Hanneman, élégant portraitiste de l’âge d’or

Le 26 septembre 2019, par Anne Foster

Célèbre pour ses portraits de l’aristocratie anglaise et des Provinces-Unies, l’artiste tomba peu à peu dans l’oubli jusqu’à ces dernières années. Ce tableau intègre le corpus de ses œuvres.

Adriaen Hanneman (1603-1671), Portrait d’un enfant tenant une poule, vers 1650, huile sur toile, 83 60 cm. Estimation : 120 000/150 000 

Ce portrait intrigue et séduit. Cet enfant est-il un garçonnet ou une fillette ? Le prince héritier Guillaume III d’Orange, âgé de 4 ans et habillé d’une robe, a été peint par Adriaen Hanneman. Ce jeune modèle anonyme, élégamment paré d’un chapeau noir aux plumes rouge, noire et blanche, agrémenté de rubans rouges, arbore un tablier de fine toile. Il tient dans ses bras un volatile qui pourrait être une poule mais aussi une espèce de pigeon au plumage caramel. Sa robe d’un tissu aux semis de fleurs roses, sur fond bistre argenté, tombe en lourds plis. Des boucles blondes encadrent son visage, tourné vers une personne hors cadre ; il arbore un air sérieux, éclairé par l’esquisse d’un sourire mutin. Comment résister ! L’harmonie de la palette, les glacis transparents : tout est mis en œuvre par Hanneman pour séduire notre regard et induire notre sympathie pour son petit modèle. L’artiste possède son métier ; dans les années 1650, il est revenu s’installer à La Haye, après une dizaine d’années passées à Londres, où il travailla auprès d’Antoine Van Dyck, dont le style le marqua profondément. Il acquit ainsi une réputation de portraitiste auprès de la famille royale et de l’aristocratie anglaise. Le peintre retrouva cette clientèle lorsqu’ils trouvèrent refuge à La Haye, auprès de Marie I Stuart, fille de Charles Ier d’Angleterre et épouse de Guillaume II d’Orange-Nassau, stathouder des Provinces-Unies. Issu d’une famille catholique aisée de La Haye, Hanneman entra dans l’atelier d’Anthony Van Ravesteyn. De retour à La Haye, en 1640, reconnu comme un portraitiste éminent, il fut appelé à diriger, cinq ans après, la guilde de Saint-Luc, et à être le premier directeur de la «Confrérie Pictura», fondée en 1656, par des artistes dissidents. Une des règles de leur charte stipulait que ses membres étaient obligés d’exposer leurs œuvres de façon permanente dans leur salle de réunion. La décennie suivante fut assombrie par les guerres avec l’Angleterre, la France et certains princes allemands, aboutissant à la Rampjaar, ou année du désastre. Les familles patriciennes n’étaient pas d’humeur à commanditer leurs portraits ; privé de ressources, le peintre fut obligé à plusieurs reprises de vendre une partie de ses biens. Il mourut en 1671, laissant ses dessins et gravures à son élève, Simon du Parcq. Depuis la seconde moitié du siècle dernier, Hanneman retrouve sa juste place, celle d’un grand portraitiste. Cet élégant portrait en est l’un des témoins.

jeudi 14 novembre 2019 - 18:00 - Live
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Aguttes
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