Généreux Amis du Louvre

Le 22 septembre 2017, par Carole Blumenfeld

La Société des Amis du Louvre vient d’acquérir pour 3,5 millions d’euros un bronze offert par Le Nôtre à Louis XIV, Mars quittant les armes de Michel Anguier, classé trésor national.

Michel Anguier (1612-1686), Mars quittant les armes, n° 283 des bronzes de la Couronne, h.  50 cm.

Pour fêter ses 120 ans, la Société des Amis du Louvre a acquis cette année le Buste de Pompée (1,2 million d’euros sur le marché anglais), Joas sauvé de la persécution d’Athalie de Gioacchino Assereto (570 000 € auprès d’un marchand parisien) et les deux feuilles du baron Gros préemptées pour 400 000 € (hors frais) à la vente Delestre le 22 mars dernier. L’effort consenti était pour le moins soutenu. Le président de la Société des Amis, Louis-Antoine Prat, a surpris tous les invités de la soirée anniversaire de mardi en annonçant, à l’issue du concert, l’acquisition d’un trésor national pour 3,5 millions d’euros, une somme tout à fait exceptionnelle réunie grâce au soutien d’Éric de Rothschild et au legs de Jacqueline Vrettos. Guillet de Saint-Georges indique dans sa biographie de Michel Anguier écrite en 1690, qu’à son retour de Rome, où il était très lié avec Nicolas Poussin, François Duquesnoy et l’Algarde, il «fut encore occupé en 1652 aux modèles de six figures, chacune de 18 pouces, qui ont été jetés en bronze, et qui représentent un Jupiter foudroyant, une Junon jalouse, un Neptune agité, une Amphitrite tranquille, un Pluton mélancolique, un Mars qui quitte les armes, et une Cérès éplorée», chacun représenté selon son tempérament. Trois des quatre bronzes de la série, offerts par André Le Nôtre à Louis XIV en 1693, sont conservés au Louvre : Jupiter (n° 191 des bronzes de la Couronne), Junon (n° 192) et Amphitrite (n° 180). L’acquisition de Mars quittant les armes (n° 283), qui vient compléter l’ensemble, est un événement majeur.
représenter les divinités selon leur tempérament
La statuette est aussi l’une des images les plus sensuelles de la sculpture française, l’une de celles qui incarnent le mieux la concupiscence. Se délestant de son vêtement avec fougue, le Dieu de la guerre s’apprête à rejoindre la couche de Vénus, mû par un désir qui se devine à la tension qui parcourt tous les muscles de son corps. En 1676, lors d’une conférence à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, intitulée «Comment il faut representer les divinitez selon leurs temperamens», le sculpteur dressait un portrait de Mars fort ressemblant : «de grande et forte proportion, la teste petite, les cheveux friséz de couleur noir brun, son visage court et bouffi de colere, son front bas et renfrogné, ses sourcils gros et abbaissez […] ses epaules larges et quarrées, son estomach large et musculeux, et le reste a proportion». Pour Philippe Malgouyres, conservateur en chef au département des Objets d’art, c’est «l’une des créations les plus originales de Michel Anguier, et l’un des bronzes les plus rares de la série», qui «surpasse de loin» les deux autres exemplaires les plus importants connus, celui du musée de Valenciennes, qui provient de la saisie révolutionnaire chez les ducs de Croy, et celui conservé à la Grünes Gewölbe de Dresde, qui avait été acquis par l’électeur de Saxe à Paris au début du XVIIIe siècle. «Il n’est directement comparable qu’à la Cérès conservée à Londres, considérée comme pouvant appartenir à la série originale.»

À SAVOIR
Société des Amis du Louvre, 75058 Paris Cedex 01, Tél. : 01 40 20 53 34/53 74.
Bureau d’accueil au musée du Louvre, sous pyramide.
www.amisdulouvre.fr
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