Giuseppe Vermiglio, un mariage mystique et stylistique

Le 08 octobre 2020, par Philippe Dufour

Issue d’une grande collection privée, cette Conversation sacrée de Giuseppe Vermiglio réconcilie écoles romaine et bolonaise sous le regard bienveillant de trois saints.

Giuseppe Vermiglio (1585-1635), Le Mariage mystique de sainte Catherine entre sainte Agathe et saint Jean-Baptiste, huile sur toile (transposée), 170 196 cm.
Estimation : 150 000/250 000 €

Comme le pilier central de la composition très symétrique, Marie, vêtue d’une robe rose et d’un manteau bleu, trône sur un tertre, portant Jésus sur ses genoux. À ses pieds, sainte Catherine, dont le vêtement de riche brocard, indiquant de nobles origines, contraste avec un sinistre fragment de la roue dentée, instrument de son supplice. En récompense pour cette terrible épreuve, l’Enfant lui passe un anneau au doigt, consacrant son Mariage mystique avec la jeune chrétienne, martyrisée vers 312 à Alexandrie selon La Légende dorée. Convoqués comme témoins privilégiés, deux autres saints se tiennent à leurs côtés : à droite, l’ascétique Jean-Baptiste accompagné de l’Agneau pascal ; et à gauche, étrangement plus désinvolte et profane, Agathe de Catane appuyée sur une balustrade, brandissant une palme et ses seins suppliciés sur une coupe… Si, à l’évidence, son iconographie s’inscrit dans la thématique traditionnelle des « conversations sacrées », chère aux artistes italiens, le tableau présente aussi l’avantage d’obéir aux directives de la Contre-Réforme, en délivrant un message fort simple à déchiffrer. Quant à l’auteur de cette œuvre anonyme où un clair-obscur apaisé se marie à un équilibre classicisant, il s’agit de Giuseppe Vermiglio, une attribution confirmée par Francesco Frangi, professeur à l’Université de Pavie. Né à Alessandria, dans le Piémont, le jeune artiste se rend à Rome dès 1604, pour se former. Dans la Ville éternelle, il sera fortement marqué – comme tant d’autres de sa génération –, par la révolution picturale engagée par le Caravage. En attestent plusieurs de ses tableaux religieux, à l’image du retable de L’Incrédulité de saint Thomas peint en 1612 pour l’église romaine de Saint Thomas dei Cenci. En 1619, l’artiste retourne dans le nord de l’Italie, travaille à Milan, où son art finit par s’adoucir sous l’influence des Bolonais Annibal Carrache et Guido Reni. De cette double filiation, relève ce Mariage mystique, expression parfaite de la manière de Vermiglio dans les années 1620-1630, qui culmine dans son œuvre la plus célèbre : la Nativité de la pinacothèque milanaise de Brera. Témoignage précieux de ce moment artistique charnière, notre grande toile devait d’ailleurs connaître un parcours assez prestigieux. Au XIXe siècle, elle a constitué l’un des clous d’une importante collection privée, pour laquelle son propriétaire avait édifié une incroyable galerie de type muséal, dans son château de Savoie… Jusqu’à cet hôtel particulier parisien de la rive gauche où il brillait encore récemment, avant de repartir vers une nouvelle vie.

vendredi 13 novembre 2020 - 14:00 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Ader
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