Gazette Drouot logo print

Gros plan : la mariée était en voile

Publié le , par Anne Doridou-Heim
Vente le 24 octobre 2018 - 11:00 (CEST) - Salle 2 - Hôtel Drouot - 75009

Grâce à une préemption, cette pièce exceptionnelle en tous points rejoint le trousseau du musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d’Alençon.

Adjugé : 82 940 €, préempté pour le musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d’Alençon.... Gros plan : la mariée était en voile
Adjugé : 82 940 €, préempté pour le musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d’Alençon. Alençon, troisième quart du XIXe siècle, voile de mariée en dentelle à l’aiguille, à décor de fleurs au naturel et gerbes de fleurs retenues par des rubans noués, 360 x 205 cm. Paris, Drouot, mercredi 24 octobre 2018. Coutau-Bégarie OVV. Mme Vuille.

Il s’étalait en pleine page de la Gazette n° 36 du 19 octobre (p. 64), aérien et magnifique. Qui, ou plutôt quoi ? Un voile de mariée en dentelle à l’aiguille à décor de fleurs au naturel, assemblé par les dentellières d’Alençon dans le troisième quart du XIXe siècle. On l’avait pressenti rare. L’enchère de 82 940 € qui le récompense le confirme. Il faut dire que l’objet du désir se présente dans un état superbe et dans des dimensions exceptionnelles : 360 x 205 cm. Lorsqu’elles ont eu connaissance de la mise en vente de cette pièce, la conservatrice du musée d’Alençon, Johanna Mauboussin, et Marie-Noëlle Charruel, la présidente de l’association La dentelle au point d’Alençon, se sont engagées à tout mettre en marche pour obtenir les financements nécessaires, se doutant qu’il leur faudrait aller bien au-delà des 25 000 € de l’estimation initiale. Le budget en poche  toutes deux louent la formidable mobilisation des acteurs locaux et régionaux , les voici en route pour Drouot pour assister, fébriles, aux premiers coups de marteau. Leur joie de l’emporter était belle à voir.

Brodes, levage, éboutage et luchage…
Les collections de la section «dentelle» du musée sont déjà en tout point exemplaires. Volants, éléments à plat et quelques pièces de forme, civiles et religieuses, expriment le savoir-faire des ouvrières du fameux «point d’Alençon», né vers 1650 du talent de Marthe La Perrière et inscrit depuis 2010 par l’Unesco sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Mais, il manquait la pièce exceptionnelle, celle qui parle en elle-même sans autre besoin de discours, celle qui, posée sur un mannequin, fait tourner toutes les têtes… C’est désormais chose faite grâce à ce voile de mariée à l’aiguille, «un jardin luxuriant qui associe du réseau et de la bride et des décors fabuleux». Pour réaliser un point d’Alençon, il faut une dizaine d’étapes, depuis le dessin et le piquage du motif sur le parchemin, la réalisation de la base des motifs et des mailles transparentes en arrière-plan, les points des décors, les remplis pour créer des ombres, les brodes pour donner le relief et, enfin, les levage (la dentelle est détachée du parchemin), éboutage et luchage, lequel consiste à polir les remplis à l’aide d’une pince de homard. Or, chaque ouvrière ne maîtrisait qu’une ou deux tâches et ne réalisait que quelques centimètres carrés en sept à douze heures de labeur. Imaginez donc combien il a fallu de mains pour fabriquer ce voile ! La conservatrice a interrogé les dentellières de l’Atelier national, qui estiment qu’un tel travail nécessiterait environ trois cent mille heures… ce qui serait aujourd’hui tout simplement impensable. Pour sa conception, ce sont certainement toutes les forces vives du territoire alençonnais de l’époque qui ont été mobilisées  près de deux mille à l’apogée. Une question demeure : s’agit-il d’une commande privée ou d’une pièce spécialement conçue pour l’une de ces grandes expositions dont la seconde moitié du XIXe siècle raffolait ? Johanna Mauboussin tendrait à pencher pour la seconde réponse, imaginant qu’un fabricant aisé ait voulu frapper fort et renouveler le succès connu lors de la première Exposition universelle de Londres, en 1851, où la dentelle d’Alençon avait été consacrée «reine des dentelles». Cette idée lui donne une porte d’entrée dans l’imposant corpus d’archives à sa disposition. Elle va désormais débuter un passionnant jeu de pistes pour tracer son voile. Mais chercher une aiguille ne devrait pas lui faire peur…

mercredi 24 octobre 2018 - 11:00 (CEST) - Live
Salle 2 - Hôtel Drouot - 75009
Coutau-Bégarie
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne