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Géricault, Lebrun et Le Radeau de la Méduse

Publié le , par Sophie Reyssat
Vente le 18 mars 2023 - 14:00 (CET) - 9-11, rue Royale - 77300 Fontainebleau

Pour son chef-d'œuvre présenté au Salon de 1819, le précurseur du romantisme a fait poser son ami peintre, Théodore Lebrun. Ce portrait inédit rend compte de ses études psychologiques.

Théodore Géricault (1791-1824), Portrait de Théodore Lebrun (1818-1819), huile sur... Géricault, Lebrun et Le Radeau de la Méduse
Théodore Géricault (1791-1824), Portrait de Théodore Lebrun (1818-1819), huile sur toile, 61 50 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

Le rapprochement entre l’autoportrait en miniature sur ivoire réalisé en 1821 par Théodore Lebrun (1788-1861) – conservé par ses descendants –, et un dessin à la mine de plomb de Théodore Géricault (musée de Rouen) a permis de le reconnaître dans ce portrait retrouvé, bientôt mis en vente. Étudié par Bruno Chenique, celui-ci sera inclus dans son Catalogue raisonné, actuellement en préparation. «Ah ! mon ami comme vous êtes beau !» se serait écrié Géricault, rencontrant Lebrun alors qu’il était atteint de jaunisse. Dans une lettre adressée en 1836 à Louis Batissier – premier biographe de Géricault –, ce dernier ajoute : «Je faisais peur, les enfants fuyaient me prenant pour un mort ; mais j’étais beau pour le peintre qui cherchait partout de la couleur de mourant. Il me pressa d’aller chez lui poser pour sa Méduse.» Ce serait donc à Lebrun que l’on doit le teint bilieux donné par le maître à tous ses personnages du Radeau, alors que les naufragés avaient la peau brûlée par le soleil après les douze jours de dérive de leur embarcation de fortune au large de l'actuelle Mauritanie. Géricault transcende l’horreur dans son tableau, présenté au Salon de 1819, transformant le sort tragique de la frégate en 1816, en symbole annonciateur du romantisme. Âgé de 25 ans au moment du fait divers, désappointé par son échec au prix de Rome, il cherche un sujet qui lui assure la notoriété. Si les scènes de naufrage constituent un genre remontant au XVIIe siècle, il s’empare de ce sujet d’actualité qui fit scandale pour lui donner une dimension nouvelle et monumentale – tant par son format que par sa symbolique – habituellement réservée aux sujets bibliques ou mythologiques. Pour y parvenir, il multiplie les études. Dans la même lettre, Lebrun rapporte que Géricault se déplaça à son chevet et le «fit poser pour plusieurs têtes ; entre autres celle du père qui soutient le cadavre de son fils qui vient d’expirer». L’artiste convalescent se rendit ensuite dans le grand atelier de son confrère, à Neuilly, pour plusieurs séances. S’il a retrouvé ses couleurs dans ce portrait psychologique, son visage grave, aux traits émaciés, arbore «l’expression pensive et profonde» qu’il avait cherché à prendre précédemment avec Géricault. Il n’a sans doute eu aucun mal à trouver ce regard intériorisé, ayant lui-même vécu un drame dans son enfance. Son père, Pierre Lebrun-Tondu – ministre des Affaires étrangères en 1792 et président du Conseil exécutif –, signa l’ordre d’exécution de Louis XVI puis fut lui-même exécuté en 1793, pour avoir été trop proche des Girondins… Pour son célèbre tableau, résumant à lui seul toute la souffrance humaine, Géricault a fait poser d’autres artistes comme Eugène Delacroix – gisant au premier plan, face contre terre –, et des modèles professionnels comme le comédien Joseph, pour les trois figures de Noirs. Il a également fait appel aux survivants de l’événement : le charpentier Valéry Touche-Lavilette, qui a réalisé pour lui une maquette du radeau, où il plaçait ses figurines de cire, mais aussi le géographe Alexandre Corréard et le médecin de marine Jean Baptiste Henri Savigny, dont les témoignages ont été réunis dans un récit publié en 1817.

samedi 18 mars 2023 - 14:00 (CET) - Live
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