, la valorisation conditionne l’indemnisation en cas de sinistre. Or, l’indemnisation des œuvres d’art prend de multiples formes : remboursement de la valeur agréée (valeur contractuelle non contestable) ou déclarée (valeur que doit prouver le client le jour du sinistre), valeur de remplacement (somme avec laquelle l’assuré retrouvera sur le marché une œuvre équivalente), frais de restauration (honoraires d’un restaurateur intervenu sur l’œuvre endommagée) ou encore la dépréciation de l’œuvre consécutive au sinistre, à savoir le pourcentage de son prix perdu à cause du dommage. Là où l’assurance de masse bénéficie du «big data», d’algorithmes perfectionnés et autres typologies formatées des risques et des sinistres, rien de tel n’existe dans l’assurance sur mesure des objets d’art. Conséquence, les valeurs portées au contrat sont contestables et souvent contestées. C’est pour esquiver ces discussions qu’Hiscox prend les devants et formalise ce que propose Axa XL depuis des années par l’intermédiaire de ses «délégués artistiques» : un service d’estimation des œuvres d’art – excluant maroquinerie, joaillerie, haute couture et orfèvrerie. La prestation est accessible gratuitement pour l’ensemble des clients particuliers, sans capital minimum assuré mais détenteurs d’un contrat dommage œuvre d’art chez Hiscox ou de son offre multirisque haut de gamme couvrant les collections artistiques. L’inadéquation entre la valeur réelle d’un objet et son capital assuré est prégnant chez les particuliers, à qui s’adresse exclusivement cette offre. Les collectionneurs privés ont tendance à sous-estimer leurs biens pour plusieurs raisons. Outre la simple méconnaissance de la valeur, certains peuvent estimer faible le risque qui pèse sur leur bien, ce qui ne change pourtant rien à sa valeur. D’autres pensent éviter ainsi certaines problématiques fiscales. Si les valeurs d’assurance sont transmises à Bercy en cas de succession, l’obligation déclarative est levée depuis quinze ans concernant le calcul de l’impôt sur le revenu. Un capital sous-estimé fait automatiquement baisser la prime d’assurance mais, corollairement, fait aussi diminuer l’indemnisation en cas de sinistre. Enfin, la fluctuation des marchés, en particulier sur l’art contemporain, est l’un des premiers écueils des assurés ne disposant pas de gestionnaire de patrimoine dédié pour réviser à échéance régulière les valeurs portées au contrat.
Par e-mail
Avec ou sans déplacement sur place, Hiscox offre donc à ses clients la possibilité d’une estimation en valeur agréée, c’est-à-dire une valeur portée au contrat communément acceptée par le client et l’assureur permettant d’accélérer le versement de l’indemnisation en cas de sinistre. L’assuré ou son courtier peuvent interroger le service estimation par e-mail à partir des photos, factures, certificats d’authenticité, catalogue raisonné, précédentes expertises à mettre à jour ou autres documents pertinents. L’estimation pourra aussi se faire dans le cadre des visites de risque qu’organise l’assureur en présence du courtier tous les cinq ans pour des collections au capital supérieur à 300 000 €. «Préventives, les visites de risque se bornaient auparavant à une simple alerte du client sur la sous-assurance de ses biens. Désormais, le rapport de visite peut inclure sur une ou plusieurs œuvres plus spécifiques une description de l’objet, ses particularités, une éventuelle bibliographie et une estimation en valeur agréée soumise au client pour un éventuel amendement du contrat», explique Julie Hugues, responsable clientèle privée chez Hiscox.
Rapport consultatif
«Avant de se lancer, nous avons beaucoup discuté avec des experts comme Amaury Griffe ou Laurent Hache pour bien délimiter nos rôles respectifs et ne concurrencer personne. Au contraire, notre service peut être un tremplin pour l’expertise. Nous ne proposons qu’une réactualisation partielle des valeurs, comme l’amorce d’une démarche plus globale auprès d’un expert», explique l’assureur. La prestation ici proposée par quatre experts en art du service des visites de risque se démarque de celle d’une expertise classique. Hiscox limite son offre à vingt objets par contrat. Le choix des mots est important : le client ne reçoit pas une «expertise» mais un «rapport estimatif». Ce document consultatif est réservé exclusivement à un usage entre le client, son courtier et son assureur. Contrairement aux expertises et certifications de valeur, cette proposition ne peut être produite devant les tribunaux, ni servir de justification de valeur en cas de vente. Utile à l’assureur pour délimiter son engagement financier sur les contrats, cette nouvelle prestation relève aussi d’une tendance de fond dans le domaine de l’assurance des œuvres d’art. Pâtissant encore beaucoup d’une mauvaise image, les professionnels cherchent aujourd’hui à vendre l’assurance non comme un produit mais comme un faisceau de services accompagnant le collectionneur dans toutes les phases de sa vie.

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