Guimard : les essences d’un créateur

Le 24 septembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Si l’on ne présente plus Hector Guimard, l’architecte des volutes de l’art nouveau, sa collaboration avec le monde du parfum reste plus confidentielle. Ce flacon la révèle dans un sillon de senteurs.

Hector Guimard (1867-1942), Kantirix, flacon à parfum en verre incolore, soufflé, moulé, bouchon en bronze doré, étiquette gaufrée et dorée titrée en relief, époque art nouveau, h. 29 cm.
Estimation : 8 000/15 000 

L’essor du parfum en France a suivi celui de l’industrialisation. Déjà, avec la chute de la monarchie, il vit sa propre révolution. L’hygiène entrant dans les mœurs, savons, eaux de Cologne ou de lavande, vinaigres de toilette, lotions, huiles, deviennent l’apanage d’une nouvelle bourgeoisie qui érige la propreté en vertu… et le parfum se révèle comme un accessoire de séduction. Les chimistes isolent des molécules olfactives circulant dans la nature et conçoivent en parallèle des matières de synthèse, donnant naissance à des fragrances inédites. La coumarine, la vanilline, le musc artificiel, l’héliotropine, souvent associés à des produits naturels, entrent en scène et démocratisent l’usage des senteurs. Les prix plus abordables lancent une véritable industrie du parfum. À la fin du XIXe siècle, qui fut un véritable âge d’or de la parfumerie, durant lequel de grands noms – pour certains encore en activité – s’installent, la France comptait près de 300 fabricants. C’est dans ce contexte que Félix Millot (1829-1873) monte sa propre entreprise en 1860, et installe sa première boutique dans le faubourg Saint-Martin. Il est fabricant, marchand, mais pas créateur. Son produit phare des années suivantes sera la «pommade à la graisse d’ours»… Après son décès prématuré, sa jeune épouse reprend le flambeau d’une main de maîtresse et installe la maison aux côtés des plus importantes, répandant même les effluves de ses créations au-delà des frontières, jusqu’au harem du pacha d’Égypte. En 1899, déjà associée au mari de sa petite-fille, Henri Desprez, elle cède sa place à son petit-fils, Félix Dubois. Ce sont ces derniers qui auront l’idée de faire appel à Hector Guimard (1867-1942). En choisissant l’ardent promoteur de l’art nouveau, ils font preuve d’un grand modernisme comme d’une réelle ouverture d’esprit, et ne se trompent pas ! Ils lui confient la mission d’agencer les magasins de luxe, mais aussi et surtout le stand de l’Exposition universelle de 1900.
Frapper les esprits
Alors que la plupart des exposants en parfumerie décorent leur salon dans les styles Louis XV et Louis XVI, la maison Millot se démarque avec un cadre résolument art nouveau qui lui vaudra une médaille d’or. Guimard conçoit aussi les écrins et les contenants de l’eau de Cologne Primiale et des parfums Primalis, Violi-Violette et Kantirix. Ces objets, purement commerciaux, n’étaient pas destinés à durer dans le temps. Le but des maisons de parfum était de frapper les esprits avec des pièces évoquant le luxe et les reflets d’une «belle époque». Par chance, quelques-uns nous sont parvenus, dont celui-ci. Même si le nom «Kantirix» résonne avec ceux des héros de Goscinny et Uderzo, il n’a rien à voir avec nos ancêtres les Gaulois. C’est au lointain Mexique, plus précisément au plateau du Yucatán, qu’il est emprunté. Pour abriter cette eau de toilette, Guimard a conçu ce flacon. Sa forme totalement novatrice, son bouchon en bronze sculpté et doré, ses étiquettes en collier courant autour de son col et sa palette gaufrée, illustrant sa panse, en font un pur objet d’art. Sans bruit, on assiste avec lui au passage des modèles stéréotypés de la fin du XIXe siècle à ceux ayant valeur de pièce unique. Le parfum du talent !

vendredi 09 octobre 2020 - 14:00 - Live
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