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Gaston Chaissac et l’homme à la tête de courge

Publié le , par Philippe Dufour

Créateur polymorphe et épistolier remarquable, Gaston CHaissac, l’homme des Totems a su inventer de nouvelles pratiques artistiques pour donner vie à son univers onirique…dont un nouvel usage des épluchures !

Gaston Chaissac (1910-1964), Portrait aux empreintes d’épluchures de courges, 1947,... Gaston Chaissac et l’homme à la tête de courge
Gaston Chaissac (1910-1964), Portrait aux empreintes d’épluchures de courges, 1947, gouache sur carton, 63 49 cm ; au verso : Bouquet, 1944-45.
Estimation : 35 000/40 000 

Masque primitif, personnage de conte ou figure chamanique ? Le Portrait aux empreintes d’épluchures de courges, pourrait être tout cela à la fois, comme bien souvent chez Gaston Chaissac. Peinte en 1947 à la gouache sur carton, l’œuvre au titre insolite porte les stigmates d’une démarche plastique très particulière, puisqu’elle intègre les traces des objets les plus humbles. Cette année-là, l’artiste compose plusieurs tableaux pour lesquels il utilise des empreintes, celles de ses outils de cordonnier, associées à d’autres, de coquilles Saint-Jacques, d’huîtres, ou de hachoirs et de serpillières… Une nouvelle étape est franchie lorsqu’il s’intéresse aux épluchures. Il en explique la genèse dans un courrier à son mentor Jean Dubuffet : «J’ai mis à cuire une courge après l’avoir épluchée, et, en allant jeter les épluchures, l’idée m’est venue de m’en servir pour construire un bonhomme.» À la même époque, il va avouer dans une lettre adressée à l’une de ses amies qu’il est devenu «l’homme qui obéit aux épluchures». Aussi, notre portrait adopte les contours d’une pelure de potiron, enroulée sur elle-même, qui semble former la tête de l’énigmatique visage, dont l’unité précaire est assurée par une bouche, mince comme une agrafe. La figure s’avère d’une grande force évocatrice, mais trahit surtout la personnalité complexe et fragile de son auteur…

Parrainages
En 1947, Chaissac mène une existence très modeste à Boulogne, en Vendée, s’occupant du foyer partagé avec Camille, son épouse, qui gagne l’argent du ménage en tant qu’institutrice à l’école du village. Longtemps, le peintre vivra replié, aux marges de la société, tout en développant une personnalité originale que des artistes bienveillants auront à cœur de révéler. C’est Otto Freundlich qui, le premier, le découvre à Paris, l’initie à la peinture et l’aide à exposer (secondé par sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss) en 1938, avant d’être assassiné en déportation. Albert Gleizes prend ensuite la relève ; mais celui qui le révèlera à un plus grand public se nomme Jean Dubuffet. Il entretiendra avec lui des relations quasi passionnelles. Le théoricien et peintre va l’entraîner dans l’aventure de l’art brut à partir de l’automne 1946, exposant ses œuvres dans les manifestations de groupe aux côtés de celles de psychotiques. Cependant, Dubuffet réalisera vite que Chaissac est un créateur véritablement conscient de son talent, et donc qu’il ne relève pas de l’«art des fous». Dans les années 1960, son travail très abouti est présenté par des galeristes de la pointure d’Iris Clert, à Paris, et d’autres en régions. Ainsi, le Portrait aux empreintes d’épluchures de courges a été acquis à Nantes auprès de la galerie Michel Columb, en décembre 1964, par un collectionneur avisé, originaire de cette ville. Sa notoriété ne devait pas s’arrêter là : l’œuvre a été prêtée dans de nombreuses expositions, comme la rétrospective itinérante de 1998-1999, qui s’est tenue à Montpellier, au pavillon du musée Fabre, et bien sûr, au musée des beaux-arts de Nantes. Un parcours sans faute donc, pour une création hors norme…

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