facebook
Gazette Drouot logo print

Giovanna Melandri, la culture en grand

Le 20 septembre 2018, par Mikael Zikos

L’ancienne ministre de la Culture et parlementaire italienne préside la fondation MAXXI - musée national des Arts du XXIe siècle à Rome, dont le prix pour l’art contemporain est un tremplin international pour les artistes.

Giovanna Melandri, la culture en grand
 
DR

Le prix MAXXI Bulgari (anciennement Prize for Young Art et Premio MAXXI, ndlr) a révélé des artistes italiens ou originaires d’Italie, comme Vanessa Beecroft et Francesco Vezzoli. Quels sont les profils des participants ?
Ce prix existe depuis 2001, bien avant que le musée national des Arts du XXIe siècle n’ouvre, en 2010. De 2003 à 2007, il était décerné à Venise pendant la Biennale d’art. L’une des finalistes de l’édition 2016, Adelita Husni-Bey, fut d’ailleurs en charge du dernier pavillon italien. Au fil du temps, des artistes nationaux de premier plan ont été nommés comme Lara Favaretto, lauréate en 2005. Aujourd’hui, la récompense est ouverte aux artistes contemporains de toutes nationalités, la seule condition étant d’avoir un projet avec un acteur de l’art, privé ou public, en Italie.
Quel regard portez-vous sur le prix 2018 et les trois jeunes finalistes sélectionnés ?
C’est une véritable immersion dans leurs univers. Les espaces du MAXXI sont spécialement aménagés afin qu’ils puissent s’exprimer. Le duo Invernomuto que forment Simone Bertuzzi et Simone Trabucchi, nés en 1982 et 1983 et basés entre Vernasca et Milan, y montre une installation composée d’un film et d’une sculpture, avec des fréquences sonores et un parfum diffusés au sein de l’exposition. Diego Marcon, né en 1985 et vivant et travaillant à Paris, a lui aussi un usage du son très étonnant dans sa présentation. Il s’agit d’une vidéo employant la technologie de l’imagerie générée par ordinateur, un projet réalisé en collaboration avec l’académie de la Scala de Milan. Talia Chetrit, née en 1982 et installée à New York, utilise quant à elle le médium de la photographie ainsi que son propre corps afin d’innover en matière d’autoportrait. Le nom du ou de la gagnante sera dévoilé le 13 octobre prochain.


 

Détail de l’installation d’Invernomuto (Simone Bertuzzi et Simone Trabucchi) à l’exposition du prix MAXXI Bulgari 2018.
Détail de l’installation d’Invernomuto (Simone Bertuzzi et Simone Trabucchi) à l’exposition du prix MAXXI Bulgari 2018. Photo : Musacchio Ianniello Courtesy de la fondation MAXXI, Rome


Les précédents nommés ont traité de sujets d’actualité, comme ceux de la migration et de la circulation des informations. Qu’en est-il de cette édition ?

Cette année, les propositions sont très fortes. Elles parlent du contre-pouvoir et des mécanismes de contrôle de la société. Invernomuto utilise à ce titre des références esthétiques à la fois populaires et tirées de la subculture. Des scènes de leur vidéo reflètent l’état du monde comme de l’Italie contemporaine. Il y a notamment l’image d’un homme à l’apparence d’un zombie avec une électrode sur la tête, qui résonne avec l’actuel déclin démocratique et la montée du populisme. Les photographies de Talia Chetrit évoquent de leur côté le renouvellement du statut de la femme.
À l’issue du prix, l’œuvre récompensée intègre les collections du MAXXI. En tant que musée national, êtes-vous un cas isolé dans le pays en matière d’achat d’art d’aujourd’hui ?
Nous sommes la seule institution publique ayant une politique d’achat où l’art contemporain est prioritaire. Ce prix a été lancé sous mon impulsion, lorsque j’étais ministre de la Culture. Il nous a aidés à construire la collection du MAXXI. Désormais, au-delà de sa finalité, l’ensemble des travaux finalistes peut également se retrouver dans la sélection des œuvres que nous proposons à l’acquisition auprès des Amis du musée. Et notre gala d’acquisition annuel nous permet d’obtenir de larges financements. Nous en avons besoin, car nous produisons beaucoup d’expositions.
Quel soutien le joaillier Bulgari, sponsor de l’événement, vous apporte-t-il ?
Nous avons établi ce partenariat avec une maison qui, bien que basée aujourd’hui en France (elle est associée depuis 2011 au Groupe LVMH, ndlr), est une entreprise romaine historique qui agit en faveur de la protection de l’artisanat d’art et de l’innovation. Récemment, elle a participé au financement pour rénover une partie des thermes de Caracalla et le palazzo Braschi, qui accueille le Musée de Rome. Via ce partenariat, Bulgari présente les finalistes du prix pendant la Frieze Art Fair, à Londres. Une institution comme la nôtre se doit d’alimenter des relations entre le public et le privé. J’en ai fait mon challenge. L’exemple premier est que sa gouvernance est confiée à une fondation privée, la Fondazione MAXXI.
Le jury du prix est composé de personnalités aussi importantes et variées que le réalisateur Matteo Garrone ou le commissaire d’exposition Hans-Ulrich Obrist… Pourquoi ?
L’un des objectifs de cette nouvelle version du prix est de poser un regard encore plus large sur l’art, qui s’étend désormais au-delà des pratiques et des frontières. La composition du jury est internationale et va dans ce sens. Dans le cadre de la stratégie du MAXXI, engagé auprès des arts actuels, nous faisons aussi appel à des artistes en tant que commissaires. Pour sa dernière exposition chez nous, le plasticien argentin Tomás Saraceno, qui a une formation d’architecte, a ainsi collaboré avec l’Agence spatiale italienne et l’Institut national des physiques nucléaires.


 

L’intérieur du MAXXI à Rome, conçu par l’architecte Zaha Hadid.
L’intérieur du MAXXI à Rome, conçu par l’architecte Zaha Hadid. Photo : Bernard Touillon


Le musée est réputé pour son bâtiment de l’Anglo-Irakienne Zaha Hadid et ses «collections d’architecture», documents, photographies. Quelle place y occupe ce domaine ?
Il est à la base de l’histoire du lieu, dont l’origine remonte au souhait de réunir le musée d’Art contemporain du XXIe siècle et le musée national d’Architecture. Il contient les archives personnelles de grands architectes comme Carlo Scarpa et Aldo Rossi. Nous achetons également des projets contemporains. D’autre part, lorsque nous passons commande auprès d’un artiste, nous lui demandons toujours de travailler à partir de l’architecture du musée et de ses particularités.
Comment se porte le MAXXI depuis votre prise de fonctions ?
Je suis arrivée en janvier. Pour l’exercice 2018, nous avons reçu plus de trois millions d’euros de l’État. Notre budget total pour l’année est de plus de quinze millions d’euros. J’espère aller de l’avant en termes de fréquentation publique. Nous en sommes à environ 500 000 visiteurs par an, hors espaces accessibles en permanence comme notre place publique, la place Alighiero Boetti, qui comprend des sculptures d’Elisabetta Benassi, de Mircea Cantor et d’Ugo Rondinone, et est intégrée au parcours de nos collections permanentes. En mars 2019, nous ouvrirons également de nouveaux espaces d’exposition dans la ville de L’Aquila, au palazzo Ardinghelli.
À votre arrivée, vous citiez la Tate Modern comme modèle : grandes rétrospectives, installations monumentales, succès commercial… Comment faites-vous évoluer la philosophie originelle du MAXXI ?
Ce que j’ai dit à propos de la Tate est ce que nous avons fait : l’offre d’une collection permanente à l’accès gratuit et des expositions temporaires payantes. L’âme du MAXXI est par essence populaire. C’est un forum. Comme l’Italie se situe au confluent de plusieurs territoires, nous venons de clore une série d’expositions sur les relations entre l’Europe et la Méditerranée. Nous présentons jusqu’au 4 novembre «African Metropolis. An Imaginary City», sur l’art en Afrique subsaharienne, puis explorerons la scène artistique des Balkans l’an prochain.
Que diriez-vous du financement de la culture en Italie, en regard des formations politiques qui se succèdent à la tête du pays ?
Je suis effrayée par ce qu’il se passe aujourd’hui. Les gagnants des dernières élections n’ont rien à faire de la culture. Quand j’ai quitté mon ministère en 2001, après cinq années de gouvernance des démocrates de gauche et du Parti démocrate, son budget était de trois milliards d’euros. Après, ce secteur est devenu la «belle endormie», son budget étant descendu à presque trois fois moins. On le doit autant à la crise financière de 2008 qu’aux gouvernements de Silvio Berlusconi… Maintenant, nous en sommes à près de deux milliards d’euros, merci Dario Franceschini (ministre de la Culture de décembre 2016 à juin dernier, ndlr), mais devrions en être à cinq. 


 

Giovanna Melandri
en 5 dates
1962 Naissance à New York
1994 Députée PDS au Parlement italien
1998 Ministre des Biens et des Activités culturels et du Tourisme du gouvernement italien
2003 Officier de la Légion d’honneur
en France
2018 Présidente de la fondation MAXXI,
à Rome

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne