Giacometti/Sade. Cruels objets du désir à l'Institut Giacometti

Le 17 décembre 2019, par Nikita Dmitriev
Man Ray, Lili tenant l’objet désagréable, 1931.
© Man Ray Trust Adagp 2019

Créateur de l’austère Homme qui marche (1961), interprété par les contemporains comme un monument aux survivants de la guerre, Alberto Giacometti (1901-1966) a toujours porté une grande attention au phénomène de la souffrance. Or, ses connotations sexuelles, liées aux écrits du marquis de Sade, sont restées dans l’ombre. Pourtant, « le nom de Sade revient à plusieurs reprises dans les carnets du sculpteur », expliquent les commissaires de l’exposition Christian Alandete et Serena Bucalo-Mussely. L’intérêt de Giacometti pour les œuvres sadiennes se développe au début des années 1930 à Paris grâce à sa fréquentation des surréalistes. «Hier lu Sade qui me passionne beaucoup», écrit-il à son ami André Breton, autour duquel se réunissaient en «cercle sadien» Georges Bataille, André Masson, Luis Buñuel et Salvador Dalí. Rendant compte de sa passion semi-clandestine, une douzaine de sculptures en bronze, créées par Giacometti en 1931, sont imprégnées d’un imaginaire violent et fétichiste. L’une évoque des mantes religieuses essayant de s’entretuer lors d’un rapport sexuel, l’autre rappelle une grosse anguille. Or, la passion sadienne s’est rapidement évaporée de son œuvre : attiré par les problématiques existentielles au-delà de l’érotisme, Giacometti rompt avec Breton vers 1935 et recommence à sculpter des visages humains. Cette métamorphose donne naissance à un nouveau Giacometti, beaucoup plus sombre et tempéré que celui qui passait ses nuits à lire Justine ou les Malheurs de la vertu.

Institut Giacometti,
5, rue Victor-Schoelcher, Paris XIVe, tél. : 01 44 54 52 44.
 Jusqu’au 9 février 2020.
www.fondation-giacometti.fr
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