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Harold T’Kint de Roodenbeke, l’engagement Brafa

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Il cultive jalousement l’esprit de la manifestation bruxelloise. Et il le peut, tant la réussite de la foire considérée à l’origine comme un outsider est unanimement respectée. Les clés du succès en quelques réponses.

Harold T’Kint de Roodenbeke devant une œuvre de Todd & Fitch.  Harold T’Kint de Roodenbeke, l’engagement Brafa
Harold T’Kint de Roodenbeke devant une œuvre de Todd & Fitch.
© Speltdoorn Studio

Très largement réélu en juin dernier, Harold T’Kint de Roodenbeke entame son troisième mandat à la présidence de la Brafa avec une détermination et un engagement intacts ; une joie aussi, exprimée en toute simplicité, de gérer cette foire unique en Europe par son esprit. Avec l’ensemble des organisateurs, il aime décliner à l’envi une devise de trois mots : qualité, éclectisme, convivialité. Cette édition est, déjà, la 64e. Mais à la différence du Beatles Paul McCartney mis en avant dans le dossier de presse, qui s’inquiétait de ce nombre fatidique dans le célèbre titre When I’m Sixty-Four, les années glissent sur la Brafa sans laisser de trace. Aucun signe d’essoufflement, tout au contraire ; à découvrir le nombre de galeries en liste d’attente, on comprend qu’elle se montre toujours aussi désirable. Un certain esprit anglais règne d’ailleurs sur cette édition, et ce n’est pas tout à fait un hasard. Explications.
Vous voici de nouveau aux commandes de la Brafa et avec le même entourage. On ne change pas une équipe qui gagne…
En effet, c’est à nouveau la même équipe qui est à la tête de la Brafa, avec Francis Maere et Didier Claes pour vice-présidents. Nous avons développé depuis plusieurs années une politique qui porte ses fruits aujourd’hui, une vue partagée sur l’avenir à moyen et long terme de la foire, il n’y a donc aucune raison de briser cet élan. Car il est bien entendu primordial de continuer à avancer, tout en conservant un subtil équilibre entre l’ancien et le contemporain.
2019 est l’année du centenaire de la Chambre royale des antiquaires et négociants en œuvres d’art de Belgique. Comment la Brafa, qui en est une émanation, va s’y associer ?
Notre lien est historique, c’est la première chambre professionnelle d’antiquaires mondiale à avoir eu cette volonté de créer une foire. Depuis, nous nous sommes épanouis pour devenir forts et indépendants. La gestion se fait par nous-mêmes, cela veut dire que nous n’avons pas recours à une entité extérieure qui cherche à faire des bénéfices, chaque euro déposé par nos exposants est réinvesti pour le bien de tous et pour celui de la foire. Pour nous associer à la célébration de ce centenaire  qui d’autre plus que nous en aurait la légitimité ? , nous mettons un espace à disposition de la Chambre, dans lequel cette dernière va recréer un cabinet d’amateur idéal, revisité à l’aune du XXIe siècle par un accrochage très contemporain ! La Chambre a demandé à chacun de ses membres de sélectionner et présenter un objet de prestige, caractéristique de son travail et vendu à un collectionneur lors d’une édition de la Brafa. L’idée est de montrer l’extraordinaire diversité de ses adhérents. Ce sera également l’occasion de présenter un livre spécialement édité, reprenant le parcours de chacun et la pièce retenue pour aborder le métier de marchand d’art sous toutes ses thématiques. L’ouvrage est émaillé de centaines d’anecdotes toutes plus vivantes les unes que les autres, recueillies et mises en mots par le journaliste Thijs Demeulemeester.
Vous annoncez aussi Gilbert & George, une jolie prise !
Chaque année, nous ouvrons notre espace d’exposition à un invité exceptionnel : une institution culturelle ou un artiste emblématique. En 2018, il s’agissait de Christo. Gilbert & George, c’est un duo devenu une entité, ils expriment parfaitement l’esprit de l’Angleterre, à la fois chic et décalé. Leur apparence leur permet de faire passer des messages très forts, ils vont bien plus loin qu’une simple provocation ; pour moi, ils sont délicieux. Albert Baronian, installé à Bruxelles, est leur marchand belge historique. C’est grâce à lui que nous avons pu les rencontrer et qu’ils ont accepté ce «solo show» de cinq œuvres récentes de grand format, mais aussi d’être présents physiquement sur la foire. Nous leur en sommes extrêmement reconnaissants. Leur présence ici signe un mariage entre excentricité britannique et surréalisme belge, et vous verrez, cela fonctionne !
La question est classique, mais elle doit être posée : quels sont les points forts de cette 64e édition ?
Avec cent trente-trois exposants, nous maintenons un nombre constant. Les demandes d’entrée sont importantes, nous ne pouvons malheureusement satisfaire à toutes et sommes obligés d’en refuser de grande qualité. Cette année, nous accueillons seize nouveaux venus  un renouvellement maintenu de 12 % , et parmi eux, quatre Français seulement, dont la galerie Brame & Lorenceau, grande habituée des salons internationaux et que nous sommes heureux de compter parmi nous. Nous faisons toujours très attention à conserver un équilibre européen et à renforcer les temps forts autour des arts anciens. Notre autre point fort est le développement d’une riche programmation autour de la foire, avec l’accès à des collections privées. La venue de Gilbert & George en cette période de Brexit présente un autre avantage : l’idée sous-jacente est de montrer au public anglais notre voisinage, géographique  Londres se trouve à seulement deux heures de Bruxelles en Eurostar  et artistique. Travailler les marchés de proximité est un axe fort ; j’organise et participe à de nombreuses rencontres en Italie, en Allemagne et aux Pays-Bas, entre autres, pour parler de la Brafa, expliquer notre particularité, montrer notre attractivité. C’est un choix de notre part, plutôt que de nous lancer dans de grandes campagnes de publicité très onéreuses et plus impersonnelles, même si bien sûr, nous ne pouvons faire l’impasse sur une présence essentielle dans la presse spécialisée !
Un succès qui dure et qui se renforce… Peut-on parler d’une spécificité belge ?
Notre spécificité, c’est l’esprit qui règne à la Brafa et que tout le monde  participants, organisateurs et visiteurs  ressent et exprime. Je parlerais d’un esprit cultivé et chaleureux. J’y tiens beaucoup, je suis très vigilant aux retours des clients et à leurs appréciations sur les marchands présents, et il m’est arrivé de refuser un galeriste parce que les échos concernant sa façon d’accueillir le public avaient été négatifs. Je leur demande d’être à l’écoute, de partager leurs connaissances et leur passion, avec les clients comme avec les simples visiteurs. L’année dernière, sur dix jours, nous avons accueilli plus de soixante-cinq mille visiteurs, établissant ainsi un nouveau record d’affluence.
Quelles sont vos pistes de réflexion pour encore vous améliorer ?
Notre but premier est de conserver l’équilibre que nous avons atteint entre art moderne et art ancien. Cependant, nous sommes conscients de quelques domaines dans lesquels nous sommes moins forts et aimerions évidemment renforcer notre section des tableaux anciens, surtout que la Belgique est traditionnellement une terre de peinture ! Un autre de nos souhaits est d’avoir la venue d’une galerie de dessins anciens, ainsi que de photographies des pionniers du XIXe siècle. Mais le calendrier international très serré, avec des événements qui se rajoutent régulièrement, complique la donne. Les marchands ne peuvent se démultiplier, leurs œuvres non plus, surtout lorsqu’ils veulent à chaque fois proposer le meilleur et l’insolite. Ce qui est tout de même le premier gage de sérieux pour le public.
Quelles sont vos réflexions sur la situation actuelle en France ?
Le contexte européen est inquiétant avec cette incertitude autour du Brexit et la crise actuelle en France. Le climat n’est pas serein. Or, la stabilité et une économie favorable sont des atouts indispensables pour la réussite d’une foire. Cette édition s’ouvre évidemment avec beaucoup de questions, mais nous sommes confiants car nous avons prouvé notre constance au fil des éditions. Et dans des périodes d’incertitude, c’est très rassurant pour les connaisseurs. Je suis donc certain que les regards des passionnés d’art se tourneront de nouveau vers Bruxelles.

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