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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Expositions

Goya, héritier des Lumières à la fondation Beyeler

Le 01 décembre 2021, par Vincent Noce

La rétrospective de Bâle rééquilibre la vision d’un artiste qui doit plus au XVIIIe siècle que ne laisse entendre le sombre héritage cultivé par le romantisme.

Goya, héritier des Lumières à la fondation Beyeler
Francisco de Goya (1746-1828), Le Sabbat des sorcières (El Aquelarre),1797-1798, huile sur toile, 43 30 cm (détail), Museo Lázaro Galdiano, Madrid.

La fondation Beyeler réussit un coup de maître en réunissant 75 peintures et une centaine de dessins et d’estampes de Goya, de ses premières saynètes rococos aux impressions de tauromachie bordelaises. Reportée l’an dernier, cette rétrospective est l’une des plus importantes hors d’Espagne. Le Prado apporte un tiers des œuvres, dont La Maja habillée et Les Majas au balcon – qui inspirèrent Manet – proviennent d’une collection particulière. L’académie de San Fernando a prêté quatre tableaux. La fondation a obtenu les huit scènes de genre, saisissantes, du marquis de la Romana, qui n’ont été dévoilées qu’une fois, au Prado. De collections privées proviennent des esquisses du cycle si vivant de l’église madrilène de San Antonio de la Florida, ainsi qu’une grande Annonciation, encore assez classique, destinée à la chapelle du couvent des Capucins de San Antonio del Prado, rendant compte de l’importance de la peinture religieuse dans ses premières années. La diversité des genres rend une image bien plus riche de l’artiste que la face sombre et torturée faisant sa réputation. L’exposition-clé de Xavier Bray, en 2015 à la National Gallery de Londres, avait déjà souligné la place de ses portraits. Le paysage en fond compte pour peu dans ceux des rois et nobles que Goya exécute en pied, une fois acquise sa reconnaissance à la Cour. Pour représenter ses amis, assis à mi-corps, il se contente d’un fond monochrome pour porter toute l’attention sur le visage et l’état d’esprit du personnage. Le Prado a également prêté le grand portrait de famille du frère de Charles III, qui finit ses jours banni de Madrid. Le vieillard déchu vient de terminer une partie de cartes, tandis que son épouse se fait coiffer. À droite, contrastant avec une atmosphère assez sombre, un personnage hilare (un amant ?) regarde le spectateur droit dans les yeux. Ce sens théâtral se retrouve partout chez Goya, dont les anecdotes s’inspirent aussi bien des événements que du théâtre de l’époque et de son imaginaire. Dans une esquisse présentée à Bâle, saint François de Borgia, aspergeant de sang christique un mécréant sur son lit de mort, lui tourne le dos pour prendre à partie le spectateur, les bras grands ouverts en forme de croix (ce défaut sera corrigé dans l’opus final). L’exposition fait la part belle à la comédie des mœurs des nombreux croquis, tableautins et estampes de l’artiste, qui ne sera connue qu’après sa mort. Homme des Lumières, Goya chronique les superstitions, l’Inquisition, les exécutions, la torture et les viols. Mais il est aussi un peintre officiel, en quête de commandes et d’honneurs, n’hésitant pas à courtiser les parties adverses. Deux mois après être allé, « pour la gloire de l’Espagne », documenter la dévastation de Saragosse, qui lui inspira Les Désastres de la guerre, il prêtait allégeance au vainqueur, Joseph Bonaparte. Il portraitura ses officiers et participa à la sélection des peintures expédiées au Louvre. Les Français chassés, à la demande de Ferdinand VII, il peignit le soulèvement de 1808 et sa répression. Il refit le portrait de ce monarque despotique et celui de son Premier ministre. Même finissant ses jours à Bordeaux, il percevait toujours une pension du roi. En ceci aussi, plutôt qu’un romantique, il est un artiste du XVIIIe siècle.

Fondation Beyeler,
101, Baselstrasse, Riehen/Bâle,
tél. 
: +41 61 645 97 00, Jusqu’au 23 janvier 2022.
www.fondationbeyeler.ch

 

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