Gilbert Poillerat et l’homme qui aimait les voitures

Le 28 mai 2020, par Sylvain Alliod

Le point commun entre une table de Gilbert Poillerat, Porsche et les 24 heures du Mans ? Un passionné de belles mécaniques, Auguste Veuillet.

Gilbert Poillerat (1902-1988), table de salle à manger en fer forgé patiné, les motifs ornementaux dorés, plateau en laque sur âme de bois à l’imitation d’une pierre marbrière, vers 1950 (modèle conçu vers 1946-1948), 77 240 105 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Composée par Gilbert Poillerat comme une équation néoclassique en fer forgé, cette table monumentale a séduit un homme au caractère en acier trempé, Auguste Veuillet (1910-1980). Il l’avait commandée vers 1950, ainsi qu’une console tout aussi imposante (même estimation), pour sa propriété solognote de la Chaurie. Le métal soumis à la loi de la construction, qu’elle soit mobilière ou automobile, Auguste Veuillet connaît. Déjà établi avant-guerre dans le commerce et la réparation de voitures, c’est en 1947 que ce passionné de compétition – également pilote à ses heures – fonde Sonauto, un commerce de voitures d’occasion situé rue La Boétie à Paris.
Le destin va lui faire croiser le chemin d’une marque, Porsche, dont l’histoire commence réellement en 
1948 avec le lancement de la 356, même si ses racines remontent en 1931 avec la création du bureau d’étude de Ferdinand Porsche, père de la célèbre Coccinelle. On l’oublie, mais alors que les plaies de la Seconde Guerre mondiale restent béantes, la France va jouer un rôle important dans le succès planétaire du constructeur allemand. La réputation de la petite voiture propulsée par son moteur quatre cylindres à plat de 1,1 litre développant 35 cv reste à établir, et c’est Auguste Veuillet, importateur de la marque à partir de 1950, qui va en être l’artisan en l’engageant à la 19e édition des 24 Heures du Mans. Et la partie n’est pas gagnée d’avance… En juin 1951, seule une des quatre voitures préparées par Paul von Guilleaume, responsable compétition de la firme, reste en mesure de prendre part à la compétition. Elle sera pilotée par Auguste Veuillet lui-même, et son comparse Edmond Mouche. Contraints de ménager la monture survivante, les deux hommes décrochent néanmoins la victoire dans la catégorie des 1 100 cm3 et atteignent une respectable 20e place au classement général. Cette performance vaut à Porsche une reconnaissance internationale. Dès lors, les dates de la «classique sarthoise» sont définitivement inscrites sur son calendrier… Alors que le constructeur impose un nouveau standard automobile, Gilbert Poillerat a atteint la plénitude de son art. Devenu professeur aux Arts décoratifs en 1946, il s’est établi à son compte après avoir fait ses armes chez Edgar Brandt – à l’issue d’un diplôme à l’école Boulle – et s’être fait connaître dès 1927 en réalisant des décors pour la société Baudet, Donon et Roussel – spécialisée dans les constructions métalliques – et en collaborant avec des ensembliers comme Jacques Adnet, André Arbus ou Jean Pascaud. L’élégante sobriété de ses créations établit elle aussi un standard, mais dans l’univers des arts décoratifs.

vendredi 26 juin 2020 - 14:30 - Live
Salle des ventes Favart - 3, rue Favart - 75002
Ader
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