Gilbert & George. Images d’utopie à Biot

Le 15 septembre 2020, par Alexandre Crochet
Gilbert & George (nés en 1943 et 1942), Class War, panneau central du triptyque Class War Militant, Gateway, 1986.
© Fondation Louis Vuitton, Paris. Photo courtesy studio de Gilbert & George, Londres, 2020

C’est à une rencontre inattendue, au sommet et entre deux œuvres hautement politiques, que convie le musée Fernand-Léger. D’un côté, Les Constructeurs, toile emblématique de Léger de trois mètres de hauteur, réalisée en 1950. De l’autre, un triptyque encore plus monumental de Gilbert & George datant de 1986 : Class War, Militant, Gateway, dont l’un des panneaux mesure huit mètres de long ! C’est la première fois que cette œuvre détenue par la Fondation Vuitton, si imposante qu’il a fallu construire spécialement une «boîte rouge» pour l’accueillir, est présentée dans une institution publique. Un appareil didactique au mur et au sol – crise sanitaire oblige – et un long documentaire sur le célèbre tandem britannique accompagnent une exposition voulue comme «une mise en relation d’où émergent des similarités et des divergences», confie Anne Dopffer, directrice des Musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes et co-commissaire. Si ce dialogue semble a priori un brin artificiel, rien n’indiquant que Léger ait inspiré le corpus de Gilbert & George, il révèle maintes similitudes dont «un rapport plastique évident». Outre le choix du format géant, des cernes soulignent le contour des personnages à l’instar du vitrail, technique qu’a empruntée Léger après la Seconde Guerre mondiale. Une scénographie habile renforce cette impression pour le triptyque en donnant l’illusion que celui-ci est rétroéclairé. Chaque œuvre joue sur l'échelle, en particulier chez le duo londonien, qui se représente en gardiens de la porte ouvrant sur des humains écrasés par la ville et le labeur. Toutefois, si le monde ouvrier est à chaque fois central, c’est pour mieux l’exalter chez le peintre français, quand les Britanniques dénoncent la nouvelle condition prolétarienne sous Thatcher. La puissance de l’image est ici au service d’autres causes : armés de bâtons de pèlerin, les ouvriers-éphèbes défilent aussi pour défendre la communauté gay frappée par le sida… la représentation des microbes parsemés sur l’un des panneaux rappelant sans le vouloir l’actualité.

Musée national Fernand-Léger,
255, chemin du Val-de-Pôme, Biot (06), tél. 
: 04 92 91 50 30.
Jusqu’au 16 novembre 2020.
www.musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/fleger/
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne