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Giacometti, l’ami surréaliste à l'Institut Giacometti

Publié le , par Virginie Huet

Brève, l’aventure surréaliste du sculpteur grison reprend cet hiver à l’Institut Giacometti. L’occasion d’un focus sur ses affinités électives, partagées en premier lieu avec André Breton.

Cube dans l’atelier d’Alberto Giacometti, vers 1934. Photo : Man Ray. Archives fondation... Giacometti, l’ami surréaliste à l'Institut Giacometti
Cube dans l’atelier d’Alberto Giacometti, vers 1934.
Photo : Man Ray. Archives fondation Giacometti. Succession Alberto Giacometti/Adagp, Paris 2022, Man Ray 2015 Trust/Adagp, Paris, 2022

Mise en cage, une sphère en bois lisse ne tient qu’à un fil au-dessus d’un croissant dont elle effleure l’arête, à défaut de pouvoir y glisser. Avec Boule suspendue (1931), Giacometti captive la bande des surréalistes, cette « aristocratie de la pensée » dont il fréquentait jusqu’alors la dissidence, rassemblée autour de Bataille. Dalí y voit le prototype des « objets à fonctionnement symbolique », « mobiles muets » pour jeux d’amour cruel et Breton, qui l’acquiert en 1933, la place au centre du « mur » de son atelier de la rue Fontaine, cabinet de curiosités conservé tel quel au Centre Pompidou. Sa sortie, rarissime, est un événement. D’autant que d’autres prêts d’exception lui tournent autour : consentis par le Centre Pompidou (La Proie de Masson, Le Catalan de Miró, Guillaume Tell de Dalí, Tête paysage de Jean Arp), le Musée national Picasso - Paris (Femme à la montre de Picasso), les Musées royaux des beaux-arts de Belgique (L’Avion de Tanguy), une collection particulière (Le Repas de Lord Candlestick de Carrington), tous dessinent, avec Tête d’homme et L’Oreille de Giacometti, cadeaux de Max Ernst et Meret Oppenheim, la constellation de ses « amitiés surréalistes ». Constellation que surveille André Breton, coincé dans l’angle d’un mur peint en trois nuances de vert par Victor Brauner. Les toiles, les dessins, ont pour la première fois l’avantage sur les œuvres en volume, de sorte que l’espace, où l’essentiel se passe au mur, semble dépeuplé. Il est pourtant plein de la verve d’un groupe agissant par vases communicants, dont le XXe siècle aura surtout retenu les brouilles. « Beaucoup de choses ont notamment été dites sur l’exclusion de Giacometti en 1935, causée par son retour à l’étude d’après modèle, que Breton et son entourage jugent réactionnaire, explique la commissaire Serena Bucalo-Mussely. Nos recherches ont permis de nuancer la théorie d’une rupture nette : Giacometti reste en lien avec les membres du groupe, qui présentera ses œuvres jusqu’à la fin des années 1950. » À preuve, la somme de lettres, notes, photographies pointant les influences réciproques de cette « association humaine » que Breton voulait aussi « ambitieuse et passionnée » que le saint-simonisme. C’est à lui que s’attache Giacometti, et inversement : « Quand tu n’es pas là, il n’y a plus ni jeunesse, ni clarté […] sans compter que si ce n’est pas toi qu’on attend le soir au café, c’est peut-être bien qu’on n’attend personne », lui écrit Breton le 2 février 1934. Leur correspondance suivie renseigne sur la genèse de pièces majeures : ainsi du Cube, polyèdre à douze faces citant, un an après le décès de son père, La Mélancolie de Dürer, en même temps qu’il annonce Tête-crâne, dont Breton réclamera un moulage. Plus loin, ni debout, ni assise, une femme aux yeux barrés de roues tient entre ses mains L’Objet invisible, ce vide au cœur de l’« Équation de l’objet trouvé » de L’Amour fou. Breton y rapporte un coup du « hasard objectif », quand Giacometti tombe aux puces de Saint-Ouen sur un demi-masque en métal et résout l’énigme de son visage de plâtre. Ultime argument de leur complicité, L’Air de l’eau, recueil de poèmes dédié à Jacqueline Lamba, que Breton épouse en 1934. Témoin de mariage avec Paul Éluard, Giacometti l’enrichit de gravures dont le carnet d’origine et les épreuves non retenues voisinent avec Caresse, gros ventre coupé en marbre blanc que deux mains enlacent. 

« Alberto Giacometti - André Breton,
amitiés surréalistes », Institut Giacometti,
5, rue Victor-Schoelcher, Paris XIVe,
Jusqu’au 10 avril 2022.
www.fondation-giacometti.fr
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