Giacometti, sculpteur mythique

Le 28 mars 2019, par Christophe Dorny

«Alberto Giacometti. Une aventure moderne», LaM, 1, allée du Musée, Villeneuve-d’Ascq, tél. : 03 20 19 68 68, www.musee-lam.fr - Jusqu’au 11 juin 2019.

Arnold Newman (1918-2006), Alberto Giacometti dans son atelier, mai 1954, tirage argentique.
© Succession Alberto Giacometti (fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris), 2019 © Arnold Newman

Alberto Giacometti est l’un des artistes les plus appréciés, en France et à l’étranger. Sa constante interrogation sur l’humain touche un vaste public et, comme le souligne Catherine Grenier, directrice de la fondation Giacometti, «on peut accéder à son œuvre sans aucun bagage érudit, alors que son travail s’inspire de l’art du passé». Ces deux approches, l’une émotionnelle et l’autre questionnant la représentation, constituent le fil rouge de cette ambitieuse manifestation. Fruit d’une collaboration avec la fondation, elle se déploie sous forme de dialogues avec les collections du musée et montre la permanence de l’art archaïque comme source continue de la création de Giacometti. L’homme qui marche (1960) et le groupe des Femmes de Venise (1956), restauré pour l’occasion, y sont bien sûr exposés. Christian Alandete, commissaire associé et directeur artistique de l’Institut, tient à le préciser : «Pour chaque période, nous sommes allés chercher les grands chefs-d’œuvre». Cette exigence de qualité porte l’exposition de bout en bout. L’accrochage, qui multiplie les angles de vue dans des espaces ouverts, permet la mise en regard de pièces de différentes périodes. La première section montre un jeune Giacometti dialoguant avec l’art africain, mais qui s’émancipe de l’influence formelle du cubisme, avec notamment La Femme cuillère (1927), une œuvre charnière. Elle entre en résonance avec la salle du «Modèle égyptien», le cœur de l’exposition, où apparaissent les fameuses figures longilignes, aux postures hiératiques, homme ou femme marchant, les bras le long du corps, les pieds ancrés au sol.
Ne pas s’enfermer dans une doxa
Le parcours, organisé d’une manière chronologique et thématique, parvient à ses fins. La période surréaliste des années 1930  aujourd’hui moins médiatisée , avec ses «objets désagréables», met l’accent sur le maniement du symbole. Elle ouvre sur le retour problématique au modèle et sa quasi-disparition avec la série des tout petits bustes. La section consacrée à la série des «Cages et plateaux», rarement montrée, interroge l’espace entourant les êtres, une problématique fondamentale de la statuaire égyptienne. De fines structures spatiales ouvertes enveloppent les le personnages, avec notamment ce surprenant nez suspendu, filiforme et expressionniste (1947). Fidèle à sa volonté de ne jamais s’enfermer dans une doxa, le LaM redonne place à des figures moins médiatisées que les habituels Sartre, Genet ou Beckett, qui ont accompagné l’artiste, et explore d’autres territoires et façons d’accéder à l’œuvre. Une salle est ainsi dédiée au poète et écrivain Jacques Dupin, l’auteur de sa première biographie en 1962. Quelques livres d’artistes sont présentés, dont celui réalisé avec la jeune poétesse soutenue par Giacometti, Léna Leclercq, qui sort ainsi de l’oubli. Le choix d’une sélection de photographies du sculpteur dans son atelier, réalisées par les plus grands photographes de l’époque (Brassaï, Weiss, Doisneau, etc.), nous rappelle qu’elles ont aussi contribué à sa légende. L’influence réelle de Giacometti mériterait une autre exposition. On se contentera déjà de la relever dans l’œuvre d’une des grandes figures de l’art brut, Carlo Zinelli (1916-1974), conservée au LaM, et dans l’installation «archéologique» d’Annette Messager, présentée pour l’occasion, qui traduit surtout son admiration pour l’œuvre intemporelle de Giacometti.

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