Hermès, un dieu mis à nu

Le 12 mars 2020, par Philippe Dufour

Exhumée il y a tout juste cent ans, cette effigie en bronze du protecteur des voyageurs évoque l’opulence de la société gallo-romaine dans la région toulousaine. Une statue qui, au vu de son pedigree, devrait attirer une offrande de poids…

Époque gallo-romaine Ier siècle. Statuette d’Hermès nu, bronze, h. 11,7 cm (hors socle).
Estimation : 15 000/20 000 € 
 

L’artiste a saisi l’athlète dans un moment de repos, traduit par son attitude gracieuse, la jambe gauche légèrement fléchie alors que la droite demeure verticale. Si son corps musculeux dégage une indéniable impression de force, l’expression de son visage n’en demeure pas moins sensible, accentuée par des prunelles évidées, peut-être incrustées d’argent à l’origine. Quel personnage peut bien incarner cette statuette de l’époque gallo-romaine, moulée dans un bronze à la patine luisante ? Un indice permet de répondre : «Deux traces sur les côtés de la tête laissent supposer la présence de petites ailes, ce qui révélerait l’identité de la figure : Hermès», explique Mme Beyrouthy, l’experte. Quant aux deux bras, en partie disparus, on a tenté de reconstituer leurs mouvements : celui de gauche, sectionné, devait être relevé, comme le trahit la montée de l’épaule. L’avant-bras droit, lui, s’abaissait et sa main tenait sans doute une patère ou une bourse –autre attribut du patron des voyageurs et des marchands. D’ailleurs, la statue est très proche d’un célèbre Hermès en bronze conservé au Louvre (n° Br183), ayant appartenu à Louis XIV, qui, datant de la première moitié du Ier siècle de notre ère, s’avère être la copie d’une œuvre de Polyclète. Tous deux affichent le même contrapposto – position des jambes –, inventé par ce grand sculpteur grec (490-420 av. J.-C.). Notre Hermès aurait aussi vu le jour au Ier siècle, hypothèse confirmée par sa coiffure augustéenne à mèches.
Une aire riche en découvertes
Tout aussi fascinantes que la statuette elle-même, les circonstances de sa mise au jour accréditent ses lettres de noblesse. La pièce a été exhumée en 1920 sur le site archéologique de Saint-Cizy, près de Cazères, en Haute-Garonne. Les fouilles étaient alors menées par Raymond Lizop (1879-1969), professeur d’histoire, félibre et surtout archéologue chevronné. Le savant aura beaucoup prospecté ce secteur privilégié, qui s’étend entre région toulousaine et Comminges, riche en belles trouvailles pour la période romaine. Deux sites majeurs se trouvent à proximité de Cazères : la villa de Chiragan – d’où provient, entre autres, l’incroyable série de bustes impériaux exposée au musée Saint-Raymond de Toulouse ou encore la Vénus de Martres – et la villa de Montmaurin, demeure se déployant sur 19 hectares, et dont les vestiges se visitent. Dans le Bulletin de la Société archéologique du Midi de 1924 (n° 46, page 51), Lizop publiait l’objet, décrivant ses excavations : «Les travaux commencèrent en août 1920 ; plusieurs objets antiques : une statuette en bronze d’un grand intérêt […] ont été découverts sur cet emplacement.» L’artefact fut alors remis à Mme Bazy, propriétaire du terrain, de laquelle il passa à son héritier, avant d’être vendu à son dernier détenteur en juin 1983. D’après son inventeur, l’Hermès aurait pu provenir d’un sacellum. Rappelons qu’il s’agit d’une chapelle domestique, où l’on exposait les statuettes de divinités protectrices. En appui de cette hypothèse, la taille de celle-ci (11,7 cm) et la découverte d’une toute petite lampe à huile à ses côtés.

samedi 27 juin 2020 - 14:00
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Marc Labarbe
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