Henri Achille Zo, pour l’amour de la tradition tauromachique basque

Le 30 septembre 2021, par Caroline Legrand

Henri Achille Zo rend hommage à la culture du Pays basque au travers d’une peinture sur le thème de la corrida. Spectacle garanti !

Henri-Achille Zo (1873-1933) Corrida, le patio de caballos, huile sur toile signée, 60 91 cm (détail).
Estimation : 5 000/6 000 

Henri-Achille Zo compte, tout comme Ramiro Arrue, Pablo Tillac, Louis Floutier ou Gustave-Henri Colin, parmi les peintres du Pays basque les plus reconnus… et tous présents au catalogue de cette vente saintaise. La corrida s’y offre une bonne place, aux côtés de la pelote ou des fêtes traditionnelles. Si ce spectacle fait aujourd’hui polémique, il fut longtemps considéré comme partie intégrante du patrimoine culturel de cette région, mais aussi du sud-ouest de la France et de toute l’Espagne. Dans cette impressionnante composition, on admire les chevaux occupant l’essentiel de la surface du tableau, attendant leur tour dans le patio de caballos. Ce lieu spécifique de la plaza est utilisé par la cavalerie afin d’y harnacher les chevaux des alguazils (officiers de corrida qui ont la charge de faire régner l’ordre au sein de l’arène), et de placer sur le dos des montures des picadors les caparaçons afin de les protéger ; c’est là aussi, enfin, que se prépare le train d’arrastre, l’attelage de mules qui tirera le cadavre du taureau hors de la piste de l’arène. Profitant de ce moment de détente avant le combat, les toréadors à cheval discutent avec les matadors, chacun vêtu de son habit de lumière. Précise et quasiment panoramique, la construction de cette peinture (60 91 cm) apporte une grandeur tout historique à la scène. Le talent d’Henri-Achille Zo y est manifeste, tout comme dans la toile Dans l’attente du paseo, prisée 6 000/7 000, qui suit les toréadors à l’entrée de l’arène, où les spectateurs piétinent d’impatience (150 150 cm). On entrera aussi dans le vif de l’action à la vue de la Corrida, arènes de la Ventas, Madrid, pleine charge du taureau brave sur le picador (46 61 cm), dont on attend 4 000/5 000 €. Dynamisme et puissance caractérisent l’art de ce Bayonnais de naissance, qui reçut ses premières leçons de son père, le peintre Jean-Baptiste Achille Zo (1826-1901), l’un des tout premiers initiateurs de l’école basque de peinture au XIXe siècle. Ce dernier fut aussi le directeur de l’école de dessin de sa ville, puis de celle des beaux-arts de Bordeaux, à une époque où le monde artistique du Sud-Ouest connaissait un véritable renouveau avec le développement des thèmes identitaires et pittoresques. Un mouvement porté par l’arrivée en 1855 du chemin de fer à Bayonne, suivie des premières générations de touristes, et motivé par la volonté de promouvoir la culture basque et de la préserver face aux inévitables changements sociétaux. C’est en la compagnie de son père qu’Henri-Achille se rend pour la première fois en Espagne et se voit très vite séduit par les scènes populaires et emblématiques du pays. Il sera par la suite l’élève d’un autre Basque, Léon Bonnat, à l’École des beaux-arts de Paris. Dès 1895, Zo expose au Salon des artistes français, les récompenses ne tardant pas, parmi lesquelles une médaille d’argent à l’Exposition universelle de Paris en 1900, le prix Rosa Bonheur en 1903 et le Prix national deux ans plus tard… Désormais professeur à l’académie Julian, il poursuivra son travail de mise en avant de sa région, en illustrant notamment le célèbre Ramuntcho de Pierre Loti. Tout comme l’écrivain rochefortais, en cette fin du XIXe siècle, de nombreux Français viennent découvrir le Pays basque… et l’adopter.

vendredi 08 octobre 2021 - 14:15
Saintes - Abbaye-aux-Dames, 11, place de L'Abbaye - 17100
Geoffroy - Bequet
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